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“PSY” de Jaâfar Guesmi à Nabeul : quatre ans après, il remonte sur scène pour se raconter… et nous raconter

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  • 20 août 2026
  • 7 min de lecture
“PSY” de Jaâfar Guesmi à Nabeul : quatre ans après, il remonte sur scène pour se raconter… et nous raconter

Après quatre années loin des planches, Jaâfar Guesmi a retrouvé mercredi soir 19 août 2026 le public du Festival international de Nabeul avec “PSY”, un one-man-show nourri de son propre parcours avec un psychologue, mais aussi des interrogations, des contradictions et des travers de la société tunisienne. Une soirée où le rire s’est mêlé à l’émotion, aux souvenirs et à une véritable communion avec le public.

La scène était pleine. Mais derrière les rires, les applaudissements, les chants et les youyous qui ont accompagné Jaâfar Guesmi mercredi soir au Festival international de Nabeul, il y avait une histoire beaucoup plus intime : celle d’un artiste qui, après quatre années d’absence, a choisi de revenir sur scène en parlant de lui-même pour mieux parler de nous tous.

Avec “PSY”, Jaâfar Guesmi ne revient pas simplement présenter un nouveau spectacle. Il revient raconter une période de sa vie qui l’a profondément marqué et qui, selon ses propres confidences, a changé sa manière de se voir, de penser et de créer.

Le spectacle s’inscrit dans une démarche personnelle née de son expérience avec un psychologue. Guesmi avait déjà expliqué que cette démarche l’avait accompagné dans son retour au théâtre après quatre années d’absence. Mais mercredi soir, à Nabeul, cette histoire personnelle a pris une autre dimension.

Quand l’artiste tombe le masque

Au début du spectacle, Jaâfar Guesmi rend hommage à l’artiste disparu Kafon, puis à sa mère, elle aussi décédée. Deux absences qui donnent immédiatement une profondeur particulière à cette représentation.

L’artiste ne cache pas combien cette période l’a bouleversé. La disparition de sa mère, notamment, l’a profondément atteint. Il confie qu’après cette épreuve, il n’était plus véritablement la même personne. Son éloignement de la scène pendant quatre ans en constitue peut-être la manifestation la plus visible. C’est précisément cette fragilité que PSY transforme en matière artistique.

Loin de vouloir présenter la consultation psychologique comme quelque chose réservé aux personnes “malades”, Guesmi raconte au contraire comment le fait de parler, d’être écouté et de mettre des mots sur ce que l’on traverse peut contribuer à retrouver confiance et équilibre. Il avait d’ailleurs déclaré auparavant être fier d’avoir eu recours à un accompagnement psychologique et estimé que cette démarche l’avait aidé à reprendre le chemin de la scène.

“ J’ai découvert que mes réponses ressemblaient à celles de tous les Tunisiens”. C’est là que PSY dépasse progressivement le récit personnel.

Guesmi raconte avoir suivi son accompagnement psychologique pendant environ deux ans. Au fil des séances, l’idée d’en faire une pièce commence à prendre forme. Le spectacle devient alors une manière de condenser cette expérience et de la transformer en humour.

Mais en travaillant sur ses propres réponses, l’artiste fait une découverte qui constitue l’un des ressorts du spectacle : derrière son histoire personnelle, il retrouve celle de nombreux Tunisiens.

Les complexes, les peurs, les ambitions, les frustrations, les contradictions, les relations avec les autres, le regard de la société… autant de situations dans lesquelles le public peut se reconnaître.

C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles le spectacle fonctionne aussi bien : Gasmi ne demande pas seulement au public de rire de lui. Il l’invite à rire de lui-même.

Cette dimension avait déjà été relevée lors d’une précédente représentation de PSY, décrite comme une expérience dans laquelle l’artiste place le public face à ses propres réalités et à différentes situations humaines.

Un spectacle qui fait rire, mais pas seulement

Mercredi soir, à Nabeul, les réactions du public ont rapidement confirmé cette proximité. Ça rit. Ça applaudit. Ça chante. Ça lance des youyous. Et surtout, ça répond à l’artiste.

La frontière entre la scène et les gradins devient parfois presque invisible. Guesmi joue avec son public, l’interpelle, le pousse à réagir et transforme la salle en véritable partenaire de jeu.

Cette interaction constitue l’une des forces de PSY. Le spectacle conserve les ressorts du one-man-show et de la comédie, mais les utilise pour faire passer des messages qui dépassent largement la simple recherche du rire.

Rêver, avancer, avoir des objectifs

Derrière les séquences comiques, Guesmi invite notamment à ne pas renoncer à ses rêves, à se fixer des objectifs et à continuer à avancer malgré les difficultés. Le propos touche également à des phénomènes qui traversent aujourd’hui la société tunisienne.

La migration irrégulière fait ainsi partie des thèmes abordés, avec un message qui invite notamment les jeunes à croire davantage en leurs capacités et à chercher à construire leur avenir plutôt que de considérer le départ clandestin comme l’unique issue.

Les réseaux sociaux ne sont pas épargnés non plus. Guesmi s’intéresse à la manière dont ces plateformes ont progressivement pénétré notre quotidien, modifié nos comportements et parfois créé un décalage entre ce que nous sommes réellement et l’image que nous choisissons de montrer derrière un écran.

Le téléphone, les réseaux sociaux, le regard des autres, les rêves, les frustrations : autant de sujets familiers que Guesmi transforme en situations comiques.

“Le cachet est ma dernière préoccupation”

À Nabeul, l’artiste a également tenu un discours qui mérite d’être retenu : son ambition avec PSY ne semble pas se résumer à une question de recettes ou de cachet. Il explique vouloir avant tout que le spectacle soit vu par le plus grand nombre.

Une déclaration qui prend un sens particulier lorsqu’elle est mise en perspective avec son parcours. Après quatre années loin des planches, l’enjeu n’est plus simplement de remplir des salles. Il est aussi, pour l’artiste, de retrouver sa place, de tester son nouveau langage et de mesurer la réception de celui qu’il est devenu. “PSY” représente ainsi une sorte de nouveau départ.

Guesmi l’a lui-même présenté comme une expérience qui lui a permis de “se redécouvrir”. Il ne s’agit donc pas simplement d’un retour après une longue absence, mais d’une nouvelle étape artistique.

Un “nouveau Jaâfar” sur scène

Et c’est peut-être là que réside le véritable intérêt de PSY. Pendant longtemps, Jaâfar Guesmi a été associé à un humour populaire, à une capacité à croquer les personnages et les situations du quotidien tunisien. Avec ce nouveau spectacle, il conserve cette proximité avec le public, mais y ajoute quelque chose de plus personnel. Il ne parle plus seulement des autres. Il accepte de parler de lui.

Ses blessures, ses doutes, son absence, son accompagnement psychologique, la perte de sa mère, le retour à la scène : tout cela devient une matière qu’il partage avec les spectateurs. Et c’est précisément parce que le récit est personnel qu’il finit par devenir collectif.

À Nabeul, le public ne s’est donc pas contenté de regarder PSY. Il l’a vécu avec son interprète, dans une succession de rires, d’applaudissements et de moments d’émotion.

Après Monastir, Gabès et plusieurs autres étapes de sa tournée estivale, PSY poursuit ainsi son parcours à travers la Tunisie. Et si le pari de Jaâfar Guesmi était finalement aussi simple que cela : prendre une histoire douloureuse, la transformer en rire et permettre à chacun de reconnaître, derrière les personnages et les blagues, une petite partie de lui-même ?

À Nabeul, en tout cas, le public semblait avoir trouvé sa réponse.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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