Festival international de Carthage – Le chanteur libanais Rayan : Quand musique rime avec solidarité
Au Festival international de Carthage, les concerts de musique orientale se multiplient sans se ressembler. Celui de Rayan, qui s’est déroulé lors de la soirée du 2 août, fait l’exception pour deux raisons essentielles. D’abord, c’est un concert caritatif, l’unique de cette édition. De plus, il marque les retrouvailles avec ce chanteur qui revient après 18 ans d’absence.
La Presse — Rayan est l’un de ces artistes libanais qui ont connu l’apogée de leur succès au début des années 2000. Ils avaient en commun une belle voix, du charisme, un branding parfaitement maîtrisé et des choix artistiques intelligents. C’est ce qui explique pleinement leur percée rapide. Toutefois, peu d’entre eux ont pu, ou plutôt, su tenir et construire une carrière solide et durable. De cette génération, on a également retrouvé cette année à Hammamet Joseph Attieh, Melhem Zein et Yara.
Derrière ce concert, une histoire personnelle de combat contre un cancer. Rayan qui s’est rétabli récemment a pris lui-même l’initiative de contacter la direction du festival afin de proposer de se produire à titre gracieux au profit des malades cancéreux. Les recettes seront intégralement versées à l’Association tunisienne de la promotion des soins palliatifs. Ce geste généreux devrait servir d’exemple à nos artistes locaux, surtout que l’association reçoit un don pareil pour la première fois depuis sa création en 2001. Rayan a également rendu une visite à l’Institut Salah Azaiez, la matinée du concert. Cet élan de solidarité a profondément touché les Tunisiens, voyant dans les soirées musicales une dimension autre que les festivités. Si l’on considère ce spectacle sous un autre angle, il a également permis à l’artiste libanais de revenir par la grande porte et de relancer sa carrière mise en veilleuse pendant de nombreuses années à travers le prestigieux Festival de Carthage.
Le répertoire de Rayan est essentiellement basé sur la musique orientale contemporaine avec des influences pop. Pour ce concert, la set list a inclus trois axes principaux : les tubes de la star que le public connaît par cœur, des reprises de classiques arabes, ainsi que deux titres en hommage à la Tunisie. Le chanteur nous a expliqué ce choix quand nous l’avons rencontré avant le spectacle et nous lui avons posé la question sur une éventuelle stratégie afin d’élargir son audience. Ayant déjà séduit la génération des années 80 et 90 qui a découvert ses chansons dès leur sortie, il a eu recours aux reprises pour conquérir les plus âgés à travers un répertoire qui leur est cher. Quant aux plus jeunes, l’astuce était de faire de nouveaux arrangements rythmés qui remettent les anciens succès au goût du jour. Et, du rythme il y en a eu tout au long du concert, en excès même, jusqu’à dénaturer les chansons de leur essence mélancolique qui a fait leur gloire autrefois. Les spectateurs étaient toutefois enchantés par la prestation de Rayan et la soirée était réussie sur tous les plans.
Tout de noir vêtu et en veste pailletée, le chanteur est monté sur scène sous un tonnerre d’applaudissements. Il a été accompagné par l’Orchestre national tunisien dirigé par Youssef Belhani. Le premier titre a été « Tounes ye tej el awtan », une nouvelle chanson en dialecte libanais qui décrit son amour pour la Tunisie. Après cette entrée en force, le public a été assurément conquis. De ses propres tubes, il a chanté « Kenet rouhi », « Ha’allimak », « Hala Ghariba » et « Baadak Bethen ». Toutes ces chansons font partie de ses premiers albums sortis entre 2004 et 2007, en dehors de « Baadak bethen » parue en single en 2021. Les moments les plus forts de la soirée ont été l’interprétation de « Hekyou einayk » et « Ahla gharam », ses titres les plus célèbres. Le public a repris en chœur avec lui les couplets et les refrains de ces tubes qui cumulent des dizaines de millions de vues sur YouTube et qui sont encore aussi populaires deux décennies après leur sortie. George Wassouf a été fortement présent à travers des reprises de « Saber we radhi », « Law nawit tensa eli fat » et « Yaawadh allah ». Il y a eu également « Gana el hawa » de Abdelhalim Hafedh. L’hommage à la Tunisie s’est poursuivi en arborant notre drapeau national et le drapeau libanais pour la reprise de « Nassam alayna el hawa ». Rayan a aussi interprété « El assami » de Dhekra.
Tout au long du spectacle, l’artiste libanais a livré une prestation vocale de qualité, bien qu’il ait opté pour des titres particulièrement exigeants. Les plaisanteries en dialecte tunisien ont renforcé la complicité avec l’audience. Les spectateurs ont acclamé le nom de Rayan, ont poussé des youyous et ont fortement applaudi chaque chanson. L’ambiance était euphorisante avec les réarrangements entraînants et dynamiques. Le public a bien chanté, dansé, mais, au-delà du divertissement momentané, a participé à une action noble. En prenant part à cet événement caritatif, ceux qui étaient présent aideront des malades à retrouver l’espoir. Même si le spectacle n’a pas affiché complet, le succès et le retentissement de son volet humanitaire resteront mémorables, bien plus que des triomphes commerciaux passagers. Pourvu qu’il ouvre la voie à d’autres événements de ce genre, car beaucoup d’associations méritent d’être soutenues à leur tour.
Le Festival international de Carthage se poursuit jusqu’au 19 août avec d’autres retrouvailles. Certains concerts se joueront à guichets fermés et déchaînent déjà les réactions sur les réseaux sociaux. Nous y reviendrons.



