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À Sidi Salem, l’APAL rectifie le tir et ouvre une nouvelle séquence avec les Bizertins

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  • 19 septembre 2026
  • 6 min de lecture
À Sidi Salem, l’APAL rectifie le tir et ouvre une nouvelle séquence avec les Bizertins

Face aux inquiétudes suscitées par les travaux de protection du littoral de Sidi Salem, l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral (APAL) amorce une évolution dans sa démarche. Une occasion de remettre au centre du débat une question essentielle : comment protéger efficacement nos côtes sans dénaturer les paysages qui font leur identité ?

À Bizerte, la nécessité de protéger le littoral contre l’érosion marine ne fait guère débat. L’évolution du trait de côte, l’intensification des phénomènes marins et la vulnérabilité de certains secteurs imposent aux pouvoirs publics d’intervenir. Mais protéger ne signifie pas nécessairement transformer radicalement.

C’est précisément la question soulevée autour de la plage de Sidi Salem, où les travaux engagés ont suscité de nombreuses interrogations parmi les habitants, les usagers de la plage, la société civile et une partie de la diaspora bizertine.

Des ouvrages nécessaires, mais qui transforment le paysage

Les ouvrages de protection contre l’érosion marine répondent à des impératifs techniques complexes. Épis, enrochements, brise-lames ou autres dispositifs peuvent être indispensables pour stabiliser un secteur fragilisé.

Mais ces infrastructures peuvent également modifier profondément le paysage, le fonctionnement naturel de la plage, le déplacement du sable et les usages du littoral.

À Sidi Salem, les questions portent donc moins sur la nécessité d’agir que sur la manière d’intervenir : implantation et dimensionnement des ouvrages, impacts hydro-sédimentaires et paysagers, mais aussi alternatives qui auraient pu être envisagées.

Autrement dit : comment protéger la plage sans perdre ce que l’on cherche précisément à protéger ?

Société civile et diaspora bizertine se mobilisent

Les réactions de différents acteurs de la société civile, de citoyens et de membres de la diaspora bizertine ont progressivement fait évoluer le débat.

Au-delà de l’ouvrage lui-même, elles traduisent une attente plus profonde : être associés suffisamment tôt aux transformations majeures du littoral et pouvoir comprendre les choix techniques avant qu’ils ne deviennent irréversibles.

Parmi les prises de position, celle de l’architecte-urbaniste bizertin Borhene Dhaouadi insiste sur la nécessité de ne pas dissocier protection technique, paysage et usages citoyens. Dans une publication consacrée à Sidi Salem, il interpelle : “Quel aménagement paysager accompagnera ces travaux ? Une intervention aussi importante doit aussi être l’occasion de réfléchir aux promenades, accès à la plage, espaces publics, plantations, éclairage, mobilier et qualité paysagère de Sidi Salem”.

Il résume également l’enjeu : “L’objectif doit rester commun : protéger durablement Sidi Salem contre l’érosion tout en préservant son paysage, ses usages et son identité”.

Cette approche pose une question de fond : la protection du littoral peut-elle encore être pensée comme une réponse d’ingénierie isolée, ou doit-elle devenir un véritable projet de paysage et d’espace public ?

La mobilisation citoyenne semble en tout cas avoir enclenché une nouvelle dynamique entre l’APAL, les acteurs du projet et la population.

Le Directeur Général par intérim de l’APAL, Mehdi BELHAJ, s’est déclaré disposé, si nécessaire, à suspendre temporairement les travaux afin d’organiser dans les prochains jours une réunion élargie avec les différentes parties prenantes.

Le responsable de l’APAL a également rappelé qu’aucune objection n’avait été formulée lors de la réunion du 6 juillet à la Municipalité de Bizerte, au cours de laquelle les travaux avaient été présentés.

Cette nouvelle étape devra notamment permettre de confronter les interrogations apparues depuis aux études et données techniques disponibles.

Protéger le littoral, mais aussi concevoir des espaces de vie

L’épisode de Sidi Salem soulève finalement une question beaucoup plus large que celle d’un ouvrage maritime. Dans des environnements aussi sensibles, l’ingénierie de protection doit désormais travailler avec l’urbanisme, l’architecture du paysage et le design des espaces en environnement marin.

Un ouvrage destiné à protéger une plage ne devrait pas être pensé uniquement comme une infrastructure technique. Il peut aussi devenir l’occasion de requalifier un front de mer, améliorer les accès à la plage, créer des promenades et des espaces publics, intégrer des plantations et du mobilier, préserver les activités nautiques ou de pêche et favoriser une véritable réappropriation citoyenne du littoral.

La performance d’un projet de protection côtière ne se mesure donc plus uniquement à sa résistance aux vagues ou à sa capacité à stabiliser le trait de côte. Elle se mesure également à sa capacité à s’intégrer au paysage et à être appropriée par les citoyens.

À Sidi Salem, cette dimension est particulièrement importante. La plage n’est pas seulement un espace naturel menacé par l’érosion : elle appartient au paysage quotidien, à la mémoire et à l’identité de Bizerte.

L’APAL rectifie le tir

C’est probablement le principal enseignement positif de cet épisode. Face aux réactions suscitées par le projet, l’APAL semble aujourd’hui s’engager dans une logique de rectification du tir, en acceptant de réexaminer la situation avec les acteurs concernés.

Cette évolution mérite d’être soulignée. Elle ne signifie pas que les solutions techniques initialement proposées doivent nécessairement être abandonnées, mais qu’un projet aussi sensible doit pouvoir être expliqué, documenté et, lorsque cela est techniquement pertinent, amélioré.

La prochaine réunion pourrait ainsi permettre de présenter les études disponibles, expliquer les choix techniques, examiner les variantes et mieux intégrer les dimensions paysagères, urbaines et citoyennes.

Car derrière le cas de Sidi Salem se dessine finalement une méthode qui pourrait servir bien au-delà de Bizerte : protéger nos côtes avec l’ingénierie, les aménager avec intelligence et les concevoir avec ceux qui les vivent.

À l’heure où l’érosion côtière devient un enjeu majeur pour de nombreuses villes tunisiennes, Sidi Salem pourrait ainsi devenir non pas le symbole d’un conflit autour d’un ouvrage, mais celui d’une nouvelle manière de penser la protection du littoral : plus scientifique, plus paysagère, plus transparente et plus participative.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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