Kiosque international
Connectivité aérienne en Afrique : Un ciel à trois vitesses se dessine
La Presse — Le ciel africain reste marqué par de profondes disparités. C’est ce que révèle le dernier Routes and Connectivity Report de l’Association des compagnies aériennes africaines (Afraa), publié fin juillet 2026 et consacré au second semestre 2025. L’étude met en évidence une hiérarchie sans appel entre les différents segments du transport aérien sur le continent.
Sur les 100 principales liaisons analysées, le trafic domestique domine largement avec 13,4 millions de passagers, devant les liaisons internationales (9,3 millions) et, loin derrière, les dessertes intra-africaines, qui ne totalisent que 4,1 millions de voyageurs. Ce décalage illustre le retard persistant de l’intégration aérienne du continent, malgré les ambitions du Marché unique du transport aérien africain (Saatm).
L’Afrique du Sud s’impose comme le principal moteur du trafic intérieur. La liaison Le Cap–Johannesburg est la plus fréquentée du continent avec près de 2 millions de passagers en six mois, suivie par Durban–Johannesburg.
Le Nigeria se distingue également grâce à l’axe Abuja–Lagos, tandis que l’Éthiopie confirme le rôle stratégique d’Addis-Abeba, premier hub domestique en nombre de connexions.
Les échanges entre pays africains restent, eux, fortement concentrés autour de quelques plateformes. Johannesburg, Nairobi, Tunis et Le Caire constituent les principaux points de passage des liaisons régionales, confirmant une organisation en étoile qui privilégie les grands hubs au détriment des connexions directes entre marchés secondaires.
À l’international, le rapport met en évidence la prédominance du corridor reliant l’Afrique du Nord à la France. Les principales routes relient Alger, Tunis ou Marrakech à Paris-Orly et Paris-Charles-de-Gaulle, témoignant du poids des liens historiques, touristiques et diasporiques. Paris-Orly apparaît ainsi comme l’aéroport le plus présent parmi les 100 principales liaisons internationales.
L’étude souligne également le rôle singulier du Caire, seul aéroport figurant parmi les cinq premiers hubs dans les trois segments — domestique, intra-africain et international — illustrant une connectivité plus équilibrée que celle des autres grandes plateformes.
Enfin, l’Afraa pointe le principal point faible du réseau africain : l’Afrique centrale, qui demeure la région la moins connectée du continent. Des pays comme le Tchad, le Niger ou la République centrafricaine restent, quasiment, absents des grands flux aériens. Pour l’association, le développement de nouvelles liaisons régionales, adaptées à la demande et soutenues par une meilleure ouverture des marchés, constitue une condition essentielle pour renforcer l’intégration économique africaine.
Industrie automobile : Le « Made in Europe » ouvre de nouvelles négociations
Le projet européen de relance industrielle « Made in Europe» pourrait avoir des répercussions bien au-delà des frontières de l’Union européenne. Selon «Africa Intelligence», les discussions autour de l’« Industrial Accelerator Act » (IAA) mettent en lumière la place stratégique qu’occupe désormais le Maroc dans les chaînes de valeur industrielles européennes, notamment dans le secteur automobile.
Présenté en mars 2026 par le commissaire européen à l’Industrie, Stéphane Séjourné, le projet vise à porter la part de l’industrie manufacturière à 20 % du PIB de l’Union européenne d’ici 2035. Parmi les mesures envisagées figure le renforcement des critères d’origine des composants pour bénéficier des aides publiques et accéder aux marchés publics européens.
Le texte n’est toutefois pas encore adopté et doit encore être examiné par le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen.
L’un des principaux enjeux concerne le statut des pays partenaires liés à l’Union par un accord de libre-échange. Le Maroc, qui bénéficie d’un accord d’association avec l’UE est fortement intégré aux chaînes de production européennes, et pourrait continuer à être considéré comme une origine « UE ou équivalent ». Cette disposition est essentielle pour préserver la compétitivité de son industrie automobile.
Le Royaume s’est imposé comme une plateforme incontournable pour les constructeurs européens. En 2025, Renault y a produit près de 394.000 véhicules, avec un taux d’intégration locale de 65 %, tandis que Stellantis poursuit l’extension de son usine de Kénitra afin d’atteindre une capacité annuelle de 535.000 véhicules et un taux d’intégration locale de 69 %. Ces performances illustrent la transformation du Maroc en un véritable écosystème industriel, bien au-delà du simple assemblage.
Les discussions à Bruxelles révèlent toutefois des divergences au sein même de la filière automobile européenne. Les grands constructeurs, réunis au sein de l’Acea, souhaitent préserver les investissements déjà réalisés au Maroc, alors que certains équipementiers plaident pour des règles d’origine plus strictes afin de favoriser une relocalisation au sein de l’Union.
Pour les observateurs tunisiens, ce débat constitue un signal important.
