A la une Société

Retour des élèves du privé vers le public:  Traitement discriminatoire et détresse des parents

Avatar photo
  • 8 septembre 2026
  • 4 min de lecture
Retour des élèves du privé vers le public:  Traitement discriminatoire et détresse des parents

Dysfonctionnements numériques, opacité administrative et affectations absurdes. Une si triste trilogie qui vient perturber la fête du retour des élèves du privé vers le public. Une fête qui vire au cauchemar pour des milliers de familles tunisiennes. De la banlieue nord au sud de Tunis, retour sur un système à deux vitesses qui piétine l’égalité des chances dès la rentrée.

La Presse — À chaque veille de rentrée, le scénario se répète avec une régularité exaspérante. Des parents d’élèves, documents en main  et écran de téléphone allumé, arpentent les couloirs des délégations régionales de l’éducation à la recherche d’un interlocuteur.

Leur tort ? Avoir scolarisé leur enfant dans le privé et vouloir intégrer le public en 7e année ou en 1ére année secondaire. Sur la plateforme officielle du ministère, le nom de l’élève demeure parfois introuvable.

Sous couvert de modernisation, l’identifiant unique censé simplifier les choses finit par faire l’inverse, puisque le système informatique rejette ou ignore des milliers de parcours scolaires. Entre les lenteurs de synchronisation, les litiges administratifs et les retards de saisie, les failles du dispositif transforment des élèves en véritables «fantômes» institutionnels et les tiennent en otage. Résultat, au lieu de garantir le droit fondamental à l’instruction publique, la bureaucratie numérique érige une première barrière artificielle, faisant porter aux familles la faute de ses propres retards, sinon comment expliquer l’absence totale de l’identité d’un élève sur la plateforme en question?

Élèves en exil, parents désemparés

Pour les familles qui franchissent le filtre de la plateforme, la douche froide survient au moment de découper la carte d’affectation. Le cas d’Aymen (prénom d’emprunt), un élève résidant à la Cité El Ghazala (Ariana), illustre jusqu’à l’absurde ces dérives. Après avoir accompli son cycle primaire dans une école privée locale, ses parents sollicitent une inscription au collège public de leur secteur. Mais, c’est le couperet pour les parents qui n’en reviennent pas.  Et pour cause, le système l’affecte dans un établissement situé à El Mourouj, à l’autre bout du Grand Tunis.

Pour cet adolescent, la rentrée ne signifie pas seulement changer de camarades, mais affronter au quotidien près de deux heures de transports traversant toute la capitale, l’enfer des embouteillages aux heures de pointe et une fatigue physique préjudiciable à son apprentissage. Cet exemple n’est pas, semble-t-il, un cas isolé. L’argument de la saturation des classes de secteur sert trop souvent de prétexte pour parachuter les élèves du privé dans des zones complètement illogiques d’un point de vue logistique et humain.

Deux poids, deux mesures : le principe d’équité en péril

Cette gestion à deux vitesses soulève une question de fond sur la mission de l’école républicaine. L’enseignement public, financé par l’ensemble des contribuables, doit garantir un accès équitable à chaque citoyen, sans distinction ni pénalisation liée à son parcours antérieur. Or, l’opacité des commissions régionales de transfert laisse libre cours aux interrogations : pourquoi les places dites « indisponibles » pour les sortants du privé se libèrent-elles parfois miraculeusement pour d’autres dossiers ?

En laissant peser sur les familles des coûts de transport disproportionnés et un stress permanent jusqu’à des semaines après le début des cours, l’institution démissionne de son rôle d’intégrateur social.

Ce traitement discriminatoire s’apparente à une punition déguisée envers les parents qui ont fait le choix du privé à un moment donné, créant de fait une scolarisation à plusieurs vitesses.

L’éducation nationale ne peut s’accommoder de l’arbitraire ni de la géographie punitive. Tant que la transparence des critères de répartition et la cohérence territoriale ne seront pas rétablies, le retour vers l’école publique demeurera une loterie injuste où les enfants payent au prix fort les incohérences de l’administration.

Avatar photo
Auteur

Samir DRIDI

You cannot copy content of this page