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Figues de barbarie : Toujours trop peu et trop tard

  • 18 août 2026
  • 5 min de lecture
Figues de barbarie : Toujours trop peu et trop tard

Que veut-on de plus que cette chute catastrophique de la production qui a atteint soixante pour cent ?  Les bassins les plus prolifiques comme celui de Zalfane qui s’étend de Thala à Hajeb Laâyoune, en passant par Foussana, dont les producteurs se sentent perdus, délaissés, réclament une intervention urgente des autorités compétentes.

La Presse — Que faut-il de plus que cette chute vertigineuse de la production qui, de 25.0000 t en 2025 en est à 10.0000t selon les estimations les plus optinistes, avec la crainte qu’il n’y ait pas de production l’année prochaine.

Oui, mais dans ce genre de catastrophe, on prévoit et on met en place une stratégie d’intervention qui est souvent, nécessairement, anticipatrice.  Après coup, ce n’est plus que l’établissement des bilans.

Il semble que l’on n’a rien fait de tout cela. Ou pas assez, avec la diligence souhaitée et imposée par l’urgence de la situation. Le mal s’étend et on semble se contenter de pleurer au pied des ruines. Cela fait des années que le mal s’étend. Les solutions existent, on donne l’impression de bouger pour y faire face, mais les faits démontrent que le rythme est si lent que dans quelques années les figues de Barbarie ne seront plus qu’un vague souvenir.

Au Maroc, le parasite est apparu vers 2014-2015. Il a détruit des dizaines de milliers d’hectares de cactus. Les efforts actuels se concentrent sur la distribution de rejets résistants aux agriculteurs pour réhabiliter les zones ravagées. Il s’y est mis. Culture des  coccinelles pour la lutte biologique,  arrachage et nettoyage des zones sinistrées.

La faute? Selon M. Bennani, président de l’Association nationale pour le développement de la figue de Barbarie, le retard accusé dans la passation des marchés publics destinés aux opérations d’arrachage des palettes infectées et de traitement.

Encore une fois, c’est cette lenteur administrative au niveau de la tutelle qui bloque tout et qui agit activement pour rendre les choses encore plus difficiles, alors qu’en cas de nécessité, c’est en fait une véritable «pandémie», l’urgence prime. Et lorsque la tutelle et les services régionaux sont plongés dans les vapeurs d’une douce inertie, lorsque la tutelle et les services régionaux sont plongés dans les vapeurs d’une léthargie,   le fruit, dans un temps plus ou moins court, disparaîtra d’une région à l’autre.

Rien que dans la région de Kasserine (qui fournit la moitié de la production nationale) cela fera près de 40.000 emplois qui disparaîtront.

Comment expliquer ce laisser-aller alors qu’il fallait, dès les premiers signes de cette pandémie,  commencer par protéger les bassins producteurs en axant les interventions  sur la prévention et l’anticipation pour éviter la propagation du mal? Théoriquement, on ne doit plus entendre parler de nouveaux bassins producteurs infectés. Cela suppose que rien n’a été fait pour prévenir et anticiper en aval et que les autorités concernées agissent après coup, avec une efficacité réduite par les conséquences des retards accumulés.

Nous avions, dans ces mêmes colonnes, insisté depuis au moins trois ans, sur la mise en place d’un plan d’action mettant à contribution la prévention, la lutte biologique et le renouvellement des plantations en optant pour des espèces qui résistent à la cochenille, qui est elle-même une richesse à développer donc à contrôler.  La cochenille produit une des teintures naturelles les plus recherchées dans le monde!

Développer la lutte biologique en mettant en place un élevage de  prédateurs naturels (coccinelles) pour réduire les populations de ravageurs sans détruire l’environnement est une priorité. Ces coccinelles sont demandées à travers le monde, c’est donc un créneau intéressant à développer.

L’arrachage et l’enfouissement des plantes touchées pour stopper la propagation du parasite dans de nouvelles zones est une urgence incontournable.

Nettoyage à l’eau pour brosser  les premiers foyers et application contrôlée de produits spécifiques autorisés (insecticides régulateurs de croissance), est le  minimum à faire pour circonscrire les dégâts.

Nous avons même signalé que le Mexique, d’où proviennent les premières souches de figues de barbarie que les Espagnols ont ramenées en Tunisie en 1535, a offert ses services à une délégation tunisienne qui était en visite pour une conférence scientifique.

Rien, apparemment,  n’a été fait, pas au rythme qu’il fallait de toutes les manières, pour traiter un mal qui menace une bonne partie de l’économie nationale.  Tout un secteur qui mobilise des milliers de bras, fournit de la matière première pour des unités de production qui agissent au niveau des dérivés de cette richesse nationale, est actuellement dans l’attente d’une décision salvatrice.

Force est de constater que la mobilisation n’est nullement à la hauteur du combat à mener contre un prédateur qui détruit un pan important de l’économie nationale.  Il ne s’agit plus d’une direction ou d’un service à charger de ce dossier vital. Il s’agit de mettre en place un organisme qui dispose des moyens financiers et humains, des facilités administratives et logistiques et du pouvoir de décision.

Parce qu’à ce rythme, les prochaines générations auront tout le loisir de voir les figues de Barbarie «Soltane el ghalla» sur des photos d’époque.

Auteur

Kamel GHATTAS

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