Culture

Festival International de Hammamet – 60 ans d’histoire : Les traces d’une mémoire ouverte sur la mer

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  • 4 août 2026
  • 5 min de lecture
Festival International de Hammamet – 60 ans d’histoire : Les traces d’une mémoire ouverte sur la mer

Le 31 juillet est une date hautement symbolique pour le Théâtre de Hammamet et le Festival international qu’il accueille chaque été. C’est en effet à cette même date, en 1964, que Habib Bourguiba a inauguré cette scène devenue l’un des hauts lieux de la vie culturelle tunisienne.

La Presse — Le 31 juillet 2026, soixante ans plus tard, jour pour jour, le choix de cette date pour lancer les célébrations de l’anniversaire du festival s’est imposé comme une évidence. Celles-ci ont pris la forme d’une exposition à vocation documentaire, davantage tournée vers la restitution d’une mémoire collective que vers une mise en scène spectaculaire. Une démarche qui, comme l’a souligné Najib Kasraoui, directeur du Centre culturel international de Hammamet « Dar Sebastian » et du festival, “ne se limite pas à une simple commémoration “, mais entend avant tout regarder vers l’avenir en préservant et en valorisant le riche patrimoine culturel et artistique accumulé au fil des décennies. Cette exposition a été inaugurée lors d’une cérémonie en présence de la ministre des Affaires culturelles, Mme Amina Srarfi, de la gouverneure de Nabeul, Mme Hana Chouchani, ainsi que de nombreux artistes, intellectuels, journalistes et invités du festival. Placée sous le slogan « Endless Memories », l’exposition donnait corps à six décennies de mémoire à travers un parcours jalonné d’écrans numériques et de documents d’archives. Installés tout au long de l’allée reliant l’entrée principale de Dar Sebastian au chemin menant au théâtre, dix panneaux numériques diffusaient en boucle des vidéos, des photographies d’archives, des affiches des différentes éditions et d’autres documents retraçant l’histoire du festival. Une proposition sobre, qui tranche avec l’idée d’une scénographie immersive de grande ampleur. Dès l’entrée, le visiteur était invité à un véritable voyage dans le temps qui remonte jusqu’aux origines du festival. Les panneaux numériques retraçaient la genèse du théâtre en plein air, depuis les premières esquisses du projet jusqu’à l’édification de cet espace, surplombant la mer, devenu l’un des plus emblématiques de Tunisie. Le parcours a également mis en lumière l’évolution de l’identité visuelle du festival. Au-delà des grandes étapes historiques, il présentait la transformation de son langage graphique, en confrontant les affiches des premières éditions au visuel officiel de la 60e édition. De quoi figurer, un tant soit peu, les mutations esthétiques et culturelles qui ont accompagné le festival au fil des décennies. Les photographies et vidéos d’archives ne se limitaient pas aux spectacles et donnaient aussi à voir les visages de ceux qui ont fait vivre ces lieux. Spectateurs venus de toutes les régions de Tunisie, ils se sont succédé, génération après génération, contribuant ainsi à forger une mémoire collective précieuse. L’exposition est revenue, en partie, sur la riche histoire de Dar Sebastian, bien au-delà de son simple rôle de lieu abritant le festival. Construite dans les années 1920 par George Sebastian (figure mondaine, aristocratique et visionnaire, né en Moldavie roumaine), cette demeure est rapidement devenue un foyer cosmopolite fréquenté par l’élite intellectuelle et artistique du XXe siècle. Elle a accueilli des figures telles que les écrivains André Gide et Jean Cocteau, le peintre Paul Klee, le sculpteur Alberto Giacometti, George Bernanos, Michel Tournier, Roger Martin du Gard et Man Ray. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la villa fut brièvement réquisitionnée et servit de quartier général au maréchal Rommel, avant d’être fréquentée par Winston Churchill, qui y écrivit une partie de ses mémoires, ainsi que par d’autres personnalités politiques et militaires de premier plan. Devenue, en 1966, propriété de l’État et transformée en Centre culturel international de Hammamet, Dar Sebastian demeure un lieu emblématique où se sont croisées certaines des plus grandes figures de la culture mondiale. Parce que l’histoire du festival est aussi indissociable des caméras et des écrans de télévision, une section a rendu hommage aux 60 ans de la Télévision nationale tunisienne, partenaire historique du festival. À travers des archives audiovisuelles, cette partie de l’exposition retraçait soixante années de spectacles, d’entretiens et de moments devenus indissociables de la mémoire des téléspectateurs. L’exposition, qui a duré trois jours, a également mis à l’honneur toutes celles et tous ceux qui ont contribué à faire perdurer cette aventure : fondateurs, directeurs, artistes, créateurs, techniciens et personnels administratifs. Najib Kasraoui a souligné dans ce sens que l’histoire du Festival de Hammamet est « une histoire écrite par tous », des artistes au public, en passant par les responsables culturels et les acteurs de terrain. Si la volonté de raconter soixante ans d’histoire est indéniable, l’ensemble manquait toutefois de densité et de mise en perspective, au risque de ne pas trop retenir l’attention d’un public venu avant tout assister aux spectacles du festival (Ce soir-là, c’était l’unique Salif Keita). Reste l’intention, et elle compte. À travers cette manifestation, le Festival international de Hammamet réaffirme son statut de lieu de mémoire culturelle et son ambition de transmettre cette histoire aux nouvelles générations. À l’heure où le festival fête ses 60 ans, on aurait pu espérer une exposition plus généreuse, plus fouillée, plus à la hauteur de ce que représente, dans l’imaginaire collectif, cette mythique scène ouverte sur la mer.

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Auteur

Meysem MARROUKI

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