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Tribune – La Tunisie entre la politique des slogans et l’économie de l’action : Pourquoi les autres avancent pendant que nous reculons ?

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  • 29 juillet 2026
  • 8 min de lecture
Tribune – La Tunisie entre la politique des slogans et l’économie de l’action : Pourquoi les autres avancent pendant que nous reculons ?

Par Halim Boussema *

Aujourd’hui, en écoutant certaines interventions de mes collègues députés à l’Assemblée des représentants du peuple, j’ai entendu des appels à retirer la confiance au gouvernement, des propositions de motions de censure, des refus de voter les emprunts publics, ainsi que des critiques qualifiant le Parlement de « Parlement des prêts ».

À ceux qui tiennent ce discours, je réponds avec franchise : vous faites partie intégrante de ce processus. Vous avez approuvé les lois de Finances et accordé aux gouvernements les instruments juridiques nécessaires pour agir. On ne peut pas être au pouvoir, le matin, et dans l’opposition, le soir. Les Tunisiens n’attendent plus des discours ni des surenchères politiques ; ils attendent des solutions concrètes capables de restaurer leur confiance en l’avenir.

S’agissant des emprunts, je tiens à le dire clairement : le véritable problème n’est pas le recours à l’endettement, mais la raison pour laquelle nous empruntons et l’utilisation de ces ressources.

La quasi-totalité des grandes économies du monde recourent à l’emprunt. Les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon, le Brésil et bien d’autres affichent des niveaux élevés de dette publique, tout en demeurant parmi les économies les plus puissantes de la planète. Pourquoi ? Parce qu’une part importante de leur endettement finance l’investissement, les infrastructures, l’industrie et les projets créateurs de richesse. Ces investissements génèrent de la croissance, créent des emplois, stimulent les exportations et permettent, à terme, de rembourser les emprunts grâce à la richesse produite.

En Tunisie, en revanche, nous ne pouvons pas continuer à emprunter essentiellement pour financer les dépenses courantes ou la consommation. Ce type d’endettement alourdit la charge de l’État sans créer de valeur ajoutée durable.

Un emprunt utile est un emprunt transformé en projet productif, générateur de revenus pour l’État, créateur de milliers d’emplois et moteur de la croissance économique. Les emprunts doivent être remboursés par la richesse qu’ils produisent, non par les sacrifices supplémentaires imposés aux citoyens.

Une autre réalité mérite également d’être rappelée

Nous ne pouvons pas parler de transition énergétique tout en freinant, dans le même temps, les investissements dans le secteur de l’énergie.

Il ne faut pas oublier que notre Parlement a bloqué durant plusieurs années des dossiers et des contrats relatifs à des projets énergétiques, alors que la Tunisie avait un besoin urgent de nouvelles capacités de production électrique. Il ne faut pas oublier non plus que le Parlement et le gouvernement ont, au nom de la transition énergétique, instauré des droits de douane de 30 % sur certains équipements destinés à l’énergie solaire, auxquels s’ajoute une TVA de 19 %.

Peut-on réellement encourager les énergies renouvelables avec une telle fiscalité ? Peut-on prétendre réussir la transition énergétique tout en renchérissant les investissements qu’elle exige ?

Plus préoccupant encore, plusieurs projets énergétiques récemment attribués continuent à subir des blocages administratifs et procéduraux injustifiés, alors que le pays traverse une véritable crise énergétique.

J’assume pleinement mes responsabilités en affirmant que la Présidence du Gouvernement porte une part importante de responsabilité dans cette lenteur décisionnelle. Qu’est-ce qui empêche de réunir, autour d’une même table et le même jour, tous les promoteurs de projets ainsi que les administrations concernées afin de lever immédiatement les obstacles administratifs ? Pourquoi perdre des mois, voire des années, dans des échanges de correspondance alors que le temps est un facteur déterminant du développement économique ?

C’est précisément là que réside la faiblesse de l’action gouvernementale actuelle : elle ne saisit pas l’urgence des situations et ne réagit pas avec la rapidité qu’imposent les crises. En économie, le temps, c’est de l’argent. Chaque jour de retard coûte des milliards à l’État et repousse davantage les perspectives de développement.

