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Bourse de Tunis : entre correction technique et signal d’alerte, les économistes livrent deux lectures opposées

  • 29 juillet 2026
  • 4 min de lecture
Bourse de Tunis : entre correction technique et signal d’alerte, les économistes livrent deux lectures opposées

La Bourse de Tunis a connu une deuxième suspension technique de cotation en quelques jours, après une forte volatilité ayant entraîné une baisse importante du marché. Si certains économistes y voient une phase normale d’ajustement après plusieurs mois de hausse exceptionnelle, d’autres alertent sur des risques plus profonds liés au financement de l’économie et aux perspectives du secteur bancaire.

La forte correction enregistrée récemment par la Bourse de Tunis continue de susciter les réactions des spécialistes. Alors que les mécanismes automatiques de suspension des échanges ont été déclenchés afin de limiter les mouvements excessifs du marché, les interprétations divergent quant à la portée réelle de cette baisse.

Dans une publication sur sa page officielle Facebook, l’économiste Aram Belhaj a appelé les investisseurs à garder leur sang-froid, estimant que les mécanismes de “coupe-circuit” mis en place sur le marché ont précisément pour objectif de protéger les investisseurs et d’éviter les mouvements de panique.

Selon lui, cette volatilité ne doit pas être interprétée comme un effondrement du marché. Il rappelle que la Bourse de Tunis demeure inscrite dans une dynamique annuelle largement positive après une progression exceptionnelle enregistrée ces derniers mois.

Pour Aram Belhaj, la baisse actuelle correspond davantage à une phase d’ajustement, permettant de corriger certains excès accumulés durant la période de hausse, sans remettre en cause la tendance générale du marché.

L’économiste a également invité les investisseurs à privilégier l’analyse des fondamentaux plutôt que les réactions émotionnelles, mettant en garde contre les “anticipations auto-réalisatrices” qui peuvent amplifier les mouvements de baisse.

Ridha Chkandali : “une véritable alerte” pour l’économie

Une lecture différente est proposée par l’économiste Ridha Chkandali, qui considère que le recul brutal enregistré par la Bourse de Tunis constitue “une véritable alerte”. Dans une publication, il a estimé que le risque principal réside dans une possible transmission des difficultés du marché financier vers l’économie réelle et, notamment, vers le secteur bancaire.

Selon lui, la progression enregistrée par la Bourse jusqu’à la mi-juillet 2026, avec une hausse du volume des transactions de plus de 60%, ne reflétait pas nécessairement une amélioration des performances de l’économie productive, mais reposait largement sur la bonne performance des valeurs bancaires.

L’économiste explique que les banques ont enregistré des résultats élevés notamment grâce à leur participation au financement de l’État à travers les souscriptions aux bons du Trésor, plutôt qu’à travers une augmentation du financement destiné à l’investissement privé.

Il évoque ainsi un phénomène d’effet d’éviction, dans lequel la mobilisation importante des liquidités par l’État limite les capacités de financement du secteur privé et contribue à augmenter le coût du crédit pour les entreprises.

Les banques au centre des inquiétudes

Ridha Chkandali estime également que le décret imposant aux banques de consacrer 8% de leurs bénéfices au financement de crédits destinés aux jeunes sans intérêts ni garanties a modifié les anticipations des investisseurs.

Selon lui, cette mesure pourrait influencer les bénéfices distribuables des banques et accroître les risques liés aux défauts de remboursement, obligeant potentiellement les établissements financiers à constituer davantage de provisions, avec un impact possible sur leurs résultats et leurs fonds propres.

Cette évolution aurait poussé certains investisseurs à céder leurs titres bancaires afin de sécuriser leurs portefeuilles et de réaliser leurs gains, provoquant ainsi une pression à la baisse sur les actions du secteur et sur l’indice Tunindex.

Une question de confiance et de financement de l’économie

Au-delà de la baisse des cours, Ridha Chkandali souligne une problématique plus structurelle : selon lui, la liquidité présente sur la Bourse tunisienne reste principalement concentrée sur le marché secondaire, où les investisseurs échangent des actions existantes, sans contribuer directement au financement de nouveaux projets productifs.

Il estime que l’incertitude réglementaire, la complexité du climat des affaires et les pressions fiscales encouragent davantage les placements financiers à court terme au détriment de l’investissement dans l’économie réelle.

L’économiste met enfin en garde contre plusieurs conséquences possibles : un durcissement des conditions d’octroi des crédits aux entreprises, une éventuelle réduction future de la capacité des banques à financer l’État à travers les bons du Trésor, ainsi qu’un impact négatif sur la confiance des investisseurs nationaux et étrangers.

R.I

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R. I

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