Economie

Cuir et chaussures : Les avantages d’une industrie créative

  • 8 août 2026
  • 4 min de lecture
Cuir et chaussures : Les avantages d’une industrie créative

Longtemps perçus comme un secteur en perte de vitesse, le cuir et la chaussure disposent pourtant d’atouts majeurs pour rebondir. Fort d’un savoir-faire reconnu, d’un potentiel exportateur important et d’une présence historique sur les marchés européens, ce secteur doit désormais franchir un nouveau cap. Il doit passer d’une logique de sous-traitance à une véritable industrie créative, capable de développer ses propres marques et de conquérir de nouveaux marchés.

La Presse — À chaque fois qu’on parle du secteur du cuir et des chaussures, l’on a tendance à parler d’un besoin urgent de revalorisation et même de survie. On dirait un secteur en plein déclin ou à l’agonie. Ce n’est, heureusement, pas le cas. La relance est plutôt simple, il suffit de transformer le savoir-faire de sous-traitance en véritable industrie créative, à forte valeur ajoutée.

Certes, le secteur, comme toutes les autres activités, connaît certaines difficultés, surtout dans un contexte aussi bien national, régional qu’international assez complexe, mais il continue à peser, positivement, dans l’économie nationale. Sa contribution au PIB national, même si elle est encore timide par rapport aux autres industries manufacturières, reste  toujours active.

Les dernières statistiques retiennent, justement,  plus de 2 milliards de dinars d’exportations vers, notamment, le marché européen, ce qui représente environ 70 % de la totalité des ventes.

Le secteur compte, également, environ 200 entreprises et emploie plus de 28.000 personnes. Mais ce qui est réellement significatif, c’est l’importance de la marge de progression du secteur, compte tenu des défis de la prochaine étape.

Pour commencer, le secteur est appelé, en effet, à résoudre certaines questions urgentes et courantes qui portent, essentiellement, sur la lutte contre la contrebande et le marché parallèle, le soutien et le bon encadrement des petites entreprises artisanales, et l’amélioration du niveau d’approvisionnement du marché local en matières premières.

Mais le plus important pour le secteur, c’est d’améliorer son positionnement à l’international, car en plus de la consolidation de ses parts sur le marché européen, cette activité doit aujourd’hui préparer une transition stratégique vers de nouveaux marchés prometteurs, entre autres l’Afrique, hautement consommatrice.

Pour réussir cette transition intelligente,  l’un des principaux enjeux serait, sans aucun doute, la transformation d’un savoir-faire de sous-traitance pour les plus grandes marques européennes en une véritable industrie créative dotée de  ses propres marques, à forte valeur ajoutée.

Un système de motivation fiable

Une telle transformation aurait besoin de toute une stratégie de gouvernance globale qui aiderait à valoriser le made in Tunisia, à travers l’accélération de la formation spécialisée pour pouvoir reconstituer une main-d’œuvre qualifiée, notamment au niveau des jeunes, qui désertent de plus en plus le savoir-faire local, faute de moyens et de motivation. Le centre technique doit, à ce niveau, apporter l’encadrement et l’assistance nécessaires en dotant le secteur des moyens de ses ambitions.

Il est important également de reconstituer les usines et les ateliers de production, dont le nombre est en chute libre, passant d’environ 500 unités en 2011 à seulement 200 actuellement. Une baisse sensible provoquée par le manque de soutien financier, la cherté des matières premières, la concurrence déloyale et l’absence d’un système de motivation fiable.

Mais, l’on estime que le défi majeur reste, sans aucun doute, le mauvais positionnement du secteur sur le marché intérieur, dont la moyenne de vente reste insignifiante par rapport à l’export (70 % sur le marché européen seulement). Et c’est la un problème de gestion, étant donné l’incapacité de nos décideurs du secteur de contrer le marché parallèle qui accapare plus de 80 % des ventes.

Il est nécessaire donc de trouver la parade nécessaire pour contrer les importations anarchiques, revaloriser le made in Tunisia, à travers  la consolidation des systèmes de certification et de normalisation et l’instauration d’une politique de contrôle douanier rigoureuse.

Auteur

Anis SOUADI

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