Alphabétisation : Une quête perpétuelle du savoir
A l’instar des autres pays du monde, la Tunisie a célébré, hier 8 septembre, la Journée internationale de l’alphabétisation, sur fond d’un bilan peu reluisant : environ deux millions de nos concitoyens sont analphabètes, soit 17,3 % de la population tunisienne, avec de fortes disparités régionales, en termes d’âge et de sexe, selon les chiffres de l’INS. Un taux jugé encore élevé, au regard de ce qui a été investi et réalisé en la matière.
La Presse — En effet, faut-il, alors, réviser nos comptes, afin de réduire, autant que possible, les écarts de l’ignorance ? A l’aune de ce nouveau boom technologique et numérique, tous les acteurs clés concernés n’ont pas cessé de plaider pour un nouveau mode d’enseignement des adultes, consacrant ainsi le principe d’équité.
En fait, « Repenser l’alphabétisation au 21e siècle, au service des personnes, de la planète et de la prospérité», était l’intitulé d’un débat de réflexion instauré, avant-hier lundi, à l’initiative de l’Unesco, de l’ONU Habitat et du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa), en collaboration avec l’Institut arabe des droits de l’homme (Iadh), partenaire et compagnon du parcours.
L’analphabétisme est multidimensionnel
Au début, ce fut comme un rêve d’enfant, lorsqu’on s’attaquait, volontiers, à la grande lutte contre l’analphabétisme pour être érigée, en 2000, en programme national d’enseignement des adultes. Il y a, maintenant, plus d’un quart de siècle que l’on tente d’avoir gain de cause, en s’alignant sur les objectifs onusiens fixés, à savoir «assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie».
Toutefois, la multiplication des campagnes et des actions, aux fins de briser le carcan de l’illettrisme et s’affranchir du complexe cognitif et de la lecture avait abouti à des résultats pas encore suffisants.
Dans ce même ordre d’idées, Rym Fayala, directrice de l’Unfpa, a déclaré que l’apprentissage ne se limite pas à la capacité de savoir lire et écrire, mais il doit, aussi, tenir compte des spécificités de chaque tranche d’âge et accompagner l’apprenant tout au long de sa vie. Sans pour autant négliger les défis qui auraient jalonné un tel parcours initiatique persévérant.
Selon elle, l’analphabétisme ne peut uniquement être d’ordre éducatif : «Sa dimension environnementale, qui se traduit par une certaine méconnaissance écologique et climatique, entre dans cette même logique d’apprendre pour comprendre son milieu et savoir protéger ses ressources naturelles». Et c’est ainsi que l’on puisse gagner les enjeux d’avenir.
Pour y arriver, l’on devait aussi miser sur cette nouvelle approche andragogique multidimensionnelle comme gage d’émancipation et du compter-sur-soi. Relever ce défi était, au fil du temps, un réel engagement à tout prix, ayant mobilisé les moyens nécessaires à son succès. L’objectif étant, au départ, de réduire le taux d’analphabétisme à son plus bas niveau et de combler, comme l’a souligné la responsable, le fossé entre hommes et femmes, à travers une politique d’apprentissage consacrant l’égalité et visant à lutter contre le décrochage scolaire précoce des filles.
Investir encore dans le capital humain
Il importe, ici, de capitaliser sur l’initiale expérience déjà acquise. D’où, l’intérêt qu’il y a à hisser le capital humain à des paliers supérieurs, en l’aidant à s’intégrer dans la vie socioéconomique. A titre indicatif, la directrice du bureau de l’ONU Habitat en Tunisie, Aida Robbana a exposé une expérience similaire réalisée, depuis deux ans, à Kerkennah (Sfax), auprès de la population locale dont des marins pêcheurs.
L’acquisition de ses connaissances et le développement des aptitudes professionnelles nécessaires à l’intégration et l’autonomie a toujours été le cheval de bataille du programme d’enseignement des adultes. L’éduction générale fut, alors, un véritable ascenseur social, où l’investissement dans le capital humain était, à vrai dire, un projet de société.
Le président de l’Iadh, Abdelbasset Ben Hassan le confirme, ajoutant que ce programme d’alphabétisation avait, à un certain temps, enregistré des résultats significatifs.
Cela a du mal à continuer, avant de buter sur la profonde crise de l’éducation, aggravée par l’analphabétisme scientifique et numérique. Par ailleurs, «la sensibilisation aux enjeux environnementaux constitue un acquis qui protège le citoyen et lui permet d’accéder à ses droits», relève la coordinatrice résidente des Nations unies en Tunisie.
Somme toute, l’éducation pour adultes n’est, certes pas, un fait limité dans le temps. C’est un nouvel ordre éducatif dicté par un nouvel apprentissage numérique. Il faut dire, ici, que l’éducation des adultes devrait changer de paradigmes et d’approches.



