TeleHealth Connect Tunisia 2026 : la Tunisie veut faire du numérique un levier d’équité en santé
De la télémédecine au dossier médical numérique, en passant par l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la souveraineté des données, la transformation numérique du système de santé s’est imposée comme le fil conducteur de l’ouverture, mardi à Tunis, de la conférence internationale “TeleHealth Connect Tunisia 2026”.
Réunissant des représentants de plus de 30 pays, des experts et des institutions internationales et régionales, la rencontre entend dépasser le stade des initiatives isolées pour faire émerger des coopérations et des solutions concrètes.
L’enjeu est désormais moins de savoir si le numérique aura une place dans la médecine que de déterminer comment il peut effectivement rapprocher les soins des citoyens, notamment dans les régions où l’accès aux spécialistes demeure difficile, tout en garantissant la sécurité des données médicales.
C’est précisément sur cette équation que le ministre de la Santé, Mustapha Ferjani, a placé l’accent à l’ouverture de la conférence. Il a souligné que la digitalisation constitue un outil essentiel pour renforcer l’équité en matière de santé et faciliter l’accès aux soins spécialisés.
Un identifiant sanitaire unique pour chaque Tunisien
Le ministre a annoncé que le ministère de la Santé ambitionne de permettre à chaque citoyen tunisien de disposer de son identifiant sanitaire unique et de son dossier médical numérique avant la fin de l’année 2026.
L’objectif est de permettre au patient de retrouver l’ensemble de ses données médicales et informations de santé, indépendamment du lieu où il est pris en charge, dans les secteurs public ou privé et dans les différents établissements sanitaires du pays.
Ce dispositif doit également faciliter l’échange sécurisé des données entre les professionnels et les structures de santé. Pour Mustapha Ferjani, cette évolution doit s’accompagner d’une exigence centrale : la protection des données.
Les informations sanitaires seraient ainsi hébergées sur un “cloud souverain tunisien”, destiné à garantir leur sécurité et leur confidentialité.
Cette ambition s’inscrit dans une transformation déjà engagée. Le ministre a indiqué que plus de 32 établissements hospitaliers ont été équipés durant l’année de dispositifs d’imagerie médicale à distance.
Depuis la mise en service de l’hôpital numérique, plus de 120.000 examens radiologiques ont été réalisés, tandis que plus de 3.000 patients ont déjà bénéficié de consultations médicales à distance.
À l’issue des travaux de la conférence, la Tunisie entend également faire adopter une “Déclaration de Tunis pour une transformation numérique de la santé équitable, sûre et humaine”.
Le document devrait notamment consacrer l’équité d’accès aux soins, la confiance entre médecin et patient, la protection des données personnelles, la cybersécurité et la souveraineté sanitaire des données.
Le ministre a également mis l’accent sur la nécessité de développer les capacités tunisiennes dans l’intelligence artificielle, en favorisant une coopération entre ingénieurs et médecins.
Tunisie Telecom : connecter les établissements et les territoires
Cette transformation ne peut toutefois se limiter aux applications médicales. Elle suppose d’abord une infrastructure capable de faire circuler les données et de rendre les services accessibles, y compris dans les régions les plus éloignées.
C’est sur cette dimension que Lassâad Ben Dhiab, PDG de Tunisie Telecom, a insisté à l’ouverture du sommet, auquel l’opérateur participe en tant que partenaire officiel.
Il a présenté l’intervention de Tunisie Telecom dans la santé numérique autour de cinq axes : l’infrastructure et la connectivité, l’inclusion numérique, le Cloud et la protection des données, l’hôpital numérique ainsi que l’Internet des objets et l’intelligence artificielle.
“L’opérateur s’appuie notamment sur un réseau national de plus de 70.000 kilomètres de fibre optique et sur ses réseaux 5G pour renforcer la connectivité des établissements de santé”, précise-t-il.
Le responsable ajoute que l’inclusion numérique constitue également un volet important de cette stratégie, notamment à travers la participation de Tunisie Telecom au projet de couverture des “zones blanches”.
