Horlogerie : Le déclin d’un métier sans relève
Ils ne sont plus que quelques centaines ou dizaines tout au plus ! Les horlogers se font rares à une époque, pourtant, où la course contre la montre est impitoyablement ardue. Les boutiques de téléphones portables et autres outils numériques ponctuent les rues.
En revanche, les horlogers qui marquaient, jadis, leur présence dans chaque ville et dans chaque quartier, s’éclipsent au fin fond du tumulte urbain. Et si l’on tombe sur quelques-uns dans leurs ateliers, l’on devinera sans doute qu’ils font partie des derniers à faire perdurer, un tant soit peu, ce métier.
La Presse — C’est que l’heure n’est, semble-t-il, plus aux montres ! Ces dernières constituaient pour la quasi-totalité de la société un accessoire essentiel, une touche d’élégance utile et un moyen permettant de se situer, continuellement, dans le temps et d’en être à temps. Les montres bénéficiaient d’une appréciation bien particulière et d’une place privilégiée dans la vie de Monsieur-tout-le-Monde.
Toutefois, cette place va à reculons depuis que les Ntic ont tout envahi. Séduits par le futur, les jeunes ont déclaré leur refus de prendre la relève de certains métiers jugés comme étant dépassés de mode, dont celui de l’horlogerie. «Tout converge vers la décadence de ce métier.
Pourtant, l’Etat avait tout fait pour inciter à la pérennité de ce domaine en mettant à la disposition des jeunes la possibilité de suivre une formation au centre de formation en bijouterie et en horlogerie à Gammarth. Sauf que les jeunes étaient d’un tout autre avis. Ils ont signifié leur réticence au point que la filière de l’horlogerie a été éliminée du programme», indique Khaled Bjaoui, horloger actif à Tunis.
Fini le temps des apprentis !
Le désintérêt des jeunes envers ce métier revient, à son sens, à leur avidité. «Les jeunes préfèrent l’argent facile. Ils refusent de s’adonner à un métier qui nécessite beaucoup de patience et dont la rentabilité est moindre. D’autant plus que les centres d’intérêt ont bien changé.
Les parents tenaient toujours à placer leurs fils auprès d’artisans et de professionnels afin qu’ils acquièrent non seulement les secrets d’un métier mais aussi fassent leurs premiers pas de sociabilité tout en étant dans un climat professionnel sécurisé. Cette optique relève d’une époque bien révolue», renchérit-il.
Rentable pour les pros !
Haythem Rayes travaille aussi comme horloger. Il partage le même avis que Khaled sur la réticence des jeunes face à la pérennisation du métier. Cependant, il considère que ce métier représente une occasion à saisir, surtout pour les jeunes non formés. «C’est un métier qu’on apprend, principalement, sur le tas.
Certes, la théorie importe. Mais la pratique, elle, permet de maîtriser parfaitement ce domaine, à condition de faire preuve de patience. Les jeunes pourraient gagner bien leur vie en s’investissant dans ce métier, ce dernier étant rentable pour les pros», souligne-t-il.
Montres jetables et autres inabordables…
Relève manquante, absence d’une formation professionnelle réglementée, le métier d’horloger régresse aussi suite à la négligence de cet accessoire. Bon nombre de Tunisiens n’éprouvent plus le besoin d’avoir une montre à son poignet gauche. Indiquant également l’heure, le téléphone portable leur suffit. En outre, certains sont sous le charme des produits d’imitation. C’est que l’invasion des montres de contrefaçon ne sert aucunement le métier de d’horloger; des montres jetables qui ne valent même pas la peine d’être réparées en cas de panne.
Parallèlement, les montres de qualité, elles, ont vu leurs prix augmenter d’un suite notamment à la chute du dinar. «Avant, une centaine de dinars rendait possible l’acquisition d’une jolie montre. Mais de nos jours, une montre de qualité coûte trois cents cinquante dinars au minimum ; une somme qui risque d’ébranler le budget d’un ménage.
Avouons qu’il y a des priorités à passer en avant», ajoute Khaled. Cela dit, ce sont bien les férus de bonnes montres qui continuent à recourir aux horlogers pour se faire réparer leurs accessoires fétiches. «Il est toujours intéressant de redonner vie à une montre achetée à sept cents dinars contre la modique somme de soixante-dix dinars !», fait remarquer Haythem. D’autant plus que les smart montres n’ont pas réussi à déclasser celles classiques en raison de leur fragilité. En voilà une concurrence de moins !
Khaled Bjaoui, Haythem Rayes ainsi que les autres horlogers préservent encore leur place dans ce métier grâce aux collectionneurs de montres. Néanmoins, ils semblent convaincus que leur métier ne tiendra pas plus longtemps, faute de relève mais aussi de gain alléchant. Seuls les commerçants de montres de marque pourraient encore gagner leur vie en proposant, entre autre, des piles et des ceintures…


