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1 600 jeunes médecins ont quitté la Tunisie en un an

  • 29 juillet 2026
  • 4 min de lecture
1 600 jeunes médecins ont quitté la Tunisie en un an

La Tunisie voit partir chaque année une part croissante de ses jeunes médecins. Si les faibles rémunérations, les perspectives de carrière limitées et les meilleures opportunités offertes à l’étranger expliquent en partie cette hémorragie, un autre facteur s’impose désormais avec force : l’insécurité au sein des hôpitaux publics. Une réalité qui inquiète les professionnels de la santé et fait craindre un affaiblissement durable du système de soins.

Selon les chiffres avancés par les représentants de la profession, près de 1 600 jeunes médecins (sur un total de 1900) issus de la promotion 2024 ont quitté la Tunisie pour poursuivre leur carrière ou leur formation à l’étranger, un niveau inédit qui dépasse largement les capacités de renouvellement des effectifs médicaux du pays. Depuis plusieurs années, les départs annuels excèdent le nombre de nouveaux diplômés, alimentant une pénurie qui touche particulièrement les établissements publics et les régions de l’intérieur.

Cette tendance est corroborée par une étude de terrain présentée en mai 2026 par l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM), qui met en lumière un phénomène longtemps relégué au second plan : la multiplication des violences contre les professionnels de santé. Réalisée auprès de plus de 730 jeunes médecins répartis dans les 24 gouvernorats, l’enquête révèle que 73 % des répondants ont été victimes d’au moins une agression verbale ou physique au cours de leurs premières années d’exercice dans un hôpital public.

Plus préoccupant encore, l’étude montre que les violences ne se limitent plus aux insultes. Les jeunes médecins déclarent également avoir été victimes de coups, de menaces et, dans certains cas, d’agressions à l’arme blanche. L’OTJM souligne que près de 68,5 % des agressions surviennent dans des établissements dépourvus de dispositif de sécurité, tandis que 65 % des incidents ne sont même pas signalés, les victimes estimant que les procédures sont longues ou inefficaces.

Pour de nombreux jeunes praticiens, ces violences constituent désormais un facteur déterminant dans le choix de quitter le pays. Selon l’étude, 82 % des médecins interrogés envisagent de quitter les hôpitaux publics, invoquant principalement l’absence de sécurité et le manque de protection. Plusieurs témoignages recueillis par l’organisation font état de traumatismes psychologiques, d’une peur persistante de retourner travailler après une agression et, dans certains cas, d’un départ effectif de Tunisie quelques mois seulement après les faits.

Au-delà de la souffrance humaine, cette fuite des compétences représente un défi stratégique pour la Tunisie. Former un médecin exige des années d’investissement public, depuis les études universitaires jusqu’à la spécialisation. Lorsque ces diplômés choisissent l’exil, ce sont d’autres systèmes de santé qui bénéficient de cette expertise, sans avoir supporté les coûts de formation.

Les conséquences sont déjà visibles dans plusieurs hôpitaux publics. Les services d’urgence fonctionnent sous tension, les équipes médicales sont insuffisantes, les infrastructures se dégradent et certaines régions peinent à recruter des médecins spécialistes. Pour ceux qui restent, les gardes se multiplient, la charge de travail s’alourdit et l’épuisement professionnel gagne du terrain, alimentant à son tour de nouvelles vocations au départ.

Face à cette situation, l’Organisation tunisienne des jeunes médecins appelle les autorités à mettre en œuvre un plan d’urgence. Elle réclame notamment le renforcement de la sécurité dans les établissements hospitaliers, l’adoption de sanctions plus sévères contre les auteurs d’agressions, la mise en place de mécanismes de signalement rapides et efficaces, ainsi qu’une amélioration des conditions de travail, de rémunération et de formation des jeunes médecins.

Car derrière les statistiques se cachent des parcours de vie, des années d’études et des vocations. Chaque médecin qui quitte la Tunisie emporte avec lui une partie d’un savoir-faire dont le pays a cruellement besoin. Pour les patients, l’exode ne se traduit pas seulement par des chiffres : il signifie souvent des délais d’attente plus longs, des consultations plus difficiles à obtenir et une pression accrue sur les professionnels qui continuent de faire vivre, malgré les difficultés, l’hôpital public tunisien.

R.I

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R. I

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