Billet : Le football, une leçon d’humilité
La Presse — La dernière édition de la Coupe du monde continue d’alimenter les débats, tellement elle a été riche en enseignements. Tout le monde convient donc que l’édition de 2026 a encore une fois montré que si le football, en particulier, et le sport, en général, changent, se transforment et virent parfois, si ce n’est pas souvent de leur trajectoire, pour devenir, ainsi, des enjeux économiques et commerciaux et même politiques, certaines valeurs restent éternelles, car profondes.
Mais le plus bel enseignement, et presque l’unique est, sans aucun doute, la performance espagnole. L’équipe ibérique a prouvé, à sa manière, que le football, quel qu’en soit le contexte, repose toujours sur des valeurs propres, des principes simples et surtout sur l’éthique.
L’Espagne a bien mérité sa deuxième couronne, car toujours fidèle à son cachet avec ce jeu collectif, simple et complexe à la fois, sa maîtrise parfaite du ballon et surtout son fair-play, et son respect des fondamentaux sportifs. Il ne s’agit pas d’une simple marque de modestie, mais de quelque chose de plus profond et rare, trop même : l’humilité.
On se rappelle d’ailleurs qu’interrogé à l’occasion de son jubilé sur le secret de la régularité de sa performance, la réponse d’Andréas Iniesta, l’un des meilleurs joueurs qu’ait connu l’Espagne, était systématique, spontanée, toute simple. Le talent et la persévérance, peut-être bien, mais, nuance-t-il, « cela n’est pas suffisant, le plus important, c’est d’être toujours humble. C’est seulement ainsi qu’on pourrait rester au sommet ».
Comprendre ainsi que le talent est une simple matière première, certes valeureuse, mais qui mérite d’être façonnée, taillée et sécurisée, sinon la chute serait dure. Et cela explique, assez clairement, la leçon d’humilité espagnole infligée au déraisonnement et à l’arrogance du football argentin.
Et cela explique également la contre-performance de l’équipe de France, certainement la plus talentueuse de l’édition 2026, mais tenue en échec par le réalisme et l’application des Espagnols. Ce qui prouve que la hiérarchie n’est jamais figée.
Le plus important c’est que l’exploit espagnol a prouvé que le football est une question de mental plus qu’un pouvoir économique ou politique.
C’est qu’indépendamment des enjeux et du contexte, l’essentiel, c’est de jouer, de se faire plaisir, de se surpasser et de fédérer. Le reste suivra, systématiquement.
Il faut reconnaître que cette finale a mis à nu deux mondes footballistiques totalement opposés. Le premier se distingue par la violence « décomplexée », l’antijeu, le complotisme des coulisses, et le non-respect des fondamentaux sportifs. En face, c’est plutôt l’inverse : c’est tout un récital de beau jeu, de respect d’autrui, d’humilité, d’amour-propre et de dignité.
Autant de valeurs qui justifient tout l’attachement et le soutien inconditionnels de la planète football à l’Espagne. La victoire de cette équipe est devenue, en quelque sorte, une cause universelle.
Jonel Dilhomme, journaliste-écrivain, disait, tout récemment, que « la victoire de l’Espagne face à l’Argentine constitue certes un exploit sportif. Mais elle est aussi une invitation à réfléchir aux ressorts de la puissance, de l’organisation et de la préparation des nations». Pour lui, le football est un miroir fascinant des sociétés. Il révèle « la capacité d’un peuple de construire une vision commune, de former durablement sa jeunesse, et de transformer le talent individuel en intelligence collective ».
En somme, l’Espagne a prouvé que « les nations ne gagnent pas parce qu’elles sont célèbres. Elles gagnent parce qu’elles préparent méthodiquement leur avenir ».