L’objectif est de contribuer à rapprocher les services de santé des populations des régions où l’offre médicale est moins accessible.
Sur le volet des données, Lassâad Ben Dhiab a mis en avant les solutions d’hébergement et de stockage proposées par Tunisie Telecom, ainsi que ses centres de données répondant à des normes et certifications internationales.
La protection des données médicales constitue, dans ce cadre, un enjeu central.
Le PDG de Tunisie Telecom a en outre évoqué la contribution de l’entreprise au développement de l’hôpital numérique, ainsi que les perspectives ouvertes par l’Internet des objets et l’intelligence artificielle.
Il a notamment cité les possibilités offertes par la robotique et l’IA dans la chirurgie à distance.
De nouvelles initiatives devraient par ailleurs être développées en collaboration avec le ministère de la Santé et l’Association tunisienne des chirurgiens afin de rapprocher l’expertise médicale des patients.

Passer des initiatives dispersées à un système régional
Au-delà de l’expérience tunisienne, la conférence ambitionne de favoriser l’émergence de partenariats à l’échelle régionale.
Mohamed Ben Amor, secrétaire général de l’Organisation arabe des technologies de l’information et de la communication (AICTO), a ainsi annoncé la signature de plusieurs contrats et conventions durant les travaux de la conférence.
Ces accords devraient notamment associer des entreprises spécialisées dans les technologies et des acteurs du secteur de la santé.
Pour lui, “TeleHealth Connect Tunisia 2026” doit constituer une plateforme internationale de partenariats, permettant de rapprocher les acteurs technologiques des besoins concrets des systèmes de santé.
Dans son intervention, il a également appelé à passer d’initiatives numériques encore dispersées à un système régional durable et évolutif.
L’intelligence artificielle, a-t-il relevé, ouvre de nouvelles perspectives dans le diagnostic précoce, l’aide à la décision médicale, l’analyse des données et le suivi des patients à distance.
Mais ces avancées ne peuvent être dissociées des questions de gouvernance. Protection des données, cybersécurité et encadrement de l’utilisation de l’intelligence artificielle doivent, selon lui, progresser au même rythme que les innovations technologiques.

L’OMS appelle à investir dans une transformation accessible à tous
Présent pour la première fois en Tunisie, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, est intervenu à distance lors de l’ouverture de la conférence.
Son message s’inscrit dans la même logique : la transformation numérique de la santé ne peut être réduite à une course à l’innovation.
Elle nécessite des ressources, des investissements, de la coopération ainsi que des cadres juridiques et réglementaires capables d’encadrer ces nouvelles technologies.
Le directeur général de l’OMS a appelé les gouvernements, les partenaires et les bailleurs de fonds à coordonner leurs efforts et à orienter les investissements de manière stratégique, afin que les innovations numériques bénéficient également aux populations les plus vulnérables.
De la technologie au patient
Au fil des interventions, un même enjeu se dessine : faire en sorte que la transformation numérique ne reste pas confinée aux infrastructures, aux plateformes et aux algorithmes.
Pour la Tunisie, le défi consiste désormais à transformer les avancées déjà enregistrées (hôpital numérique, téléradiologie, consultations à distance) en un véritable écosystème capable de réduire les distances, fluidifier le parcours du patient et élargir l’accès aux compétences médicales, tout en préservant la confidentialité des données.
La plateforme “Sahetna”, actuellement en phase de test, s’inscrit dans cette évolution. Elle doit permettre aux citoyens d’accéder à distance à leur dossier médical, à leurs rendez-vous et aux résultats de leurs analyses, une fois les conditions techniques et les garanties nécessaires en matière de protection des données réunies.
Et avec “TeleHealth Connect Tunisia 2026”, la Tunisie entend ainsi placer la santé numérique au croisement de trois impératifs : rapprocher les soins, sécuriser les données et développer une expertise technologique nationale.
La conférence, qui se tient à Tunis du 29 septembre au 1er octobre, doit également permettre de transformer les échanges en partenariats et en projets concrets.




