ONU : la Palestine au cœur des discours
Il y a des sessions de l’Assemblée générale des Nations unies qui ressemblent à d’autres, et puis il y a celles qui, par la gravité du moment, prennent une résonance particulière. La dernière en date (la 81e tenue en septembre) appartient à cette seconde catégorie. Parce que rarement la question palestinienne aura occupé avec une telle intensité la tribune new-yorkaise. Il y eut rarement autant de voix à avoir dénoncé, avec des mots parfois d’une rare fermeté, la tragédie qui se déroule à Gaza et la poursuite de la colonisation en Cisjordanie.
Les chefs d’État se succèdent à la tribune, ils parlent de Gaza, des morts, de la destruction, de l’occupation, des colonies, du droit international ; ils rappellent ce que le monde sait déjà. Ils nomment ce que les images venues de Palestine rendent chaque jour plus daifficile à ignorer (et à supporter). Mais le moment fort de cette session est le mouvement de protestation massif opéré par 77 délégations qui ont quitté la salle dès le début du discours du boucher Netanyahou.
Il ne faut pas se raconter d’histoires, de cette session de l’Assemblée générale, il serait illusoire d’attendre, à elle seule, un bouleversement immédiat de la situation ; l’ONU n’a pas de baguette magique, ses résolutions se heurtent depuis des décennies aux rapports de force, aux intérêts des grandes puissances et aux blocages du Conseil de sécurité.
L’image de l’Etat sioniste sur la scène internationale apparaît profondément écornée, abîmée. Le nombre de gouvernements qui dénoncent ouvertement la conduite de la guerre à Gaza et la poursuite de la colonisation témoigne d’un déplacement du paysage diplomatique. L’isolement international de l’Etat voyou est devenu l’un des faits politiques les plus visibles de ce grand rassemblement.
Car l’histoire du Proche-Orient nous a appris la terrible mécanique des guerres sans lendemain politique ; une offensive peut avoir un commencement, des objectifs militaires. Lorsqu’une occupation fondée sur l’injustice, la destruction des territoires et l’effacement d’une population ou qu’elle est menée sans véritable stratégie de sortie, elle prépare souvent les conditions d’une catastrophe plus vaste. La catastrophe eut lieu à Gaza, en Cisjordanie, au Sud-Liban et en Syrie. Et qu’attend l’humanité après toutes ces invasions ?
Qui reconstruira les villes détruites? Qui garantira la sécurité des populations et gouvernera le territoire ? Quel avenir pour les Palestiniens? Quelle place pour le droit international ? Et surtout, quelle solution politique peut encore permettre de résoudre les nombreux problèmes de la famine, des maladies, de la séparation, de la violence et de la mort ?
Ce sont ces questions-là que l’on attendrait désormais de la communauté internationale ; non plus seulement des condamnations et des déclarations. Mais une volonté politique capable de transformer l’indignation en actes.
L’Assemblée générale est le lieu où le monde vient périodiquement se regarder dans le miroir. Cette année, le miroir renvoie une image particulièrement sombre : celle d’un ordre international qui annonce des principes mais peine à les faire respecter. Reste-t-il encore de l’espoir?
Il est fragile, presque dérisoire face à l’ampleur des destructions, mais il existe dans ces voix qui refusent de se taire, dans ces dirigeants qui rappellent que la Palestine n’est pas une question secondaire, dans cette conscience internationale qui semble progressivement se déplacer (saluons, au passage, l’éloquent et courageux discours du Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez).
À New York, les discours auront peut-être peu changé le cours des événements. Mais ils auront au moins rappelé une évidence : aucune guerre ne peut éternellement tenir lieu de politique, aucune occupation ne peut indéfiniment tenir lieu de paix, et aucun peuple ne peut être condamné à disparaître derrière le silence du monde.
Reste maintenant l’essentiel : faire en sorte que les mots, les condamnations prononcés sous les ors de l’ONU ne meurent pas avec les applaudissements.



