Fifak 2026 : Regards critiques sur les réalités contemporaines
La deuxième soirée du 39e Fifak a été marquée par un mélange de compétitions cinématographiques et de moments de recueillement. Un hommage poignant a été rendu au regretté cinéaste amateur Adnen Meddeb, saluant son engagement artistique et militant.
La programmation internationale a mis en lumière des œuvres variées abordant le harcèlement scolaire, la résilience palestinienne ou encore les enjeux écologiques mondiaux. En parallèle, la sélection nationale a révélé de jeunes talents explorant des thématiques sociales fortes telles que la corruption et les difficultés d’insertion professionnelle.
La Presse — Après une ouverture sous le signe de l’hommage à l’acteur palestinien Mohamed Bakri, les choses sérieuses ont commencé lors de la deuxième soirée du Fifak avec les traditionnelles compétitions internationales et nationales. Malgré les coupures successives de l’électricité, les projections de films se sont déroulées dans des conditions satisfaisantes.
Toujours fidèle à ce rendez-vous cinématographique, les cinéphiles ont suivi avec passion et patience le déroulé du programme du jour réagissant par des applaudissements aux différentes parties d’une soirée dédiée au jeune cinéaste amateur Adnen Meddeb, dont la mort subite a marqué les esprits des festivaliers, mais aussi de ses confrères.
Après une brève vidéo relatant les moments forts de la cérémonie d’ouverture, et avant de passer à la séance de l’hommage, 6 films entre documentaire, fiction et animation ont meublé la partie consacrée à la compétition internationale : « At last », fiction de 26 minutes de la réalisatrice libanaise, Shazdeh Hachem aborde la question de vengeance et d’esprit de revanche entre élèves dans une école à connotation religieuse chrétienne.
Il suit l’histoire d’Alain, un élève de 8 ans, victime de harcèlement scolaire de la part de ses camarades de classe. Les enseignants et les responsables de l’école ne font qu’aggraver sa situation au lieu de l’améliorer.
« Al Mamdani : The lost Survivor », documentaire palestinien de 9 minutes d’Anwar Mohamed Abulkhair et Deema Abdl Alhady, traite encore et toujours de la résilience du peuple palestinien et de leur vécu difficile à travers des témoignages de Ghazaouis et des scènes de vie d’une population chassée de ses terres.
Le cinéma iranien, toujours très attendu par les cinéphiles, continue à réfléchir sur la société « Warden » de Sabah Mohammadi, fiction de 15 minutes qui raconte l’histoire du directeur d’un foyer de jeunes filles dont la routine de nuit dégénère en confrontation après le retour tardif d’une étudiante, et se transforme en un carrefour émotionnel explosif. La sensibilité du sujet s’oppose à son traitement un peu brut.
Durant 17 minutes, Claudia Gordillo narre dans un documentaire intitulé « Malverde » les rythmes d’une terre cultivée en canne à sucre. Une culture imposée qui a redéfini la nature originelle et les modes de vie des êtres vivants, humains et animaux pour survivre. Le récit se déroule dans le sud du Valle del Cauca et le nord du Cauca explorant par une sorte de marche et d’évocation ce que le paysage d’extraction est devenu.
« Heavenbound », film tunisien d’animation de 3 minutes de Houssemeddine Souaf, est un exercice de style en animation 2D évoquant une scène poignante de Ghaza qui a interpellé le réalisateur. Sans grande originalité, le film s’inscrit dans les tentatives ambitieuses de suivre les dessins animés japonais dans les traits des personnages, les mouvements et les couleurs.
Hommage poignant à Adnen Meddeb
Par la suite, il a été procédé à la présentation du jury des compétitions internationale et nationale, venu au complet saluer sur scène le public de Kélibia. Avant de passer à la compétition nationale des films tunisiens, un vibrant hommage a été rendu à Adnen Meddeb décédé il y a 10 ans. Toute la famille Meddeb, mère et fratrie, dont le cinéaste Marwan son frère, ont été invités sur scène pour commémorer la mémoire du jeune cinéaste de Hammam Ghzaz mort le 25 août 2016.
Figure de proue de l’activisme libertaire et très présent sur la scène culturelle alternative menant avec ses amis un combat contre le totalitarisme, il a marqué très vite les esprits après la révolution du 17/14 janvier 2011 par une photo phare où on le voit lever un poing vengeur. Le directeur de la 39e édition, Hichem Toumi, a remis à sa mère un trophée d’honneur bien mérité. Prenant la parole, cette dernière a rappelé avec beaucoup d’émotion que l’avenir appartient aux jeunes sur lesquels le pays compte.
Pour terminer, la compétition nationale a permis de voir quatre nouvelles productions : « Job opportunity » de Karima Trabelsi du club Ftca Tahar Hadded à travers lequel, elle suit, durant 8 minutes, le parcours du combattant d’un jeune diplômé à la recherche d’un travail. Dans un esprit vif et enjoué, elle arrive à communiquer l’état d’esprit des protagonistes.
« Sacrificed to Feed the World », documentaire indépendant de 22 minutes de Islem Zrelli, dresse un état des lieux alarmant de la catastrophe écologique à Gabès. Un constat d’échec avec un effet miroir sur notre monde. « El Comita », fiction indépendante de 10 minutes de Mohamed Trabelsi sur la désignation d’un prochain président par un comité secret de cinq personnes.
Les candidats se présentent un à un pour le poste. Mais à leur grand dam, ils constatent que le système est truqué et corrompu car tout est prévu à l’avance. « O God opener of doors », fiction indépendante de 7minutes de Kahna Meddeb », qui n’est autre que la fille de Marwen, tente une expérience immersive dans le monde du cinéma, aidée de très jeunes collaboratrices. A travers cette invocation religieuse, elle fait montre de sa capacité pour un métier dont elle hérite la passion de sa famille.



