Alors que la transition énergétique mondiale accélère, la Tunisie cherche à se positionner sur l’un des marchés les plus prometteurs des prochaines décennies : celui de l’hydrogène vert. Placé au cœur du futur corridor énergétique reliant l’Afrique du Nord à l’Europe, le pays ambitionne de dépasser le simple rôle de transit pour devenir un producteur et un exportateur d’énergie propre.
Selon des estimations rapportées par la plateforme spécialisée Attaqa, les retombées potentielles liées à la participation tunisienne au corridor Sud de l’hydrogène pourraient atteindre jusqu’à 14 milliards de dollars à l’horizon 2030. Un chiffre qui illustre l’ampleur des attentes, mais qui reste conditionné à la concrétisation des projets annoncés.
En effet, la course mondiale à l’hydrogène vert est désormais engagée. Face aux objectifs de réduction des émissions de carbone et à la volonté des grandes économies de diversifier leurs sources d’énergie, plusieurs régions du monde cherchent à développer de nouvelles chaînes d’approvisionnement bas carbone.
Dans cette nouvelle géographie énergétique, la région arabe entend jouer un rôle majeur. Grâce à son potentiel solaire et éolien, sa proximité avec les grands marchés européens et ses capacités foncières, l’Afrique du Nord apparaît comme l’une des zones les mieux positionnées pour produire de l’hydrogène renouvelable destiné à l’exportation.
Selon un recensement réalisé par la plateforme Attaqa, sept pays arabes figurent parmi les acteurs qui développent des projets ou des stratégies d’exportation d’hydrogène : l’Algérie, la Tunisie, Oman, l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Maroc.
La Tunisie veut passer du transit à la production
Pour la Tunisie, l’enjeu est stratégique. Longtemps considérée essentiellement comme un territoire de passage entre l’Afrique du Nord et l’Europe, elle cherche désormais à construire une véritable filière nationale de l’hydrogène vert.
L’objectif affiché est clair : valoriser ses ressources renouvelables, attirer des investissements internationaux et profiter de sa proximité géographique avec l’Europe pour intégrer les futures chaînes d’approvisionnement énergétiques.
Cette ambition repose notamment sur le projet de corridor Sud de l’hydrogène (SoutH2), qui doit relier l’Afrique du Nord à l’Europe à travers l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne. Long d’environ 3.300 kilomètres, ce corridor vise à acheminer de l’hydrogène renouvelable vers les principaux centres industriels européens.
La Tunisie figure parmi les pays appelés à jouer un rôle dans cette future infrastructure, aux côtés de l’Algérie. Le projet prévoit notamment l’utilisation d’une partie des réseaux existants adaptés au transport de l’hydrogène, ainsi que le développement de nouvelles capacités.
Des projets industriels déjà engagés
Au-delà du corridor de transport, la Tunisie cherche également à développer ses propres capacités de production.
En 2024, le pays a conclu un accord avec le consortium formé par TE H2 (TotalEnergies et EREN) et le groupe autrichien Verbund pour développer un projet d’hydrogène vert destiné à l’exportation vers l’Europe.
Ce projet prévoit une première phase visant une production annuelle de 200.000 tonnes d’hydrogène vert, avec une ambition pouvant atteindre à terme environ un million de tonnes par an, grâce au développement de nouvelles capacités solaires et éoliennes.
À travers sa stratégie nationale, la Tunisie affiche également des ambitions à long terme pour faire émerger une industrie intégrée allant de la production d’électricité renouvelable à l’exportation d’hydrogène et de ses dérivés.
Les 14 milliards de dollars : une opportunité, pas un acquis
Le chiffre a retenu l’attention : jusqu’à 14 milliards de dollars de retombées potentielles à l’horizon 2030. Selon Attaqa, ce montant correspond à des estimations liées à la participation tunisienne au corridor Sud de l’hydrogène, à travers des exportations directes ou des partenariats industriels avec l’Union européenne.
Mais cette perspective doit être interprétée avec prudence. Il ne s’agit pas de revenus déjà réalisés ni d’un montant garanti. Ces retombées dépendront de plusieurs facteurs : la capacité de la Tunisie à développer rapidement ses infrastructures, à attirer les financements nécessaires, à produire une énergie compétitive et à répondre aux exigences du marché européen.
L’enjeu est donc moins le chiffre annoncé que la capacité du pays à transformer une opportunité énergétique en véritable moteur économique.
Une compétition régionale déjà lancée
La Tunisie évolue dans un environnement régional particulièrement compétitif. L’Algérie mise sur sa proximité avec l’Europe et sur le corridor SoutH2 pour développer ses exportations d’hydrogène vert, tout en travaillant sur la production d’ammoniac vert.
Le Maroc s’appuie sur son avance dans les énergies renouvelables et ses partena



