Le système énergétique tunisien fait face à des difficultés structurelles, marquées notamment par le recul de l’indépendance énergétique, l’aggravation du déficit énergétique et la forte dépendance au gaz naturel pour la production d’électricité, a relevé jeudi 3 septembre 2026 l’expert et conseiller international en énergie Ezzeddine Khalfallah.
Intervenant sur les ondes d’Express FM, il a indiqué que la production nationale d’hydrocarbures ne couvre désormais que 23% des besoins, tandis que la demande d’électricité, particulièrement durant les périodes de pointe estivales, augmente plus rapidement que les capacités de production disponibles.
Cette situation est notamment liée à la hausse de l’utilisation des climatiseurs durant les épisodes de forte chaleur. Elle a conduit la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) à recourir au délestage afin de préserver l’équilibre du réseau et d’éviter son effondrement.
Des coupures qui ne s’expliquent pas uniquement par la chaleur
Pour Ezzeddine Khalfallah, les coupures d’électricité ne peuvent toutefois pas être attribuées uniquement aux températures élevées. La persistance de ces perturbations malgré le recul des températures traduit, selon lui, l’accumulation de plusieurs facteurs structurels au cours des dernières années.
Il cite notamment les retards enregistrés dans la réalisation de nouvelles centrales de production ainsi que les insuffisances en matière d’investissement dans les réseaux électriques.
Face à cette situation, l’expert préconise l’adoption d’une stratégie nationale claire pour le secteur énergétique, reposant sur des mesures à court, moyen et long termes. Cette stratégie devrait notamment définir les responsabilités, les échéances de réalisation ainsi que des indicateurs permettant d’assurer un suivi régulier des projets.
Il appelle également à améliorer les performances des centrales existantes et à accélérer la réalisation et la mise en exploitation des nouvelles capacités de production.
À court terme, des solutions provisoires pourraient également être envisagées, notamment la location d’équipements de production d’électricité ou l’augmentation des achats d’électricité auprès de l’Algérie, lorsque les capacités disponibles le permettent.
Les énergies renouvelables représentent 9% du mix électrique
S’agissant de la transition énergétique, Khalfallah a indiqué que la part des énergies renouvelables dans le mix électrique tunisien atteint actuellement 9%.
Selon lui, l’enjeu ne réside désormais plus uniquement dans la programmation de nouveaux projets, mais surtout dans l’accélération de leur réalisation et leur entrée effective en exploitation.
Il insiste, dans ce contexte, sur la nécessité de développer le réseau électrique parallèlement au déploiement des énergies renouvelables. Sa modernisation, sa numérisation et le renforcement de sa capacité d’absorption sont indispensables pour intégrer les nouvelles capacités de production.
“Augmenter la production d’électricité à partir des énergies renouvelables ne sera pas suffisant si le réseau n’est pas capable de transporter et d’absorber cette énergie”, souligne en substance l’expert.
Le développement de la transition énergétique passe également, selon Khalfallah, par une simplification et une numérisation des procédures administratives, ainsi que par une modernisation du cadre réglementaire.
Il préconise parallèlement de renforcer la mobilisation des financements privés et d’encourager davantage les investisseurs tunisiens et étrangers à participer aux projets liés à la transition énergétique.
Le stockage, un levier pour sécuriser l’approvisionnement
L’expert considère également que le stockage de l’électricité pourrait jouer un rôle important dans l’évolution du système électrique tunisien.
Il rappelle notamment que les clients résidentiels peuvent désormais installer des batteries de stockage associées à leurs installations photovoltaïques. Ces équipements permettent de conserver l’électricité produite durant les périodes d’ensoleillement afin de l’utiliser ultérieurement, notamment pendant la nuit ou en cas de coupure du réseau.
Le stockage pourrait également être développé à une échelle industrielle et intégré aux grands projets d’énergies renouvelables.
Finalement et non moins important, Ezzeddine Khalfallah a mis en avant les opportunités liées au projet d’interconnexion électrique entre la Tunisie et l’Italie.
Cette infrastructure pourrait renforcer les capacités de la Tunisie en matière d’échanges d’électricité et favoriser son intégration au réseau électrique européen. Elle pourrait également contribuer à soutenir le développement des énergies renouvelables et, plus largement, la transition énergétique du pays.
R.I