Depuis plusieurs années, j’ai alerté sur ces risques. J’ai mis en garde contre une crise de l’électricité, appelé à accélérer la construction de nouvelles centrales de production, demandé d’engager rapidement les projets énergétiques et de réformer les services publics avant que les crises n’éclatent. Les événements actuels démontrent que l’anticipation coûte toujours moins cher que la gestion des conséquences de l’inaction.

La feuille de route est pourtant claire :

• Construire de nouvelles centrales électriques, moderniser le réseau de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) et développer les énergies renouvelables dans le cadre d’un mix énergétique équilibré.

• Moderniser les réseaux d’eau, construire de nouvelles stations de dessalement, des barrages et des infrastructures hydrauliques.

• Construire un nouvel aéroport international.

• Réaliser un port en eaux profondes.

• Relier l’ensemble des gouvernorats par des autoroutes et un réseau ferroviaire moderne.

• Accélérer la transformation numérique de l’administration.

• Moderniser les hôpitaux, les écoles et les universités.

• Réformer le système éducatif et mieux l’adapter aux besoins du marché du travail.

• Créer de nouvelles zones industrielles, logistiques et technologiques.

• Réformer le système fiscal et supprimer les obstacles administratifs qui freinent l’investissement.

Une question lancinante revient souvent: où trouver les financements nécessaires pour réaliser tous ces projets ?

Ma réponse est simple : les financements existent. Ce qui nous manque, c’est la capacité à élaborer des projets solides, crédibles et rentables, ainsi que la volonté politique de convaincre les bailleurs de fonds et les investisseurs de leur intérêt économique.

Aujourd’hui, les institutions financières internationales, les fonds d’investissement, les banques de développement ainsi que les fonds arabes et africains recherchent des projets créateurs de valeur. Ils ne distribuent pas des ressources par charité ; ils investissent dans des projets capables de produire de la richesse, créer des emplois et assurer le remboursement des financements grâce aux revenus qu’ils génèrent.

Si la Tunisie présentait des projets sérieux dans les domaines de l’énergie, de l’eau, des transports, de la transformation numérique, de l’environnement et des infrastructures, elle trouverait les financements nécessaires, à condition que ces projets soient économiquement viables et porteurs de croissance.

Il suffit d’observer le parcours du Royaume du Maroc au cours des seize dernières années. Pendant que nous étions absorbés par les conflits politiques et les luttes de pouvoir, le Maroc investissait massivement dans les ports, les lignes ferroviaires à grande vitesse, les autoroutes, l’énergie, l’industrie et le tourisme, devenant ainsi une destination privilégiée pour les investisseurs internationaux.

Je m’adresse également au ministre de l’Environnement : les financements destinés aux projets environnementaux et à l’amélioration du cadre de vie existent. Ils sont souvent accordés sous forme de subventions ou de prêts concessionnels à des conditions très avantageuses. Avec des projets bien préparés et rigoureusement suivis, la Tunisie pourrait devenir l’un des pays les plus propres de la région.
Encore faut-il disposer de ministres présents sur le terrain, engagés dans le suivi quotidien des dossiers, plutôt que préoccupés par la préservation de leurs fonctions.

Notre véritable problème n’est donc pas le manque de financements. Il réside dans l’absence de vision stratégique, le déficit d’initiative, la lenteur des décisions et le manque d’une véritable culture du résultat.

Se contenter de répéter « non à l’endettement » sans proposer d’alternatives crédibles ne constitue pas un programme économique; c’est un slogan populiste qui ne construit pas un État.

De même, le principe du « compter-sur-soi » ne signifie pas fermer la porte aux financements et aux investissements internationaux.
Il signifie mobiliser nos compétences nationales, utiliser chaque dinar emprunté avec efficacité et travailler sans relâche afin de bâtir une Tunisie productive, forte et compétitive.

Les nations ne progressent pas grâce aux slogans, mais grâce aux projets. Elles ne se construisent pas dans les affrontements politiques permanents, mais par la décision, la rapidité d’exécution et la capacité à saisir les opportunités. Chaque journée sans nouveau projet est une journée perdue pour le développement de la Tunisie.
L’Histoire ne pardonnera pas ceux qui auront laissé passer ces occasions, pas plus que le peuple ne pardonnera à ceux qui se seront réfugiés derrière les slogans pendant que les autres nations travaillaient sans répit et construisaient leur avenir.

H.B.

(*) Député indépendant à l’Assemblée des représentants du peuple

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Auteur

La Presse

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