A la une Economie

Automobile : la Tunisie veut changer de vitesse

  • 19 septembre 2026
  • 8 min de lecture
Automobile : la Tunisie veut changer de vitesse

Déjà solidement intégrée à la chaîne de valeur automobile européenne, la Tunisie cherche désormais à dépasser son rôle traditionnel de fabricant de composants. À travers la mobilité électrique, les systèmes embarqués, les logiciels, l’électronique et la recherche et développement, le pays ambitionne de monter en gamme et de renforcer sa position de plateforme industrielle et technologique entre l’Europe et l’Afrique. Une évolution mise en lumière par le média allemand Table.Briefings, alors que la Tunisie participe à l’IAA Transportation 2026 à Hanovre.

La Tunisie veut franchir une nouvelle étape dans son développement automobile. Après avoir construit une industrie largement orientée vers la fabrication de composants destinés aux constructeurs européens, le pays cherche désormais à investir davantage les segments liés aux technologies automobiles du futur, notamment la mobilité électrique, les systèmes embarqués, les logiciels et les composants électroniques.

Cette évolution est mise en avant par Table.Briefings, dans un reportage publié le 18 septembre 2026 sous le titre “Automotive industry: How Tunisia aims to become an innovation hub in North Africa”. Le média allemand présente la Tunisie comme un partenaire industriel déjà bien établi de l’Europe, mais qui cherche à aller au-delà de la seule fabrication de composants et à développer des solutions durables pour la mobilité électrique.

L’enjeu est ainsi moins celui d’une entrée de la Tunisie sur le marché de la voiture électrique que celui d’une montée en gamme de son industrie automobile, avec l’objectif de prendre part aux nouvelles chaînes de valeur liées à l’électrification et à la mobilité intelligente.

Un secteur de 3,9 milliards d’euros d’exportations

Cette ambition s’appuie sur une base industrielle déjà importante. Selon les données de la Tunisian Automotive Association (TAA), le nombre d’entreprises actives dans la construction automobile et les composants a dépassé 280 établissements en 2025. Le secteur emploie aujourd’hui plus de 120.000 personnes et génère environ 3,9 milliards d’euros d’exportations, avec une croissance annuelle moyenne de 16 % depuis 2018.

L’Allemagne constitue la première destination des exportations automobiles tunisiennes, avec 37 %, devant la France (21 %), la Roumanie (12 %) et l’Italie (11 %). La TAA souligne également l’émergence progressive d’un écosystème industriel couvrant notamment le câblage, la mécanique, les composants plastiques et électroniques ainsi que l’ingénierie logicielle.

Cette évolution constitue précisément le socle sur lequel la Tunisie entend construire sa nouvelle stratégie.

Le secteur automobile tunisien ne se limite donc plus à la production de pièces destinées à être intégrées dans des véhicules fabriqués ailleurs. La transition engagée concerne désormais des domaines à plus forte valeur ajoutée, allant des systèmes embarqués aux logiciels automobiles, en passant par l’électronique et les solutions de mobilité électrique.

De l’équipement automobile à l’innovation

Le reportage de Table.Briefings met en avant cette volonté de transformation du modèle industriel tunisien. L’objectif est de tirer parti de l’expérience accumulée par les équipementiers présents dans le pays tout en développant de nouvelles compétences et de nouveaux produits liés à l’électrification.

Cette orientation s’inscrit dans un contexte où l’industrie automobile mondiale connaît une profonde transformation, avec l’essor des véhicules électriques, des systèmes intelligents et des logiciels embarqués.

Pour la Tunisie, l’enjeu consiste à capitaliser sur plusieurs atouts déjà présents : une industrie automobile exportatrice, des ressources humaines qualifiées, une proximité géographique avec l’Europe et un écosystème industriel développé.

La TAA estime ainsi que la disponibilité de compétences scientifiques et techniques, combinée à la proximité des principaux ports européens et à un réseau d’accords commerciaux couvrant près de 100 pays, constitue l’un des atouts du site tunisien.

Le pays cherche parallèlement à renforcer les infrastructures permettant de soutenir cette évolution technologique.

Une “Automotive Smart City” sur 200 hectares

Parmi les principaux projets figure l’Automotive Smart City, une future zone industrielle intelligente consacrée à l’industrie automobile.

Le projet doit s’étendre sur 200 hectares et intégrer des unités industrielles, des laboratoires de recherche et développement, des centres de formation et des espaces technologiques. La TAA le présente comme l’un des projets structurants destinés à faire évoluer l’écosystème automobile tunisien vers davantage d’intégration technologique.