Il montre que l’intégration profonde dans les chaînes de valeur européennes devient un facteur déterminant face aux nouvelles politiques industrielles de Bruxelles. Alors que la Tunisie cherche, elle aussi, à renforcer son positionnement dans les secteurs automobile, électronique et des composants, l’évolution du cadre réglementaire européen pourrait redessiner les opportunités d’investissement et de sous-traitance dans l’ensemble de la région euro-méditerranéenne.
L’économie de la zone euro a fait preuve d’une résilience inattendue au deuxième trimestre 2026. Selon les premières estimations publiées récemment par « Eurostat », le produit intérieur brut (PIB) des vingt et un pays partageant la monnaie unique a progressé de 0,4 % entre avril et juin, un rythme supérieur aux attentes des analystes, qui anticipaient une hausse limitée à 0,2 %.
Cette performance marque un net redressement après la quasi-stagnation observée au premier trimestre, période fortement perturbée par les conséquences économiques des tensions militaires au Moyen-Orient.
Les principales économies de la zone euro ont toutes contribué à cette amélioration. L’Allemagne et la France ont enregistré une croissance de 0,2 %, soutenue notamment par la reprise des exportations. L’Italie a également progressé de 0,2 %, tandis que l’Espagne confirme son dynamisme avec une expansion de 0,7 %, dépassant les prévisions du marché.
En rythme annuel, la croissance de la zone euro atteint 1 %. L’ensemble de l’Union européenne affiche des résultats encore plus favorables, avec une progression de 0,5 % sur un trimestre et de 1,2 % par rapport à la même période de l’année précédente.
Pour Claus Vistesen, économiste en chef de « Pantheon Macroeconomics » pour la zone euro, ces chiffres illustrent la capacité de l’économie européenne à absorber les chocs successifs. Si la croissance demeure modérée, elle reste plus robuste que ne le laissaient craindre les révisions récentes des perspectives économiques.
De son côté, Carsten Brzeski, responsable mondial de la macroéconomie chez « ING Research », estime que les entreprises exportatrices allemandes ont finalement mieux résisté que prévu aux perturbations provoquées par la fermeture temporaire du détroit d’Ormuz, axe stratégique pour les échanges mondiaux d’hydrocarbures. Selon lui, l’économie allemande, en difficulté depuis plusieurs années, montre des signes de résistance, même si une aggravation du conflit au Moyen-Orient pourrait rapidement remettre en cause cette amélioration.
Ces résultats interviennent alors que plusieurs institutions internationales ont récemment revu leurs prévisions à la baisse. Le Fonds monétaire international (FMI) a notamment abaissé de 0,2 point sa prévision de croissance de la zone euro pour 2026, désormais fixée à 0,9 %, en raison de la faiblesse persistante de la consommation et de l’impact de la hausse des prix de l’énergie.
Le contexte géopolitique demeure par ailleurs particulièrement tendu après de nouvelles frappes américaines contre l’Iran, en réponse à une attaque visant une base militaire américaine en Jordanie. Sur les marchés, le Brent évoluait jeudi autour de 92 dollars le baril, soit un niveau nettement supérieur à celui d’avant le conflit, même s’il reste inférieur au pic de 120 dollars atteint au plus fort des tensions.
Maroc, Tunisie , Égypte : Le classement se confirme
Au premier semestre 2026, les trois principales destinations touristiques d’Afrique du Nord, à savoir la Tunisie, le Maroc et l’Égypte, ont accueilli près de 23 millions de visiteurs, soit une progression globale de 4,5 % par rapport à la même période de 2025. Malgré un contexte marqué par les tensions au Moyen-Orient et la hausse du coût du transport aérien, le Maroc conserve sa place de première destination touristique du continent avec 9,4 millions de touristes (+6 %), devant l’Égypte (9 millions, +4 %) et la Tunisie (4,55 millions, +2,1 %).
Le Maroc a bénéficié d’une forte progression des arrivées en provenance des principaux marchés européens et d’une hausse de 14,6 % de ses recettes touristiques, qui atteignent 5,72 milliards de dollars. L’Égypte, portée notamment par le succès du nouveau Grand Musée Égyptien, affiche des recettes de 6,8 milliards de dollars et une dépense moyenne de 907 dollars par visiteur.
En Tunisie, la progression des arrivées est restée plus limitée, en raison notamment d’un recul de 10 % des touristes libyens, partiellement compensé par la hausse des visiteurs algériens et européens. Les recettes touristiques ont toutefois augmenté de 4,4 %, à 3,35 milliards de dinars (environ 1,14 milliard de dollars).
Bien que les professionnels tunisiens misent sur la saison estivale pour atteindre l’objectif de 12 millions de visiteurs en 2026, ils restent toutefois préoccupés par les perturbations liées aux coupures d’eau et d’électricité, qui risquent d’affecter la qualité de l’accueil durant la haute saison.



