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Jaou Tunis 2026 : une biennale-archipel entre Tunis, Genève et la Méditerranée

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  • 18 août 2026
  • 4 min de lecture
Jaou Tunis 2026 : une biennale-archipel entre Tunis, Genève et la Méditerranée

Chaque époque forge son destin par les réponses qu’elle oppose à ses crises. La nôtre voit nos interdépendances s’approfondir tandis que les logiques de séparation se renforcent.

Pourtant, les océans nous rappellent une évidence ancienne : rien ne demeure vivant dans l’isolement.

Être en harmonie avec le monde par les archipels que nous sommes, c’est habiter la diffraction tout en reliant nos rivages et nos horizons. Notre monde se diffracte en langues, cultures, mémoires et territoires. Cette pluralité n’interdit pas la relation, elle en est la condition.

Mais si le monde nous relie, il ne nous accorde pas à tous la même liberté de passage.

C’est de cette conviction que naît la huitième édition de Jaou Tunis.

Depuis sa création, Jaou Tunis n’a jamais été une simple succession d’expositions, de performances ou de rencontres, mais une manière d’être au monde par la relation. Dans une époque qui tend à opposer les identités en dissonances plutôt qu’à les penser en partitions, Jaou Tunis fait le pari inverse : bâtir des passages plutôt qu’ériger des clôtures. Non pour abolir ce qui nous sépare, mais pour rendre possible la rencontre à travers les écarts.

Cette année, la Fondation Kamel Lazaar (KLF), le Centre d’Art Contemporain Genève (CAG) et la Fondation Art Explora se rejoignent sur une même ligne d’horizon : la 8ᵉ édition de Jaou Tunis.

Pour la première fois, la Biennale de l’Image en Mouvement (BIM’26) est présentée hors de Suisse.

À Tunis, seize œuvres inédites, conçues librement par les artistes, sont commandées et coproduites par le CAG et la KLF pour Becoming the Ocean, sous le commissariat conjoint de Lina Lazaar et Andrea Bellini, avant de poursuivre leur itinérance vers d’autres cieux, dont Venise, ville-eau.

Cette itinérance ne déplace pas seulement les œuvres : elle invite aussi à changer de regard, à interroger les lieux depuis lesquels le monde se raconte et ceux auxquels fut longtemps réservé le pouvoir d’en désigner le centre.

Les artistes invités appartiennent à cette Majorité mondiale longtemps reléguée aux marges des récits dominants : Afrique, monde arabe, Asie, Amérique latine et diasporas. Leurs œuvres traversent les mémoires de la guerre et de l’exil, les héritages coloniaux, les bouleversements écologiques, les technologies du pouvoir, les savoirs vernaculaires, les spiritualités et les gestes de soin.

Cette même vision s’élargit avec Art Explora, qui fait de la Méditerranée non une frontière, mais un trait d’union, un espace de circulation, de dialogue et d’hospitalité. Une mer faite de passages, de mémoires et de familiarités qui courent d’un rivage à l’autre, mais dont les eaux ne s’ouvrent pas à tous de la même manière. Mer commune et frontière inégale à la fois, cette contradiction est celle que Jaou Tunis choisit de regarder sans l’effacer.

Ainsi se dessine l’archipel : ni juxtaposition, ni fusion. Chaque œuvre, chaque lieu, chaque partenaire conserve sa voix et rejoint un même courant. La cohérence ne vient plus d’un centre unique ; elle naît de la rencontre des singularités. La relation n’exige ici ni consensus ni effacement : elle se construit précisément dans la persistance des différences.

À Tunis, cette pensée trouve sa terre et son histoire. À la croisée de l’Afrique, du monde arabe et de la Méditerranée, la ville ne regarde pas le monde depuis une périphérie, mais depuis l’une de ses matrices, polie par des siècles de passages et de brassages. Ici, les appartenances débordent depuis longtemps les cartes : elles circulent dans les langues, les gestes, les mémoires et les liens tissés d’une rive à l’autre.

C’est depuis ce vieux terroir du métissage que la biennale Jaou Tunis interroge notre présent : qui peut encore circuler librement ? Qui demeure assigné à une frontière, à un territoire, à une identité ?

À la mesure des océans, ces frontières paraissent dérisoires, car ils savent depuis toujours ce que nos continents et nos cartes mentales peinent à concevoir. Les rivages ne sont jamais immobiles ; ils avancent, reculent et se redessinent au gré des marées, des vents et des contre-courants.Les archipels vivent de ces circulations invisibles qui relient les îles sans les confondre. Ce sont les passages qui leur donnent leur respiration, les traversées qui leur donnent leur profondeur et les horizons partagés qui leur donnent leur avenir.

Les rivages ne sont jamais immobiles ; ils avancent, reculent et se redessinent au gré des marées, des vents et des contre-courants.

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Auteur

La Presse

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