Editorial

Palestine : quand informer devient un crime

  • 16 septembre 2026
  • 4 min de lecture
Palestine : quand informer devient un crime

Il y a des images que l’on voudrait ne plus avoir à regarder, des récits que l’on voudrait pouvoir considérer comme des exceptions, des dérapages, des accidents de guerre. Mais lorsque les mêmes faits se répètent, lorsque les témoignages s’accumulent et que les victimes appartiennent à une même catégorie, il devient difficile de parler d’«incidents» ; c’est à ce moment qu’on peut parler d’un système.

Les mauvais traitements infligés la semaine dernière par les forces sionistes aux membres d’une flottille humanitaire en route vers Gaza ont suscité de nombreuses réactions internationales. En France, le ministre des Affaires étrangères a annoncé avoir saisi la justice, les Nations unies et plusieurs organisations de défense des droits humains ont, de leur côté, documenté des détentions arbitraires, des violences et des actes de torture infligés à des détenus palestiniens dans les prisons sionistes. Parmi eux, des journalistes, dont la profession, loin de les protéger, semble parfois les exposer davantage. Le témoignage de Diaa al-Kahlout, directeur de l’antenne gazaouie d’Al-Araby al-Jadeed, glace par sa simplicité. Arrêté en décembre 2023 à Beit Lahia, il avait immédiatement décliné son identité professionnelle et présenté sa carte de presse palestinienne, un soldat l’a déchirée. Puis, après ses protestations, on lui a collé un ruban adhésif sur la bouche. Trente-trois jours de détention ont suivi, les yeux bandés, les mains menottées dans le dos, assis toute la journée, dormant quelques heures à peine sur du béton. Un enfer sans nom, le moins qu’on puisse dire.

Une enquête de Reporters sans frontières portant sur cinq journalistes palestiniens détenus à Gaza a confirmé et documenté les faits ; tous avaient signalé leur profession.

A quoi sert alors le statut protecteur accordé aux professionnels de l’information par le droit international, si une carte de presse devient, dans certaines circonstances, une pièce à conviction plutôt qu’un bouclier ?

Le cas d’Ali Samoudi est tout aussi inquiétant : journaliste chevronné de Jénine, il était aux côtés de Shireen Abu Akleh lorsqu’elle a été tuée en 2022. Grièvement blessé ce jour-là, il avait déjà été arrêté en avril 2025 et placé en détention administrative, sans jugement. Libéré après une année, il était sorti de prison, extrêmement amaigri. Des périodes de menottage ainsi que des privations de nourriture et de médicaments avaient été documentées.

Et voici qu’une nouvelle menace pèse sur lui. Lors d’une récente perquisition à son domicile, les soldats auraient endommagé les lieux, frappé son fils et sommé sa famille de le livrer dans l’heure.

Deux autres journalistes palestiniens ont encore été arrêtés à leur domicile à Beit Lahm le 10 septembre. Le Syndicat des journalistes palestiniens a recensé, pour le seul mois d’août, 84 violations visant des journalistes par les forces d’occupation et des colons.

Alors il faut appeler les choses par leur nom : empêcher un journaliste d’informer, le menacer, l’emprisonner, le torturer ou le réduire au silence, ce n’est pas seulement s’en prendre à un individu ; c’est s’attaquer au droit de savoir.

À Gaza, au moins 220 journalistes ont été tués depuis le 7 octobre 2023 selon RSF. Et ceux qui restent continuent de travailler sous les bombes, dans la peur, avec des moyens dérisoires, tandis que d’autres sont emprisonnés en Cisjordanie.

Quand les témoins disparaissent, les crimes deviennent plus faciles à nier. C’est précisément pourquoi le journalisme demeure indispensable.

Et c’est précisément pour cela qu’il faut le dire sans détour: aujourd’hui, en Palestine, le journalisme est assiégé.

Auteur

Hamma Hannachi

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