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Ligue 1 – Exode massif des joueurs et des entraineurs : Un championnat de moins en moins attractif

  • 12 août 2026
  • 6 min de lecture
Ligue 1 – Exode massif des joueurs et des entraineurs : Un championnat de moins en moins attractif

Le déséquilibre financier, par rapport aux clubs libyens, algériens, irakiens et autres, fait que nos clubs ne sont plus capables de retenir les meilleurs. On se dirige plus vers un championnat appauvri, un championnat de seconde zone.

La Presse —Toutes proportions gardées, notre championnat endosse depuis des années la voie du championnat italien. La Série A, à l’image du football italien en décadence, ne vaut plus rien pratiquement par rapport à l’Angleterre ou l’Espagne et même par rapport aux championnats de seconde zone. Argent, qualité des joueurs, des entraîneurs, performances des clubs, le modèle italien est en faillite. Transposition faite sur notre championnat. L’été 2026 aura marqué une rupture remarquable face aux championnats arabes qui parviennent aujourd’hui à prendre n’importe quel joueur tunisien ou étranger du championnat en lui offrant les salaires et les primes qu’il ne peut toucher ici. L’EST, le club le plus riche avec ses revenus générés et l’apport de son président-bailleur de fonds, n’est plus capable de retenir ses meilleurs éléments et se trouve même devant des litiges pour salaires et primes impayés devant la Fifa.

Plus de 10 joueurs en fin de contrat ont quitté parce qu’ils ont trouvé mieux, et le club «sang et or» s’est trouvé impuissant et en difficulté pour attirer des joueurs de grand calibre (le cas Ribeiro). Les Sasse, Ogbelu, Tka, Tougai, Diarra, Ben Hmida, Boualia ont fini par s’en aller pour diverses raisons, mais point commun, ils seront mieux payés ailleurs. Pour le CA, c’est encore plus difficile et plus austère: le champion de Tunisie a vu son ossature défensive partir, son entraîneur aussi avec des tentations que le club n’a pu contenir. Côté mercato, le CA opère avec prudence en essayant de dénicher des opportunités, pas plus. Ne parlons pas des autres clubs qui s’efforcent de payer leurs joueurs ou du moins ceux qui en restent. Pas de folies sur le mercato, des jeunes et des moins jeunes joueurs circulent d’un club à l’autre, quelques joueurs africains pas connus qui débarquent, sinon, un flux entrant de moins en moins de qualité. Ceux qui sont en train de porter sont plus forts en moyenne que ceux qui débarquent. Le championnat tunisien est de moins en moins attractif. Financièrement, on ne peut plus payer les salaires et les primes promis par les clubs libyens, irakiens ou algériens. Il est devenu presque impossible de rivaliser financièrement avec eux.

Les joueurs africains de grand calibre préfèrent le Maroc, l’Egypte ou les pays du Golfe et non le championnat tunisien qui ne les attire plus. Sportivement aussi, nos clubs sont de moins en moins performants avec l’EST qui reste la meilleure, mais qui ne parvient plus à renouer avec le titre africain. Stades, retransmission télévisée, sponsoring, équilibre budgétaire, valeur marchande des joueurs et des clubs, notre championnat perd en valeur à vue d’œil par rapport aux autres compétitions. De la qualité des joueurs à la qualité de la concurrence, en passant par la solidité financière des clubs, tout cela se dégrade. Le championnat se vide de  ses grands joueurs et le public ne se déplace pas assez dans des stades de plus en plus vétustes. L’output final retransmis à la télé est forcément peu séduisant et se déprécie.

On risque un jour de voir un championnat totalement appauvri de talents, qui n’offre aucune rivalité et aucune qualité de spectacle avec des clubs de plus en plus fragilisés par les crises et les dettes.

Compter sur son cru

Le modèle économique de notre championnat ne peut plus se reposer sur les investissements lourds dans les recrutements. Puisqu’on n’a plus les finances pour garder des joueurs qui se trouvent en position de force au niveau des contrats, ni pour attirer les meilleurs éléments du continent, il faut passer à un autre modèle. Peut-être un championnat où, par la force des choses, les joueurs locaux  issus de la formation se trouvent dans les équipes premières. Des jeunes qui peuvent, un autre jour, être commercialisés pour l’Europe ou d’autres championnats pour dégager des plus-values. Un championnat qui attire par exemple des joueurs bon marché en fin de carrière qui attendent de se relancer ou d’autres jeunes étrangers prometteurs issus des centres de formation de clubs européens. Un championnat moins garni en individualités et en noms, mais qui peut « produire » de bons joueurs et, à terme, une compétition relevée. Ceci demande des finances stables et un assainissement total des dettes, chose très difficile à atteindre illico presto. La FTF a intérêt aussi à investir un peu des revenus de la Coupe du monde pour entretenir les stades, et à changer la caduque et misérable réglementation actuelle qui empêche le secteur privé à investir dans la construction et l’exploitation des stades. Si les enceintes sportives passent à un palier supérieur et rejoignent celles de l’Egypte, du Maroc ou de l’Algérie, le reste sera facile à réaliser.

Le public tunisien, malgré la dégradation du championnat et des résultats, reste un «accro» de football. La demande potentielle demeure élevée et intéressante malgré tout : le football se vend bien en Tunisie. Un véritable hobby et un facteur d’épanouissement social et même un outil de défoulement de masse et un moyen d’identification pour les jeunes d’aujourd’hui. C’est ce que le ministère des Sports, la FTF et les clubs n’ont pas encore saisi. Les revenus peuvent être multipliés par cinq ou plus si l’on investit dans l’infrastructure et que l’on attire des spécialistes en digital et en marketing pour solidifier le championnat. Pour le moment, notre championnat passe par une étape pénible et pas glamour : la compétition est de plus en plus faible et laide et les joueurs aussi et les clubs, bien sûr.

Auteur

Rafik EL HERGUEM

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