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Intelligence artificielle : Une opportunité historique pour réduire le gap de développement

  • 12 septembre 2026
  • 6 min de lecture
Intelligence artificielle : Une opportunité historique pour réduire le gap de développement

L’intelligence artificielle redessine déjà les rapports de force économiques et technologiques mondiaux. Si les pays développés disposent d’une avance considérable en infrastructures, en investissements, en compétences et en innovation, les pays en développement cherchent encore les moyens de ne pas rester de simples consommateurs de ces nouvelles technologies. La coopération régionale et la diplomatie numérique pourraient ainsi transformer l’IA en levier de rattrapage et de réduction du gap de développement.

La Presse — Faire usage de l’intelligence artificielle (IA) pour comprendre, apprendre, anticiper et décider ne constitue plus, aujourd’hui, une option pour les Etats, les organisations, les entreprises et les individus. Tout le monde est unanime là-dessus, à l’orée d’une nouvelle révolution humaine façonnée par le numérique, dont les effets se font déjà sentir à l’échelle mondiale.

Il en découle une prise de conscience générale de la nécessité de s’approprier ce nouvel outil pour atteindre les objectifs de développement et favoriser le bien-être individuel et collectif à travers la planète. Mais cette appropriation reste profondément inégale. Les pays développés disposent d’un avantage certain, mieux équipés et davantage en mesure de tirer profit de l’IA, mais aussi de poursuivre leurs avancées en matière d’utilisation, d’investissement, d’innovation et de gouvernance.

Ne pas rester à la traîne !

D’où le risque de voir le gap qui s’est creusé depuis la révolution industrielle se renforcer davantage, alors que des voix s’élèvent pour que les pays en développement ne soient pas laissés à la traîne, mais associés au développement de nouveaux modèles de coopération, de solutions logicielles, d’échange de données, ainsi qu’à la définition des règles et à la gestion des flux mondiaux liés à l’IA.

Pour l’heure, les pays développés ont déjà une longueur d’avance, qu’il s’agisse de bases de données gigantesques, de centres de calcul, de solutions logicielles, de ressources humaines, de capacités d’innovation ou encore de stratégies et de politiques publiques. Côté pays en développement, malgré une prise de conscience croissante de l’opportunité, mais aussi des enjeux liés à cette nouvelle révolution technologique, des engagements ont été pris et des efforts déployés. Ils ne sont toutefois pas encore parvenus à réduire suffisamment le gap ni à combler un retard qui tend à se confirmer.

Les pays en développement sont encore au stade de consommation de solutions offertes par l’IA, quoique des expériences réussies soient repérées çà et là dans ces pays, notamment au niveau du développement de logiciels, mais le gap reste tangible par ailleurs. Des lacunes persistent en matière d’infrastructures d’IA et de capacités souveraines permettant aux pays de maîtriser davantage les technologies et les données.

À cela s’ajoutent des insuffisances en matière d’investissement, de formation des compétences et de mécanismes de financement. Une certaine dépendance à l’égard des technologies et solutions d’IA importées persiste, face à la faiblesse des écosystèmes locaux de production. Les disparités entre les pays et les expériences, conjuguées à l’absence ou à l’insuffisance de cadres de coopération régionale, empêchent encore d’atteindre un seuil critique de performance. Cela, malgré l’existence de compétences humaines formées, confrontées toutefois au risque récurrent d’être attirées par les grands acteurs mondiaux de l’IA.

Quel rôle de la diplomatie numérique ?

La situation étant telle, des experts réunis récemment à Yasmine Hammamet à l’occasion de l’« AI-Forward Summit 2026 » ont souligné qu’une approche régionale, aux niveaux africain et arabe, pourrait constituer un véritable vecteur de développement de l’IA et contribuer à réduire le gap entre le Nord et le Sud. En tout état de cause, la coopération apparaît comme une voie plus prometteuse que des initiatives menées isolément face aux nouveaux défis du numérique.

La coopération numérique devient ainsi une dimension de plus en plus indispensable de l’action diplomatique. La Tunisie y croit, forte d’une expérience ouverte sur l’Europe, l’Afrique et le monde arabe, doublée d’une disponibilité de ressources humaines ayant fait leurs preuves dans le digital et pouvant constituer un levier de développement régional dans ce domaine.

C’est dans cette perspective que Mohamed Ben Ayed, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, a exprimé l’ambition d’assurer la liaison entre les systèmes d’intelligence européens, méditerranéens, africains et arabes. D’où aussi l’appel lancé par la Tunisie à « conforter la coopération internationale pour renforcer les capacités, transférer la technologie, mobiliser les financements, encourager la recherche et l’innovation dans les pays en développement, de sorte à leur permettre d’être des partenaires dans la production du savoir, pas juste des consommateurs ».

Au niveau régional, une Commission permanente de suivi et de coordination a déjà été créée pour coordonner l’action et les positions des pays membres de la Ligue des Etats arabes dans le domaine de l’IA et des technologies émergentes.

Le but étant de réduire le gap entre pays arabes, car certains ont déjà réalisé des progrès alors que d’autres sont encore au début du chemin. Et, une fois mieux intégrés, les pays arabes disposeraient ainsi d’un atout supplémentaire pour construire un pôle régional, notamment grâce à un espace linguistique commun…

Au niveau global, une Charte mondiale sur l’IA a été adoptée et signée jusqu’à présent par 88 nations, sans pour autant prévoir de clauses contraignantes en matière de cybersécurité. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait déjà mis en garde, lors d’un sommet tenu en Inde, contre le risque de voir l’avenir de l’IA décidé par « quelques milliardaires ». Pour les pays en développement, l’enjeu est désormais de peser davantage dans la définition des règles, l’accès aux technologies et la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle.

Auteur

Lassâad BEN AHMED

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