Le projet est également présenté par les médias tunisiens et mêmes internationaux comme un instrument destiné à renforcer l’attractivité de la Tunisie auprès des constructeurs et équipementiers automobiles et à accompagner la transformation du secteur vers la mobilité électrique.

En avril 2026, les travaux autour de ce projet avaient franchi une nouvelle étape, avec notamment des études de planification et d’aménagement. La TAA souligne aujourd’hui son ambition de faire de cette zone un pôle industriel et technologique reliant les chaînes de valeur européennes et africaines.

L’électromobilité gagne du terrain

La transition vers la mobilité électrique bénéficie également d’un cadre plus favorable en Tunisie. En mars 2026, le ministère des Finances avait précisé les nouvelles mesures fiscales destinées à encourager la mobilité électrique et la fabrication locale de batteries au lithium. Les mesures prévues par la loi de finances 2026 comprennent notamment une réduction de la TVA à 7 % pour certaines catégories de véhicules électriques et hybrides rechargeables ainsi que pour leurs équipements de recharge, et des réductions sur certaines taxes liées à l’immatriculation et à la circulation des véhicules électriques.

Les mesures concernent également certaines matières et certains composants destinés à la fabrication de batteries au lithium, dans le cadre d’un dispositif fiscal applicable jusqu’à fin 2028.

Ces dispositions donnent un cadre supplémentaire au développement d’un écosystème local autour de l’électromobilité, alors que les acteurs industriels cherchent à se positionner sur cette nouvelle chaîne de valeur.

Hanovre, vitrine de la nouvelle ambition tunisienne

Cette volonté de montée en gamme est particulièrement visible cette semaine à Hanovre, où la Tunisie participe à l’IAA Transportation 2026, qui se tient du 15 au 20 septembre.

La participation tunisienne s’inscrit dans la stratégie de promotion du secteur automobile et de ses nouvelles activités liées à la mobilité. La TAA et le Cluster Mecatronic Tunisia y présentent notamment les capacités tunisiennes dans le domaine de l’électromobilité et des technologies automobiles. La présence tunisienne au salon est également relevée par Table.Briefings, qui illustre son reportage avec un vélo électrique du fabricant tunisien Surus Automotive exposé à Hanovre.

Le choix de cette vitrine internationale n’est pas anodin. Il s’agit pour les industriels tunisiens de présenter leur savoir-faire au-delà de la fabrication traditionnelle de composants et de rechercher de nouveaux partenariats dans les domaines de l’ingénierie, de la mobilité électrique et des technologies automobiles.

L’Europe, mais aussi l’Afrique

La stratégie tunisienne ne se limite toutefois pas au marché européen. La position géographique du pays et son intégration aux chaînes industrielles européennes peuvent servir de point d’appui pour développer parallèlement des débouchés en Afrique.

La Tunisian Automotive Smart City est d’ailleurs présentée par la TAA comme un projet destiné à renforcer la position de la Tunisie comme plateforme industrielle et technologique entre l’Europe et l’Afrique.

Cette dimension africaine prend une importance particulière alors que la Tunisie cherche à diversifier ses marchés d’exportation et à profiter des opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine.

L’objectif à terme est donc de ne plus considérer la Tunisie uniquement comme une base de production proche du marché européen, mais comme une plateforme capable de développer, produire et exporter des solutions technologiques vers plusieurs marchés.

Le défi de la montée en compétences

Cette transformation industrielle implique toutefois un renforcement des compétences. Le passage d’une industrie essentiellement centrée sur la fabrication de composants à une industrie davantage orientée vers les logiciels, l’électronique, les systèmes embarqués et la recherche et développement exige des profils spécialisés et une adaptation continue des compétences.

La TAA souligne déjà l’importance du capital humain dans la compétitivité du secteur et cite parmi les structures soutenant cette évolution le Centre de Ressources Technologiques, le Centre de Recherche en Microélectronique et Nanotechnologie et le Centre Technique du Caoutchouc et du Plastique.

La Tunisie dispose ainsi d’une base industrielle importante pour aborder la mutation du secteur automobile. Mais le véritable enjeu des prochaines années sera de transformer cette base en un écosystème davantage intégré, technologique et capable de produire davantage de valeur ajoutée.

C’est précisément cette transition que met en lumière Table.Briefings : la Tunisie ne cherche plus seulement à être un fournisseur de composants pour l’industrie automobile européenne, mais à prendre une place dans la nouvelle chaîne de valeur de la mobilité électrique et intelligent.

M.B

Auteur

M. B

You cannot copy content of this page