Commentaire – Morale et eau fraîche : Les Tunisiens de l’extrême à l’extrême !
Si vous voyez un Tunisien courir derrière une bouteille d’eau minérale ou se ranger dans une longue file d’attente sous un soleil de plomb, ne soyez pas étonné, surtout dans les zones où l’eau du robinet est coupée à répétition ou encore dans certaines régions où elle n’est pas potable en raison d’une forte teneur en calcaire ou en chlore, quoique la Sonede affirme, mordicus, que l’eau qu’elle distribue à ses abonnés est saine et ne nécessite aucun traitement avant consommation…
On en aura vu de toutes les couleurs, au fait, lors de cette crise d’eau embouteillée, qui perdure quand même depuis plus d’un mois : de l’extrême cupidité et l’opportunisme des commerçants ou revendeurs qui veulent se remplir les poches, profitant d’un cycle caniculaire extrême pour lequel les autorités en charge des stocks régulateurs ne se sont pas bien préparés à l’extrême générosité qui n’est pas étrange aux Tunisien, s’illustrant, par exemple, par la mise sur la voie publique d’une fontaine fraîche abritée sous un parasol et sur laquelle on peut bien lire «Gracieusement ! Pour l’âme et la miséricorde des parents».
Pour l’un ou l’autre des deux extrêmes, le geste renferme une reconnaissance explicite de la valeur de l’eau, source de vie et de survie, certes, mais pour les uns source également de gain frais et rapide nourri par un mercantilisme rampant et pour les autres une opportunité de bienfaisance et de paix morale que beaucoup n’ont plus hélas !
Entre les deux extrêmes, certaines personnes se précipitent sur chaque arrivage d’eau minérale pour se constituer, en pleine crise, un stock couvrant leur consommation et celle de leur famille jusqu’à la fin de la crise. D’autres se sont même attaqués, dans une scène peu habituelle en Tunisie, à un camion chargé d’eau minérale, alors qu’il était en chemin pour livrer sa cargaison…
C’est en réalité une scène d’une extrême rareté, mais largement relayée, donnant l’impression, pour quelqu’un qui ne connaît pas la Tunisie, que le peuple est en train de mourir de soif, alors qu’en réalité, les rayons des grandes surfaces regorgent d’alternatives permettant de s’hydrater : jus, lait, boissons, etc.
Quand même on ne meurt pas de soif en Tunisie !
Sans le moindre doute, rien ne remplace l’eau pour une hydratation exemplaire et continue en période estivale, mais est-ce une raison pour donner libre cours à un certain égoïsme et à une sorte de frénésie exagérée pour stocker l’eau en quantité chez soi, alors que des personnes malades et des bébés ont besoin d’une eau raffinée et de qualité, juste pour prendre un médicament ou suivre un traitement ?
Déduisez-en, in fine, qu’une philosophie propagée de sauvetage en solo ne peut qu’aggraver une situation déjà fragile et pousser de plus en plus de citoyens vers les extrêmes.
A l’opposé, une dynamique de groupe encadrée et convergeant vers une solution collective, au lieu d’aller dans tous les sens, serait à même d’atténuer les extrêmes en faveur d’un juste milieu et du salut !



