Le vieux port de Bizerte n’est pas seulement un bassin d’eau stagnante. Il est le miroir de notre incapacité collective à protéger un patrimoine qui fut jadis la fierté des Bizertins. Les études se succèdent, les interventions s’annoncent, mais la réalité demeure : un dépotoir nauséabond au cœur de la ville.
Un constat accablant
Depuis des décennies, les eaux usées s’y déversent sans contrôle, les déchets s’y accumulent, et les odeurs pestilentielles chassent les habitants. Les projets de dépollution se sont multipliés, financés par l’argent public ou par des bailleurs étrangers. Pourtant, aucun résultat tangible n’est visible. Pire encore, la situation s’aggrave.
Face à ce désastre, un Bizertin engagé (Karim Grayaa, appelons-le par son nom !) a pris l’initiative de réaliser une étude technique et patrimoniale. Son travail, minutieux et documenté, propose des solutions concrètes : oxygénation des eaux par micro-diffuseurs, dragage sélectif des sédiments pollués, consolidation des quais avec des matériaux respectueux, et optimisation des passes hydrauliques pour rétablir la circulation de l’eau.
Ce projet citoyen prouve que la compétence et la créativité existent localement. Il démontre que la société civile peut être force de proposition, à condition que les autorités écoutent et agissent.
Un gouffre financier sans suivi
Combien d’argent a déjà été dépensé pour des études, des diagnostics, des interventions avortées ? Les citoyens ont le droit de savoir. Le vieux port est devenu le symbole d’une gouvernance défaillante, où les budgets s’évaporent sans contrôle et où les promesses s’accumulent sans résultats.
Il serait trop facile de rejeter la faute uniquement sur les autorités. Les Bizertins eux-mêmes doivent changer leurs comportements. Le port ne peut redevenir un joyau si les habitants continuent à y jeter leurs déchets. L’éducation environnementale est une urgence. Les écoles, les associations, les médias locaux doivent s’emparer de ce combat.
Un appel à l’action
Le vieux port de Bizerte ne doit plus être un sujet de nostalgie ou de lamentations. Il doit devenir un projet collectif, porté par les institutions, les experts et les citoyens. Les responsables doivent rendre des comptes, les financements doivent être transparents, et la population doit être impliquée.
Assez de promesses creuses. Assez de projets sans lendemain. Le vieux port de Bizerte mérite mieux que d’être le témoin silencieux de l’abandon. Grâce au travail courageux d’un citoyen qui a osé proposer une étude sérieuse, nous avons une base solide. Il appartient désormais aux autorités et aux Bizertins de transformer cette vision en réalité.

M.B



