Secteur bancaire : Entre financement et rentabilité
Malgré des indicateurs de solvabilité et de rentabilité globalement solides, le secteur bancaire tunisien reste confronté à un déséquilibre dans l’allocation des crédits. Selon Bassem Ennaifer, plus de 60 % des financements accordés aux professionnels sont orientés vers le court terme, limitant ainsi le soutien bancaire à l’investissement.
La Presse —Selon l’expert financier Bassem Ennaifer, le secteur présente plusieurs indicateurs qui permettent d’apprécier son évolution, sa rentabilité et sa situation prudentielle. Présent lors de la 9e édition de l’Université d’été du secteur financier, récemment organisée à Hammamet par l’Association tunisienne pour la promotion de la culture financière (Atcf), sous le thème « Repenser le business model des banques tunisiennes», l’expert économique et financier Bassem Ennaifer a présenté les principaux indicateurs de performance du secteur. Soulignant le poids économique de ce dernier, l’expert a affirmé que les actifs des banques résidentes représentent 108 % du PIB, témoignant ainsi de l’importance du secteur dans l’économie nationale.
«Ceci montre que le système financier se porte très bien. Il est très profond et, en même temps cela révèle que le coût d’une crise serait également exorbitant », a-t-il indiqué.
Il a ajouté que si ce taux reste inférieur à celui observé dans d’autres écosystèmes, cela traduit le retard du secteur tunisien par rapport à certains modèles dans lesquels les banques sont présentes à l’étranger et disposent, de ce fait, d’une taille d’actifs plus importante.
Ennaifer a également souligné que le secteur bancaire contribue largement au financement des professionnels. « En 2025, l’encours des crédits aux professionnels a dépassé les 92 milliards de dinars », a-t-il affirmé.
Toutefois, selon l’expert, il est de plus en plus préoccupant de constater que ces financements sont essentiellement destinés au court terme. «Actuellement, plus de 60 % des crédits sont orientés vers le court terme, tandis que le reste est destiné au moyen et au long terme.
Cela signifie qu’il n’y a pas réellement de financement de l’investissement. Il s’agit plutôt d’un financement de l’exploitation », a-t-il ajouté. Pour Ennaifer, cette répartition résulte de la succession de plusieurs chocs, notamment sur les taux d’intérêt, les prix des matières premières et l’inflation, qui poussent les entreprises à rechercher des ressources pour assurer leur fonctionnement plutôt qu’à investir. Il a par ailleurs indiqué que le secteur demeure rentable, mais que les banques peinent aujourd’hui à transformer leur Produit net bancaire (PNB) en bénéfices nets, ces derniers ne représentant que 20 % du PNB. «Cela s’explique par le fait qu’elles ont des structures de charges très rigides», a-t-il souligné. Ennaifer a, en outre, indiqué que le secteur reste solide en termes de solvabilité et de ratios prudentiels, même si « des ratios prudentiels à ce niveau traduisent essentiellement un attentisme économique», selon ses dires.
«Les ratios sont en train de s’améliorer parce qu’elles ne sont pas en train de prendre des risques. Dans ce cas, il est tout à fait normal de constater une meilleure profitabilité, même si celle-ci ne provient pas du secteur productif», a-t-il conclu.



