À Nabeul comme à Hammamet, l’accumulation de déchets signalée ces derniers jours dans plusieurs rues et quartiers remet sur le devant de la scène une problématique qui dépasse largement la seule question de la collecte. En pleine haute saison, alors que la destination Nabeul-Hammamet enregistre une nette progression de sa fréquentation, la propreté de l’espace public devient à la fois un enjeu environnemental, touristique et citoyen.
Des sacs éventrés, des détritus abandonnés au coin d’une rue, des conteneurs débordants et parfois plusieurs jours d’attente avant le passage des services de collecte : ces scènes, rapportées récemment à Nabeul et Hammamet, contrastent singulièrement avec l’image que ces deux villes souhaitent donner aux visiteurs.
Le phénomène a notamment été signalé dans plusieurs quartiers de Nabeul, mais également à Hammamet, où habitants et visiteurs ont exprimé leur mécontentement face à l’accumulation des déchets, aux mauvaises odeurs et à la prolifération des insectes. Les appels à renforcer la collecte, à multiplier les conteneurs et à intervenir contre les dépôts anarchiques se multiplient.
Une destination qui attire davantage de visiteurs
Le paradoxe est d’autant plus frappant que la destination Nabeul-Hammamet connaît actuellement une saison touristique particulièrement dynamique.
Entre le 1er juin et le 10 juillet 2026, la région a accueilli 122.000 visiteurs, soit une progression de 9,5% sur un an. Depuis le début de l’année jusqu’au 10 juillet, 413.000 touristes ont été enregistrés, en hausse de 10%, pour 1,6 million de nuitées.
Ces chiffres ne sont pas anodins. Ils signifient davantage de consommation, davantage de déplacements, davantage de fréquentation des plages, des commerces, des restaurants et des espaces publics… et donc mécaniquement davantage de déchets à gérer.
Mais ils signifient surtout que la propreté n’est pas un détail dans une destination touristique. Elle participe directement à l’expérience du visiteur et à l’image que celui-ci emporte avec lui.
Le problème ne se résume pourtant pas aux services de collecte. Il serait toutefois trop facile de réduire la situation à une défaillance des services municipaux ou à un manque de moyens. Le problème est aussi celui des comportements.
Car aucun système de collecte, aussi performant soit-il, ne peut fonctionner durablement lorsque des citoyens ou des commerçants déposent leurs déchets n’importe où, en dehors des horaires ou des emplacements prévus. À Nabeul, des agents chargés de la collecte avaient déjà souligné dans La Presse les difficultés liées à l’incivisme et à la précarité du travail des agents de nettoyage.
C’est là que le débat doit dépasser la simple dénonciation. La propreté d’une ville est une responsabilité partagée. Elle relève des municipalités et des entreprises chargées de la collecte, mais également des habitants, des commerçants, des visiteurs et de tous ceux qui utilisent l’espace public.
Une question d’éducation et de culture citoyenne
Jeter une bouteille en plastique sur la plage, abandonner un sac-poubelle à quelques mètres d’un conteneur ou transformer un terrain vague en décharge improvisée ne relève pas uniquement d’un problème de gestion des déchets. C’est aussi une question d’éducation, de civisme et de rapport au bien commun. Et cette responsabilité commence bien avant la haute saison.
La Tunisie produit environ 2,4 millions de tonnes de déchets ménagers et assimilés chaque année, selon l’Agence nationale de gestion des déchets. Le problème est donc structurel et dépasse largement Nabeul ou Hammamet.
Le littoral est particulièrement exposé. Le ministère de l’Environnement estime notamment que le tourisme tunisien est concentré à 95% dans les zones côtières et souligne l’importance des déchets plastiques générés par les activités touristiques et récréatives. Nabeul figure parmi les zones identifiées comme “hotspots” dans le diagnostic national de la pollution plastique.
Une contradiction que le tourisme ne peut plus ignorer
La Tunisie a d’ailleurs engagé des programmes de nettoyage et de protection du littoral. Dans le gouvernorat de Nabeul, 44 plages, publiques et touristiques, font l’objet d’opérations de nettoyage jusqu’en septembre. À l’échelle nationale, 152 plages avaient été nettoyées et environ 6.000 m³ de déchets collectés jusqu’à la première semaine d’août.
Ces efforts montrent que le problème est pris en compte. Mais ils rappellent aussi une évidence : nettoyer davantage ne suffira pas si l’on continue à produire, jeter et abandonner davantage.
Hammamet et Nabeul ont construit leur réputation sur leurs plages, leur patrimoine, leur douceur de vivre et leur capacité à accueillir. En pleine saison touristique, laisser les déchets s’installer dans leurs rues revient donc à envoyer un message particulièrement contradictoire.
Le véritable défi n’est plus seulement de savoir qui doit ramasser les déchets. Il est de parvenir à faire comprendre à chacun que la rue, la plage, le quartier et la ville sont aussi notre espace de vie. Et qu’une destination touristique ne peut être belle sur les brochures et les réseaux sociaux si, une fois sur place, ses visiteurs découvrent des déchets au détour des rues.



