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« Carthage Off » : Le devoir de préserver un nom

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  • 30 août 2026
  • 7 min de lecture
« Carthage Off » : Le devoir de préserver un nom

Après le clap de fin du festival international de Carthage, le 19 août dernier, la place est désormais cédée aux organisateurs privés. Sitôt le festival officiel clôturé, 12 spectacles ont été annoncés cette année, du 26 août au 15 septembre, avec à l’affiche des noms tunisiens et arabes.

La Presse — Afin de poursuivre la pluriculturalité et les festivités, il y a eu d’abord Ziara de Sami Lajmi, qui a été présenté dans le cadre du Festival international de Carthage il y a 3 ans. Puis, c’est la CA Symphony du maestro Achref Bettibi. C’est un concert entre chants de virages et musique orchestrale, au grand bonheur des amateurs de foot, particulièrement les fans du Club Africain.

Après le succès de leur prestation au théâtre historique d’Oudhna, l’année dernière,  ils passent à un théâtre plus large, avec cette fois le célèbre artiste Mohamed Jebali.  Il y a aussi 24 Parfums de Mohamed Ali Kammoun qui sera rejoint pour ce concert par deux stars de la musique populaire tunisienne : Tlili Gafsi et Fawzi Ben Gamra.

Lotfi Bouchnak et Rana Zarouk partageront l’affiche pour une seule date. Ils seront suivis par Mai Farouk, la star égyptienne, célèbre pour ses reprises de Oum Kalthoum et qui a été au programme officiel du festival de Carthage l’année dernière. Haifa Wehbi sera de retour après 20 ans d’absence. Elle s’est déjà produite sur cette scène.

Rappelons qu’un concert a été annoncé en début de l’été à la Cité des sciences de Tunis, avant  d’être annulé et d’en modifier la date et le lieu. Adam jouera à guichets fermés, après avoir été au Festival de Carthage l’année dernière, puis à Hammamet et à Bizerte cette année, toujours devant un théâtre comble.

« Carthage Yghani » du maestro Kamel Abbassi prendra la relève pour faire chanter le public. Yara sera de nouveau applaudie après le succès de son passage à Hammamet. La star Bahaa Sultan revient après 23 ans d’absence, avec ses chansons populaires très appréciées. Nancy Ajram sera encore présente cette année, après son énorme succès l’année dernière dans le cadre du festival international de Carthage.

Et, au final, on retrouvera le groupe Cairokee le jour même de la rentrée scolaire, soit le 15 septembre. Tous ces artistes ne sont donc pas étrangers à cette scène, ou du moins aux grandes scènes tunisiennes.

Quant aux prix des spectacles, ils varient de 40 à 190d pour certaines places chaises. Des sommes relativement élevées, dira-t-on. Mais il faut rappeler que le but de ces spectacles est essentiellement commercial, et qu’ils obéissent à la loi de l’offre et de la demande. Il y a une logique économique en rapport avec les cachets conséquents des artistes étrangers, les coûts de logistique, de sécurité, des moyens techniques..

Jusque-là, 11 spectacles sont confirmés, et le sort du 12e est encore ambigu..  En effet, on a annoncé que la star égyptienne se produira le 9 septembre, après avoir été en 2024 sur le programme officiel du Festival de Carthage. La vente des billets a été ouverte, puis le lien a été fermé quelques jours après. Les organisateurs ont fait savoir à travers les réseaux sociaux que le concert sera reporté pour le mois de ramadan et qu’il se tiendra au Théâtre de l’Opéra de Tunis.

Or, le Théâtre de l’Opéra a nié sur sa page officielle tout accord dans ce sens. Des sources proches de la star égyptienne ont aussi confirmé que la star et son équipe ne sont pas au courant de toute modification et qu’ils ont découvert la nouvelle sur les réseaux sociaux, en même temps que le public. Devant ce  désordre, et face au public qui réclame une réponse claire et, éventuellement, le remboursement des montants payés, il semble que les organisateurs eux-mêmes ont du mal à trancher. 

Une confusion à signaler

Pour « Carthage off », ce n’est pas le programme qui est à critiquer, du moins cette année, mais le statut. On sait que ce qui attire le public, et même les artistes qui s’y produisent, c’est surtout le prestige du lieu. En effet, sous le nom « Carthage Off », ce qui est le plus immédiatement visible est naturellement « Carthage ». La proximité de l’appellation, du programme et des dates amène donc inéluctablement à une confusion avec le Festival international de Carthage. Certains croient même que c’est une extension de ce grand évènement culturel.

Quelques médias et stars font exprès de nourrir davantage ce flou, qui n’est en réalité ni juridique ni administratif.  Quand une star raconte dans une interview son expérience sur cette scène millénaire, on lui demande rarement si elle y a été dans le cadre du festival ou en dehors. Et c’est ainsi que le « Off » revêt une image de « presque officiel ».

Il est toujours utile de rappeler que cette succession de concerts ne porte pas forcément la même vision artistique ni la même identité culturelle du festival. D’ailleurs, il n’y a même pas un vis-à-vis unique, mais plusieurs agences et amicales. Le ministère des Affaires culturelles figure sur deux affiches uniquement, celles de Mai Farouk et Yara. Chaque soirée est donc une entité à part entière, avec ses particularités et ses défis qui dépassent largement le volet artistique strict.

Il faut que les organisateurs comprennent ce que cette même référence à Carthage devrait impliquer. Ce n’est pas une simple adresse, une salle de spectacles neutre comme les autres. Il y a un nom à préserver. Ce lieu porte une histoire, une mémoire à respecter. Le prestige a ses exigences. Si le choix des têtes d’affiches obéit, cette année, à une logique parfaitement assumable, il faut aussi une communication qui ne laisse aucune ambigüité.

De plus, si les organisateurs ont l’habitude de présenter cette succession de spectacles comme une suite du festival qui  possède une histoire institutionnelle et artistique, mieux vaut ne pas se contenter d’accueillir des artistes rien que pour remplir l’espace et créer des moments de divertissement. Il est évident que les structures privées répondent à une demande réelle du public en misant sur de grandes vedettes. Elles ont aussi une contribution significative pour que le site historique ne reste pas figé en dehors du festival officiel et nous avons clairement besoin de cette dynamique.

En parallèle, la question essentielle n’est pas toujours de juger si les stars qu’ils programment ont « le niveau » pour Carthage.  Il faudrait aussi réfléchir sur comment gérer au mieux cette manifestation pour qu’elle puisse concilier les retombées financières recherchées avec la valorisation culturelle et la protection du patrimoine. Les producteurs ont le droit de générer des revenus, le public a le droit de voir et d’applaudir les artistes qui lui sont chers, et le paysage culturel pourrait bien en tirer une valeur ajoutée.

Une vision commune est alors souhaitable, entre organisateurs et décideurs, ainsi qu’une ligne directrice bien réfléchie construite autour de la scène mythique de Carthage pour continuer à produire des succès, et surtout de la mémoire.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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