La Suède a fortement relevé en 2026 le montant de son aide au rapatriement volontaire, qui peut désormais atteindre 350.000 couronnes suédoises par adulte, soit environ 37.000 dollars et près de 100.000 dinars tunisiens. Le dispositif, destiné à certaines personnes disposant d’un permis de séjour obtenu notamment pour des motifs de protection, s’inscrit dans le durcissement de la politique migratoire du gouvernement suédois. Selon Reuters, 171 personnes ont accepté l’offre depuis le début de l’année.
La mesure, entrée en vigueur le 1er janvier 2026, prévoit une aide de 350.000 couronnes pour chaque adulte de plus de 18 ans et de 25.000 couronnes par enfant. Le montant peut atteindre 500.000 couronnes pour un couple et 600.000 couronnes pour un ménage.
Mais contrairement à ce que pourrait laisser penser une lecture rapide de l’annonce, il ne s’agit pas d’une prime proposée à tous les étrangers vivant en Suède. L’Agence suédoise des migrations précise que les bénéficiaires doivent notamment être titulaires d’un permis de séjour valide obtenu au plus tard le 12 septembre 2024, et que ce permis doit avoir été accordé pour certains motifs, notamment en qualité de réfugié, de personne bénéficiant d’une protection subsidiaire, de réfugié relevant des quotas, ou dans certaines autres catégories liées à l’asile.
Une mesure qui peut concerner certains ressortissants du Maghreb
La question se pose notamment pour les ressortissants tunisiens, algériens ou marocains résidant en Suède. Ces trois pays étant situés hors de l’Union européenne, leurs ressortissants peuvent entrer dans le champ du dispositif s’ils remplissent les conditions liées à leur statut de séjour.
Il serait toutefois inexact d’affirmer que la Suède offre automatiquement cette somme à tous les Tunisiens, Algériens ou Marocains résidant sur son territoire. Un ressortissant de l’un de ces pays titulaire, par exemple, d’un permis de séjour obtenu pour travailler ou pour des liens familiaux avec un citoyen suédois n’est pas éligible à cette prime, selon l’Agence suédoise des migrations.
Autre condition importante : le bénéficiaire doit prévoir de quitter définitivement la Suède pour s’installer dans son pays d’origine ou dans un autre pays où il dispose du droit de résider. La prime n’est notamment pas accordée lorsque la personne souhaite s’installer dans un autre pays de l’Union européenne, de l’Espace économique européen ou en Suisse.
Ainsi, un Tunisien bénéficiant d’un permis de séjour suédois obtenu dans le cadre de l’asile et répondant aux autres critères pourrait être concerné s’il décide de retourner définitivement en Tunisie. La même logique s’applique aux ressortissants algériens et marocains remplissant les conditions requises. Il ne s’agit donc pas d’une mesure ciblant spécifiquement les nationalités maghrébines, mais d’un dispositif général qui peut concerner certains ressortissants de pays tiers.
La somme annoncée n’est par ailleurs pas versée en une seule fois. Selon les autorités suédoises, 20% du montant sont versés après l’approbation de la demande, alors que la personne se trouve encore en Suède. 40% sont versés après son arrivée dans le pays de destination, tandis que les 40% restants sont payables au plus tôt 15 mois après le départ, sous certaines conditions, notamment lorsque le permis de séjour suédois n’est plus valide ou a été révoqué.
Le bénéficiaire doit également pouvoir démontrer qu’il sera autorisé à résider dans le pays de destination, par exemple en présentant un passeport de son pays d’origine ou un document établissant son droit d’y séjourner.
Un dispositif qui séduit encore peu
Malgré l’augmentation substantielle du montant de l’aide, le dispositif rencontre jusqu’à présent un faible succès. Selon Reuters, 171 personnes seulement ont accepté l’offre depuis le début de 2026. L’agence relève que cette politique s’inscrit dans un durcissement plus large de la politique migratoire suédoise, soutenu notamment par les Démocrates de Suède, formation de droite radicale qui apporte son soutien parlementaire au gouvernement.
Le gouvernement suédois a prévu 1,3 milliard de couronnes pour le programme. Le Premier ministre Ulf Kristersson a placé la question du retour des migrants parmi les priorités de son gouvernement.
Les Démocrates de Suède souhaitent aller plus loin et proposent notamment d’étendre le dispositif aux personnes ayant acquis la nationalité suédoise, à condition qu’elles y renoncent. Cette proposition suscite des critiques de la part de l’opposition et d’organisations de défense des droits civiques, qui accusent le gouvernement d’adopter une politique divisive.
Cette politique marque un changement important pour un pays longtemps considéré comme l’un des plus ouverts d’Europe à l’égard des réfugiés. Reuters rappelle que la Suède avait accueilli 163.000 demandeurs d’asile en 2015, soit l’un des taux les plus élevés d’Europe rapporté à la population. Ce chiffre a ensuite fortement diminué, de 96% en 2025 par rapport à 2015.
Le gouvernement a également durci d’autres règles relatives à l’immigration. Reuters rapporte notamment l’introduction de tests obligatoires de citoyenneté, tandis que les autorités ont renforcé les conditions relatives aux titres de séjour.
R.I



