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Consommation : Ces 10 et 20 millimes jamais rendus dans les supermarchés

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  • 17 septembre 2026
  • 6 min de lecture
Consommation : Ces 10 et 20 millimes jamais rendus dans les supermarchés

Ils ne valent presque rien, pris séparément. Pourtant, les 10, 20, voire 50 millimes qui ne sont pas rendus faute de petite monnaie peuvent finir par représenter des sommes importantes lorsqu’ils sont multipliés par des centaines ou des milliers de clients. Une pratique devenue banale, notamment dans les grandes surfaces, où les prix continuent pourtant d’être affichés au millime près.

La Presse — Il existe en Tunisie une monnaie étrange : elle figure partout sur les étiquettes, mais devient presque introuvable lorsqu’il faut la rendre.

2,990 dinars, 4,990 dinars, 9,990 dinars… Les grandes surfaces et certains commerces affectionnent ces prix qui se terminent par 90 ou 99 millimes. Une technique commerciale bien connue, destinée à donner au consommateur l’impression de payer moins cher.

4,990 dinars, ce n’est pas 5 dinars. Psychologiquement, la différence compte.

Mais à la caisse, les fameux 10 millimes semblent soudainement perdre toute leur importance.

« Désolé, on n’a pas de petites pièces. »

Et le client, dans la plupart des cas, laisse tomber.

10 millimes pour l’un, des centaines de dinars pour l’autre

Dix millimes, ce n’est presque rien. Vingt millimes non plus. Et même 50 millimes peuvent sembler trop insignifiants pour que le consommateur perde son temps à les réclamer.

Mais multipliés par des centaines, voire des milliers de clients, ces petits écarts finissent par compter.

À titre d’illustration, 20 millimes sur 1.000 transactions représentent 20 dinars. Sur un mois, cela ferait 600 dinars. Avec 50 millimes par transaction, on atteint 1.500 dinars.

Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer que toutes ces sommes sont systématiquement conservées par les commerces. Mais le calcul montre une réalité simple : ce qui paraît insignifiant à l’échelle d’un achat peut devenir conséquent lorsqu’il est répété des milliers de fois.

Le client ne va généralement pas discuter pour récupérer 10 ou 20 millimes. Il préfère passer son chemin.

C’est justement cette résignation qui permet à la pratique de s’installer.

En Europe, dans les pays où les petites pièces sont toujours en circulation, le principe est généralement simple : la monnaie est rendue jusqu’au centime près, conformément au prix affiché. Le client ne se voit pas répondre que quelques centimes sont « trop peu » pour être rendus. Lorsqu’un système d’arrondissement existe, il est encadré par des règles précises et connues du consommateur.

Pourquoi l’arrondi profite-t-il si souvent au vendeur ?

Il ne s’agit pas d’accuser systématiquement les commerçants de fraude. L’absence de petites pièces est bien réelle.

Mais une question demeure : pourquoi l’arrondissement semble-t-il si souvent se faire dans le même sens ?

Lorsqu’un produit coûte 4,990 dinars et que le client donne 5 dinars, il devrait récupérer 10 millimes.

A-t-on déjà vu, avec la même facilité, un commerçant dire : « Je n’ai pas de monnaie, je vous fais donc l’article à 4,900 dinars » ?

Le problème n’est donc pas la valeur de ces quelques millimes. C’est le principe.

Si le millime compte lorsqu’il est inscrit sur l’étiquette, il devrait également compter lorsqu’il faut rendre la monnaie.

Et la fameuse baguette à 190 millimes ?

Le cas de la baguette illustre lui aussi ce paradoxe. Son prix officiel est fixé à 190 millimes depuis 2010, malgré les appels lancés au fil des années pour le porter à 200 millimes.

Dans la pratique, le consommateur donne souvent 200 millimes et devrait récupérer ses 10 millimes. Mais faute de petite monnaie, ceux-ci restent souvent chez le boulanger.

À l’échelle d’une baguette, 10 millimes semblent dérisoires. À l’échelle des centaines de milliers de baguettes vendues, la différence change évidemment de dimension.

D’où la question : ne serait-il pas plus logique, si le prix devait être arrondi à 200 millimes, que ces 10 millimes supplémentaires soient intégrés officiellement au prix et puissent, selon le mécanisme retenu, contribuer même modestement à alléger la charge de la compensation, plutôt que de disparaître au gré des transactions ?

Car ce qui paraît insignifiant dans la poche du consommateur peut représenter, une fois multiplié, des milliers de dinars.

Pourquoi ne pas fixer des règles claires ?

Le véritable problème est peut-être là. Si les petites pièces sont devenues trop rares pour permettre de rendre systématiquement la monnaie exacte, il faudrait des règles d’arrondissement claires et transparentes.

Et surtout, des règles qui fonctionnent dans les deux sens.

Le consommateur ne devrait pas avoir à négocier quelques millimes à chaque passage en caisse.

Le paiement électronique, une solution encore partielle

Le paiement électronique apporte certes une réponse au problème. Dans une grande surface équipée de terminaux de paiement, un achat de 4,990 dinars reste 4,990 dinars : le montant est débité au millime près et la question de la monnaie ne se pose plus.

Mais cette solution a ses limites. Tous les commerces, loin de là, ne disposent pas encore d’un terminal de paiement électronique (TPE). Pour les petits commerces de quartier, les épiceries, les boulangeries ou certains petits points de vente, le paiement en espèces reste la règle.

À cela s’ajoute une autre réalité : tous les consommateurs ne disposent pas d’une carte bancaire ou ne l’utilisent pas pour leurs achats quotidiens. Pour les petites dépenses, beaucoup continuent à sortir leur portefeuille et à payer en liquide.

Le problème des petites pièces ne disparaît donc pas avec le développement du paiement électronique. Il change simplement d’espace : dans les grandes surfaces et les commerces équipés, la carte permet de régler exactement le montant affiché; ailleurs, le client reste dépendant des espèces et de la disponibilité des petites pièces.

D’où la nécessité d’une réflexion plus globale. Tant que les paiements en espèces resteront largement utilisés et que les petites pièces continueront à se raréfier, la question des 10, 20 ou 50 millimes restera posée.

Et entre le prix affiché, la monnaie réellement rendue et l’arrondissement pratiqué à la caisse, c’est toujours le consommateur qui doit faire le calcul. 

Au fond, ces dix millimes racontent beaucoup plus qu’une simple histoire de monnaie.

Ils révèlent le paradoxe d’un système où le millime est suffisamment important pour figurer sur l’étiquette, mais suffisamment insignifiant pour disparaître de la monnaie rendue.

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Auteur

Brahim OUESLATI

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