Une nouvelle mesure saluée par les parents interdit désormais aux élèves de quitter leur établissement pendant les heures creuses ou en cas d’absence imprévue d’un enseignant. Si elle rassure les familles, la mise en œuvre de cette mesure soulève toutefois de sérieuses questions d’ordre organisationnel et structurel, d’autant plus qu’elle a pris tout le monde au dépourvu.
La Presse — À partir d’aujourd’hui, jeudi 1er octobre, les élèves sont soumis à une nouvelle règle qui a été largement saluée. Il leur est strictement interdit de quitter leur établissement scolaire pendant les heures creuses ou lorsqu’un enseignant est absent sans préavis.
Annoncée par le ministre de l’Éducation, Noureddine Nouri, cette décision vise à protéger les élèves contre les risques de la rue, qu’il s’agisse de violence, d’addiction aux stupéfiants ou d’accidents de la route. Elle concerne les collèges et les lycées.
Concrètement, tout élève présent dans un collège ou un lycée pour une journée d’étude doit rester dans l’enceinte de son établissement, même lorsqu’il a une heure creuse dans son emploi du temps. Des exceptions sont toutefois prévues. Une sortie en dehors des horaires habituels reste possible sur présentation d’une dérogation écrite signée par les parents ou les tuteurs légaux, ou sur demande expresse préalable validée par l’administration.
Des motifs sécuritaires et juridiques
Le ministère justifie cette mesure par la nécessité d’assurer une protection intégrale des élèves pendant les heures scolaires. Il met, d’abord, en relief la prévention de la délinquance, afin de limiter l’exposition des jeunes aux réseaux de trafic de stupéfiants, à la violence urbaine, aux agressions et aux incitations à consommer des substances psychotropes aux abords des établissements.
La sécurité routière figure aussi parmi les arguments avancés, l’objectif étant de réduire les déplacements inutiles en journée le long des axes très fréquentés proches des lycées et des collèges. Enfin, la mesure clarifie la responsabilité des chefs d’établissement et du personnel éducatif en matière de garde et de surveillance des mineurs sur toute la plage horaire scolaire.
Les parents sont eux aussi appelés à jouer leur rôle. Un travail de sensibilisation est mené auprès des familles pour leur rappeler que la sécurité de leurs enfants passe avant tout. Il leur revient de signer les décharges réglementaires et de signaler tout cas exceptionnel nécessitant le départ anticipé d’un élève.
L’épreuve du terrain
C’est pourtant sur le terrain de l’encadrement que les choses se compliquent. Pour appliquer cette directive, les établissements doivent mobiliser les surveillants et les éducateurs afin de superviser les élèves en salle de permanence, en bibliothèque ou au centre de documentation lorsqu’un enseignant est absent. Les heures creuses devront aussi être mises à profit grâce à des séances de soutien scolaire ou à des activités culturelles et sportives organisées à l’intérieur de l’établissement.
Tout se complique davantage lorsqu’on regarde du côté du terrain. Pour accueillir les élèves dans de bonnes conditions, les espaces de repos, les cours de récréation et les salles de révision devront être réaménagés, et cela ne se fera pas en un claquement de doigts. La mesure suppose aussi une coordination étroite entre le ministère de tutelle et les autres ministères impliqués, des infrastructures adaptées et un personnel de surveillance suffisant. Or, c’est précisément ce qui manque.
La majorité des lycées souffrent déjà d’un déficit de surveillants et de salles, ce qui laisse planer un doute sur leur capacité à absorber, dès le premier jour, des centaines d’élèves qui ne peuvent plus sortir.
Le ministre lui-même n’a d’ailleurs pas nié ces difficultés. Lors de son audition au Parlement le 25 février 2026, il a reconnu que de nombreux établissements, surtout dans les zones intérieures et rurales, souffrent de bâtiments dégradés, d’un manque d’entretien et d’équipements de base. Les députés ont pour leur part évoqué la surcharge des classes.
Néanmoins, du côté du ministère, on se veut rassurant. Le ministre a assuré qu’aucun déficit n’était enregistré dans les délégations régionales de l’éducation pour cette rentrée 2026-2027, et il mise sur la création de nouveaux établissements pour alléger la pression sur les structures existantes.
La question qu’on est en droit de poser est la suivante : les établissements sont-ils réellement prêts ? La mesure a certes rassuré les parents sur le sort de leurs enfants, mais elle a aussi surpris une communauté éducative qui devra désormais transformer une interdiction sur le papier en réalité quotidienne sur le terrain, et ce, avec les moyens du bord.



