Une enquête du quotidien britannique The Guardian révèle que la plupart des intelligences artificielles génératives acceptent de retirer le voile d’une femme musulmane sur une simple photo.
Voici donc une preuve supplémentaire que face à des sujets aussi sensibles et polémiques que la religion, l’IA oscille entre failles et absence de limites, rappelant que son usage reste avant tout une responsabilité et une affaire d’éthique. L’expérimentation met en lumière d’importantes défaillances de modération face aux risques de détournement et d’harcèlement ciblé.
Confrontés à une image générée par ordinateur représentant une femme voilée, les outils d’IA ont réagi de manière très disparate. Les modèles ChatGPT et Grok ont immédiatement exécuté l’ordre d’effacer le voile. À l’inverse, Claude a opposé un refus de principe, expliquant ne pas générer d’images mais précisant qu’il s’interdirait de modifier la tenue d’une personne réelle pour éviter tout risque d’humiliation. Le comportement de Gemini s’est révélé particulièrement instable : l’outil de Google a d’abord opposé un refus automatique au nom de la protection de l’image des personnes, avant de céder dès qu’il lui a été demandé de rendre la femme « plus occidentale ».
Les tests démontrent un traitement inégal entre le retrait d’un symbole religieux et la dénudation physique. Le système Grok a accepté de retirer le hijab mais a refusé de supprimer la robe du modèle. Sollicité sur ce traitement différencié, le logiciel a estimé que le retrait du voile s’apparente à un simple changement de coiffure, alors que le retrait des vêtements touche à la nudité. L’expérimentation a également été étendue à d’autres symboles confessionnels : ChatGPT a retiré sans difficulté la coiffe d’une religieuse catholique et le turban d’un homme sikh, tandis que Gemini a validé le retrait du voile de la religieuse, puis celui du turban sikh après une simple reformulation.
Cette investigation fait écho à la récente controverse provoquée par le député français Julien Odoul. Ce dernier a diffusé sur le réseau social X l’image modifiée d’une femme musulmane, débarrassée de son voile et de sa robe longue au profit d’une tenue dénudant ses bras, associée à la mention « La liberté à la française ». Pour plusieurs experts, la facilité avec laquelle ces outils détournent les images alimente directement la hausse des actes et discours islamophobes.



