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Des méduses partout sur les plages tunisiennes : que se passe-t-il en Méditerranée ?

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  • 16 août 2026
  • 7 min de lecture
Des méduses partout sur les plages tunisiennes : que se passe-t-il en Méditerranée ?

Le phénomène est devenu familier cet été sur les côtes tunisiennes : il ne se passe quasiment plus une journée sans qu’une nouvelle photo de méduses échouées ou évoluant près du rivage ne circule sur les réseaux sociaux.
Pour Hamdi Hached, ingénieur en environnement et climat, cette présence accrue ne doit pas être interprétée comme l’apparition d’une nouvelle espèce dans les eaux tunisiennes. Elle s’inscrit plutôt dans un ensemble de changements affectant la température de la mer, les écosystèmes côtiers et les équilibres du milieu marin.

Sur plusieurs plages tunisiennes, les méduses sont devenues particulièrement visibles cet été. Certaines apparaissent en nombre important près du rivage, tandis que des images montrent des enfants les manipulant sur le sable ou les sortant de l’eau.
Dans une publication consacrée au phénomène, Hamdi Hached s’interroge sur les raisons de cette présence devenue si fréquente et parfois massive. Selon lui, une partie de l’explication se trouve dans le réchauffement des eaux de la Méditerranée, auquel viennent s’ajouter d’autres facteurs environnementaux.

Une espèce bien présente dans les eaux tunisiennes

Parmi les méduses régulièrement observées figure notamment Rhizostoma pulmo, également appelée rhizostome ou “méduse chou-fleur”. Contrairement à certaines espèces introduites récemment en Méditerranée, celle-ci n’est pas une nouvelle venue dans les eaux tunisiennes.
Les travaux scientifiques consacrés aux méduses de Tunisie confirment sa présence dans les eaux nationales. Une étude publiée en 2022, fondée sur 17 années de données, classe Rhizostoma pulmo parmi les espèces les plus fréquemment observées dans les eaux tunisiennes. Elle relève également des épisodes de prolifération dans le golfe de Gabès.
La question n’est donc pas tant de savoir d’où vient cette méduse, mais plutôt pourquoi elle semble apparaître aujourd’hui avec une telle fréquence et en concentrations parfois importantes.

Une mer plus chaude, des conditions plus favorables

Pour Hamdi Hached, la hausse des températures marines constitue l’un des principaux éléments à prendre en compte.
La Méditerranée connaît depuis plusieurs années un réchauffement particulièrement marqué et les épisodes de chaleur marine deviennent plus fréquents et plus intenses (8 degrés au-dessus des niveaux normaux le 5 août 2026 selon hached). Or, la température de l’eau joue un rôle important dans le cycle biologique de nombreuses espèces de méduses.
Concernant Rhizostoma pulmo, des travaux scientifiques indiquent notamment que son cycle saisonnier est lié aux conditions environnementales et que sa présence varie selon les régions tunisiennes. Dans le golfe de Gabès, l’espèce peut être observée sur une période beaucoup plus longue que dans le golfe de Tunis, où sa présence est davantage concentrée entre la fin du printemps et l’automne.
Dans ce contexte, le réchauffement de la mer pourrait contribuer à créer ou à prolonger, dans certaines zones, des conditions favorables à son développement.
Hached souligne ainsi que l’augmentation de la température pourrait non seulement favoriser certaines phases de croissance et de reproduction, mais également prolonger la période durant laquelle les méduses sont susceptibles d’être observées près des côtes.

La chaleur n’explique toutefois pas tout

Le phénomène ne saurait cependant être attribué uniquement au réchauffement climatique. Un autre facteur évoqué par l’expert est l’enrichissement des eaux côtières en nutriments et en matières organiques, notamment à travers les différentes formes de pollution et les rejets d’eaux insuffisamment traitées.
Lorsque les eaux reçoivent des quantités excessives de nutriments, notamment d’azote et de phosphore, elles peuvent connaître un phénomène d’eutrophisation. Celui-ci modifie la composition du plancton et, plus largement, les équilibres de la chaîne alimentaire marine.
Or, les méduses se nourrissent notamment de plancton. Des travaux consacrés à Rhizostoma pulmo ont d’ailleurs établi des liens entre ses proliférations, les températures élevées et les conditions nutritionnelles favorables liées à l’abondance du zooplancton.
Le réchauffement des eaux et l’évolution de leur qualité peuvent donc se conjuguer pour créer des conditions plus favorables à certaines proliférations.

La pression exercée sur les écosystèmes joue également un rôle

À ces facteurs s’ajoutent les perturbations plus générales que connaissent les écosystèmes marins. La pression exercée sur les ressources halieutiques peut notamment contribuer à modifier les équilibres entre les différentes espèces. La diminution de certains prédateurs naturels des méduses est ainsi susceptible de favoriser leur développement dans certaines zones.
Mais même lorsqu’une forte concentration de méduses est observée sur une plage, cela ne signifie pas nécessairement qu’elles se sont toutes développées à cet endroit.
Les vents et les courants marins peuvent concentrer et transporter des individus sur certaines portions du littoral, donnant parfois l’impression d’une véritable invasion. Les phénomènes de regroupement des méduses sont d’ailleurs connus et peuvent être fortement influencés par les conditions hydrodynamiques.

Un phénomène qui dépasse largement la Tunisie

Pour Hamdi Hached, la situation actuelle doit finalement être replacée dans une évolution beaucoup plus large des océans et des mers.
Les méduses ne sont évidemment pas apparues avec le changement climatique. Ces organismes existent depuis des centaines de millions d’années et ont traversé d’importantes transformations des écosystèmes marins.
Leur capacité d’adaptation leur permet aujourd’hui encore de tirer profit, dans certaines régions et à certaines périodes, de conditions environnementales qui leur sont favorables.
Hached rappelle à ce propos le titre d’un article consacré à ce phénomène : “The era of Ocean Jellyfication ( ou l’ère de la gélification des océans)”.
L’expression renvoie à un phénomène observé dans différentes régions du monde : lorsque les océans se réchauffent et que les écosystèmes sont soumis à de fortes pressions, certaines espèces de méduses peuvent trouver des conditions particulièrement favorables à leur développement.
Ceci pour dire que la multiplication des observations sur les plages tunisiennes ne signifie donc pas nécessairement que les méduses sont devenues soudainement plus nombreuses partout dans le pays.
Elle peut aussi traduire une combinaison de facteurs locaux et régionaux : température de l’eau, disponibilité de nourriture, qualité du milieu marin, courants et vents.
La présence de Rhizostoma pulmo en Tunisie est donc ancienne et documentée. Ce qui mérite davantage d’attention est l’évolution de son abondance, de sa distribution et de sa période de présence, autant d’éléments susceptibles de renseigner sur les transformations que connaît le milieu marin tunisien.
Autrement dit, derrière les images de méduses qui se multiplient sur les réseaux sociaux, se pose une question plus large : que nous disent ces organismes sur l’état et l’évolution de la Méditerranée face au réchauffement climatique et aux pressions exercées sur les écosystèmes côtiers ?

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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