Culture

Kairouan – Bab Souika : Les derviches tourneurs de Konya célèbrent le Mouled

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  • 23 août 2026
  • 4 min de lecture
Kairouan – Bab Souika : Les derviches tourneurs de Konya célèbrent le Mouled

Venus de Turquie, vingt et un artistes ont fait entendre les sonorités de la musique soufie turque avant de laisser place au sema, ce rituel associé aux derviches tourneurs. Une rencontre qui, au-delà du spectacle, faisait dialoguer deux villes dont les mémoires spirituelles se sont construites autour de traditions profondément ancrées dans l’histoire de l’islam.

La Presse — À Kairouan, le soufisme s’est exprimé en musique et en mouvement. À l’occasion du Mouled, la ville sainte tunisienne a accueilli, vendredi 21 août, une soirée consacrée aux traditions musicales et spirituelles de Konya, avec la participation de la troupe de musique soufie et de sema de la municipalité du Grand Konya.

Venus de Turquie, vingt et un artistes ont fait entendre les sonorités de la musique soufie turque avant de laisser place au sema, ce rituel associé aux derviches tourneurs. Une rencontre qui, au-delà du spectacle, faisait dialoguer deux villes dont les mémoires spirituelles se sont construites autour de traditions profondément ancrées dans l’histoire de l’islam.

À Konya, cette tradition est indissociable de Jalal al-Din Rumi, plus connu sous le nom de Mevlana. Poète, mystique et penseur du XIIIe siècle, Rumi est à l’origine de l’ordre des Mevlevi et de cette pratique du Semaa où le mouvement, la musique et la poésie deviennent les instruments d’une quête intérieure.

Le rituel des derviches tourneurs est souvent réduit à l’image spectaculaire de la rotation des corps. Il repose pourtant sur une symbolique précise : le mouvement circulaire, les bras ouverts, la main tournée vers le ciel et l’autre vers la terre évoquent la réception puis la transmission. Une manière de rappeler que ce qui est reçu ne saurait être conservé pour soi.

C’est aussi cette dimension que la soirée de Kairouan a cherché à faire entendre. Le ney, flûte emblématique de la tradition soufie de Konya, les chants et le mouvement des derviches ont trouvé leur place dans une ville où la spiritualité constitue elle aussi une part essentielle de la mémoire collective.

Le rapprochement entre les deux villes ne relève donc pas uniquement de la diplomatie culturelle. Il se situe dans un espace méditerranéen où les musiques, les poésies et les traditions spirituelles ont longtemps circulé d’une rive à l’autre. À Kairouan comme à Konya, la musique peut ainsi devenir un langage de transmission, mais aussi une manière de donner corps à une mémoire.   

Pour Ali Feyzi Uysal, chanteur et interprète de la troupe de Konya, cette présence à Kairouan avait une résonance particulière. «Nous venons également de la ville de Mevlana, Konya», a-t-il rappelé, soulignant la volonté de partager avec le public tunisien une partie de cet héritage musical.

Le programme s’est notamment nourri de textes inspirés de la poésie de Rumi et de chants liés à la tradition du Mawlid. Une façon pour les artistes turcs de présenter non seulement une forme musicale, mais tout un univers où la poésie, le chant et le mouvement sont indissociables.

La rencontre ne s’arrête pas à Kairouan. La troupe turque de musique soufie et de derviches tourneurs de la ville de Konya donnera une seconde représentation dimanche 23 août 2026 à 22h00, sur l’esplanade de Bab Souika à Tunis, à proximité de la Grande Mosquée Sidi Mahrez.

Deux rendez-vous, deux lieux chargés de mémoire et une même tradition venue de Konya : celle des derviches tourneurs, dont le mouvement circulaire continue de faire de la musique et de la danse un chemin vers l’intériorité.

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Auteur

Asma DRISSI

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