Le déficit commercial tunisien s’est creusé à près de 15 milliards de dinars en juillet 2026, sous l’effet notamment d’une progression des importations plus rapide que celle des exportations. Pour l’économiste international Walid Kassraoui, cette évolution doit toutefois être analysée à la lumière des profondes mutations que traverse actuellement l’économie mondiale.
Intervenant sur Express Fm, Kassraoui a relevé que les exportations tunisiennes avaient augmenté de 9,9 % en juillet 2026, pour atteindre 40,6 milliards de dinars, tandis que les importations ont progressé de 13,7 %, pour avoisiner 55,6 milliards de dinars.
Cette différence de rythme a contribué à porter le déficit commercial à près de 15 milliards de dinars, contre 11,9 milliards de dinars au cours de la même période de l’année précédente.
Des importations qui progressent plus vite que les exportations
Pour Walid Kassraoui, l’enjeu ne réside pas uniquement dans le niveau des importations ou dans l’ampleur du déficit commercial. Il réside surtout dans le décalage entre les rythmes de progression des importations et des exportations.
La croissance plus rapide des importations traduit, selon lui, des difficultés structurelles auxquelles demeure confronté le commerce extérieur tunisien.
L’économiste estime ainsi que les données relatives aux échanges commerciaux doivent être replacées dans un contexte international plus large. L’économie tunisienne reste en effet fortement liée à son environnement extérieur, notamment aux économies européennes, qui représentent une part importante de ses échanges commerciaux.
Une économie mondiale en pleine recomposition
Les difficultés de la Tunisie ne peuvent, selon Kassraoui, être dissociées des tensions qui affectent actuellement l’économie mondiale. Plusieurs grandes économies, notamment européennes et américaine, font elles aussi face à des pressions croissantes.
L’économiste considère que le système économique mondial fondé sur la mondialisation, l’ouverture des marchés et le rôle des organisations et institutions internationales connaît aujourd’hui de profondes transformations.
Un nouvel ordre économique mondial tendrait progressivement à se dessiner, avec une importance accrue des blocs économiques et des rapports de force géopolitiques.
Cette recomposition rend les perspectives économiques mondiales plus difficiles à anticiper, dans un contexte où les crises économiques, financières et géopolitiques sont de plus en plus étroitement liées.
Les États-Unis sous pression, sans risque d’effondrement
Walid Kassraoui a également évoqué la situation économique des États-Unis, qu’il considère comme étant confrontés à une période difficile, tout en écartant l’hypothèse d’un effondrement de l’économie américaine.
Il a notamment cité la progression de la dette, du déficit et de l’inflation, ainsi que les tensions observées sur le marché des obligations américaines.
La persistance d’une inflation élevée peut, selon lui, réduire l’attractivité des obligations, leurs rendements étant davantage exposés à l’érosion du pouvoir d’achat liée à la hausse des prix.
La diversification comme réponse aux chocs extérieurs
Face à ces transformations, la Tunisie doit renforcer sa capacité à absorber les chocs extérieurs, estime Walid Kassraoui. Cela passe notamment par une plus grande diversification de l’économie et par la consolidation de sources de croissance durables.
L’économiste ne préconise pas pour autant un repli de la Tunisie sur elle-même. Au contraire, il considère que l’ouverture sur l’économie mondiale demeure indispensable pour améliorer la compétitivité, accéder aux nouvelles technologies et élargir les débouchés à l’étranger.
Mais cette ouverture doit, selon lui, s’appuyer sur une économie suffisamment diversifiée pour mieux résister aux crises et aux changements de l’environnement international.
C’est donc moins l’ouverture de l’économie tunisienne que sa capacité à diversifier ses moteurs de croissance qui constitue, selon Kassraoui, l’un des principaux enjeux des prochaines années.
R.I



