IA : où se situe la Tunisie dans les classements internationaux ?
Près de 60 pays des régions arabe et africaine ne disposent d’aucun laboratoire spécialisé dans l’évaluation des composants de l’intelligence artificielle, qu’il s’agisse de matériels ou de logiciels, notamment sous l’angle de la sécurité et de la sûreté. Cette situation met en évidence une forte dépendance technologique et soulève des enjeux de souveraineté, alors que la course mondiale à l’intelligence artificielle s’accélère.
C’est ce qu’a indiqué Mohamed Hamdi, expert auprès de l’Organisation arabe des technologies de l’information et de la communication, dans une déclaration accordée ce vendredi 11 septembre 2026 à Diwan FM.
Une dépendance qui pose la question de la souveraineté
Selon Mohamed Hamdi, l’absence de capacités locales permettant de tester et d’évaluer les composants utilisés dans les systèmes d’intelligence artificielle constitue un défi majeur pour les pays concernés.
Cette situation est d’autant plus problématique que ces États dépendent largement de l’importation de serveurs et de puces électroniques. Les équipements passent par des chaînes d’approvisionnement complexes faisant intervenir plusieurs acteurs étrangers avant leur arrivée dans les pays utilisateurs.
Pour l’expert, cette dépendance ne se limite pas à une question industrielle ou technologique. Elle soulève également des enjeux liés à la souveraineté nationale et aux biais algorithmiques, dans un contexte où la maîtrise des infrastructures et des technologies devient un élément déterminant de la capacité d’un pays à développer une intelligence artificielle adaptée à ses besoins.
À titre d’exemple, il a cité l’Arabie saoudite, qui a lancé un projet destiné à développer et localiser l’industrie des puces électroniques, pour un investissement annoncé de 100 milliards de dollars.
Un nouvel indicateur pour mesurer les capacités arabes en IA
Face aux limites des classements internationaux lorsqu’il s’agit de prendre en compte les spécificités régionales, l’Organisation arabe des technologies de l’information et de la communication a lancé un nouvel indicateur baptisé “Al-Moustaqbal” (L’Avenir).
Cet indicateur vise à évaluer la situation de l’intelligence artificielle dans les pays de la région à partir de trois composantes principales : les infrastructures, les systèmes d’exploitation et les applications, ainsi que les ressources humaines.
L’objectif est de compléter les indicateurs internationaux existants en intégrant davantage les réalités et les défis propres aux pays arabes.
L’Arabie saoudite et les Émirats en tête dans la région
L’expert a par ailleurs relevé d’importantes disparités entre les pays arabes en matière de développement de l’intelligence artificielle.
L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis figurent parmi les 15 premiers pays au monde dans les indices Tortoise et Oxford, selon Mohamed Hamdi. Les deux pays ont également développé des grands modèles de langage, renforçant ainsi leur positionnement dans le domaine de l’IA.
Ils sont suivis par un deuxième groupe de pays comprenant notamment Oman, Bahreïn, le Koweït et le Qatar, qui figurent eux aussi parmi les pays les mieux positionnés de la région.
La Tunisie : des compétences reconnues, mais un cadre institutionnel contraignant
Pour la Tunisie, les résultats apparaissent plus contrastés. Mohamed Hamdi a indiqué que le pays occupe la 90e place sur 188 dans l’indice d’Oxford, tandis qu’il se classe 71e sur 83 pays dans l’indice Tortoise.
La Tunisie dispose toutefois d’un atout important : ses compétences humaines dans le domaine de l’intelligence artificielle. Elle figure, selon l’expert, parmi les dix premiers pays au monde dans les indicateurs liés aux compétences.
Le pays enregistre également des progrès relatifs en matière de connectivité et de capacité de mise en réseau, deux éléments indispensables au développement et au déploiement des technologies d’intelligence artificielle.
Mais ces atouts ne suffisent pas encore à produire un impact significatif sur l’économie et les services destinés aux citoyens.
Selon Mohamed Hamdi, le cadre juridique et le tissu institutionnel constituent actuellement des facteurs limitants, créant un environnement qui ne permet pas de transformer pleinement les compétences disponibles en applications et en retombées concrètes pour les citoyens et les entreprises.
Le principal enjeu pour la Tunisie réside ainsi moins dans l’existence de compétences que dans sa capacité à créer un environnement juridique, institutionnel et technologique permettant de valoriser ces compétences et de les convertir en solutions concrètes dans les secteurs économiques et les services publics.
R.I



