Editorial

Disparitions !

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  • 4 septembre 2026
  • 3 min de lecture
Disparitions !

À Tarente, le décorum méditerranéen s’est mué en théâtre d’une dérobade amère. Quatre athlètes tunisiens, envoyés pour défendre l’honneur  du drapeau, ont choisi la nuit et l’exil plutôt que l’arène. Quatre silhouettes évaporées dans l’inconnu, laissant derrière elles un survêtement national devenu trop lourd à porter. Face à ce camouflet, le ministère de la Jeunesse et des Sports s’enferre dans son réflexe pavlovien : démentir l’évidence, minimiser la saignée, puis brandir l’anathème contre la trahison. Mais à force de nier le feu qui couve, les dénégations officielles finissent par brûler les derniers lambeaux de notre crédibilité.

Pour ces athlètes, il s’agit d’un saut dans la précarité clandestine qui hypothèque lourdement l’avenir des jeunes espoirs restés au pays, bientôt condamnés à voir les portes consulaires se fermer sous le soupçon généralisé. Mais une fois le blâme posé, aurons-nous le courage de nous regarder dans le miroir ? Tous ces athlètes ont-ils tort, ou ne sont-ils que le symptôme aigu d’une gestion du sport à l’agonie ?

On exige d’eux le sacrifice absolu, des muscles forgés dans le dénuement, une dévotion sans faille pour un hymne national chanté le ventre creux. Pourtant, derrière les médailles éphémères et les embrassades de façade sur le tarmac de Carthage, la réalité de nos champions individuels est un calvaire silencieux: bourses faméliques versées au compte-gouttes, équipements obsolètes, salles délabrées et avenir plombé par l’incertitude. Le ministère finance les balbutiements d’un talent pour mieux l’abandonner au sommet de son art, transformant la Tunisie en une étrange pépinière qui élève ses champions pour les offrir à l’exil.

Le véritable patriotisme ne consiste pas à sommer un jeune de mourir à petit feu pour un écusson, mais à lui bâtir un horizon où l’effort trouve sa juste récompense. La tragédie n’est plus seulement de savoir pourquoi ces quatre sportifs ont fui dans les ruelles italiennes, mais comment l’amour du maillot a pu devenir un risque pour leur propre survie. Et pendant ce temps, on continue à gérer le sport par l’indifférence et le déni bureaucratique.

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Auteur

Salem Trabelsi

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