Grandes surfaces, épiceries fines, commerces spécialisés… La concurrence n’a jamais été aussi rude. Pourtant, au coin des rues, les petites épiceries continuent de tenir bon. Leur force : la proximité, les achats de dernière minute et une clientèle qui reste fidèle, même lorsque les habitudes changent. Une activité qui a « bon dos » malgré de nombreux aléas structurels et mécaniques liés à certaines pénuries ou des retards de livraison.
La Presse — Elles résistent. Malgré les grandes surfaces qui ont multiplié leurs offres, les épiceries fines qui séduisent une clientèle à la recherche de produits différents et les commerces spécialisés qui grignotent progressivement certains marchés, les petites épiceries de quartier continuent de faire partie du paysage commercial tunisien.
Leur secret tient en un mot : la proximité. À quelques mètres de la maison, ouvertes tôt, parfois tard, elles permettent d’acheter rapidement le produit qui manque, sans déplacement et sans passer par les longues allées d’un hypermarché. Une proximité qui conserve toute sa valeur dans le quotidien des ménages.
Le dépannage reste leur meilleur allié
Les produits de base demeurent le cœur de leur activité. Pâtes, riz, sucre, farine, œufs, épices, conserves, lait et dérivés, boissons et autres produits courants trouvent toujours preneur. Tant que l’approvisionnement suit, l’épicier conserve ainsi une clientèle régulière. Dans certains quartiers, la bonbonne de gaz reste également un produit essentiel. Dans les immeubles et les zones qui ne bénéficient pas du raccordement au gaz de ville, elle répond à un besoin très concret. Là encore, l’épicier joue son rôle de commerce de proximité.
Mais cette mécanique peut rapidement se gripper lorsqu’un produit vient à manquer. La récente pénurie d’eau minérale en fournit un exemple frappant. Depuis plusieurs semaines, de nombreuses épiceries n’en proposent pratiquement plus, faute d’approvisionnement. Les épiceries fines ne constituent pas non plus une véritable alternative sur ce créneau. Les grandes surfaces, en revanche, ont parfois enregistré une affluence spectaculaire, notamment lors des journées où les consommateurs ont voulu constituer des réserves. Le décor est planté.
Un consommateur, plusieurs commerces
Cette situation révèle surtout une nouvelle réalité : le Tunisien ne choisit plus nécessairement un seul commerce pour tous ses achats. Il profite pleinement de la diversité qui se présente à lui. Pour les produits de première nécessité ou un achat urgent, l’épicerie reste imbattable. Pour les achats plus importants, les grandes surfaces offrent davantage de choix.
Les épiceries fines misent, elles, sur une offre plus spécialisée. Quant aux commerces de produits d’hygiène et d’entretien, ils ont réussi à récupérer une partie d’une clientèle autrefois habituée à effectuer ces achats chez l’épicier. La concurrence est donc devenue plus segmentée. Chaque commerce cherche désormais son terrain de jeu.
L’épicerie face au défi de l’adaptation
Il serait pourtant prématuré d’annoncer le déclin des épiceries traditionnelles. Leur clientèle demeure souvent fidèle, notamment dans les quartiers où les relations entre commerçants et habitants reposent encore sur la proximité et la confiance. Mais cette fidélité ne suffit pas toujours. Les prix, la disponibilité des produits, les ruptures de stock et la multiplication des alternatives pèsent désormais sur les comportements d’achat.
L’avenir de l’épicerie ne se joue donc pas uniquement face aux grandes surfaces. Il se joue aussi dans leur capacité à rester utiles au quotidien. Car dans le commerce de proximité, tout peut se résumer à une réalité très simple : un produit disponible fait venir le client ; un produit absent peut le faire partir ailleurs. Et aujourd’hui, plus que jamais, le consommateur tunisien sait où chercher.



