Société

Chroniques de la Byrsa

  • 4 octobre 2026
  • 3 min de lecture
Chroniques de la Byrsa

Produits patrimoniaux et impératif d’authenticité

Chaque jour qui passe prouve le rôle croissant que joue le secteur patrimonial dans la dynamique économique actuelle partout dans le monde et, bien entendu, chez nous aussi.

L’éveil à ce potentiel nouveau — l’archéologie mise à part —, s’est fait sentir à la toute fin du siècle dernier et s’est traduit aussi bien par la création de nouvelles filières dans l’enseignement supérieur consacrées à ce secteur autant que par le lancement de diverses initiatives à caractère culturel et commercial.

C’est ainsi que nous avons assisté, dans le sillage de la première et, jusqu’ici, la plus importante de ces initiatives, à savoir le complexe culturel Dar Chéraït, à Tozeur, à l’ouverture de nombreux « musées » qui n’ont, d’ailleurs, de musée que l’appellation. Le plus souvent, des demeures traditionnelles, plus ou moins bien conservées ou plus ou moins bien restaurées, ont servi de cadre à cette activité touristique nouvelle.

Des interventions intempestives pour adapter des espaces patrimoniaux à une fonction nouvelle en arrivent à en abstraire le cachet originel

Parallèlement, l’attention des promoteurs (publics et privés) s’est portée sur les sites « ethniques », les villages de crêtes désertés de gré ou de force par leurs occupants et, depuis, abandonnés aux quatre vents dans un dépérissement continu en dépit de leur originalité et de leur intérêt historique, architectural et culturel.

La localité de Takrouna est l’archétype de cette tendance lancée par l’Office national du tourisme tunisien (Ontt) dans les années 90 du siècle passé. Cet exemple a été suivi dans plusieurs régions du pays, en particulier dans le Sud où des ksour et des demeures troglodytiques ont été plus ou moins réhabilités et adaptés pour servir à des activités diverses : haltes sur des circuits touristiques, décor pour tournage de fictions, unités d’hébergement ou de restauration, etc.

Ce « parc » se caractérise cependant par une altération certaine de l’authenticité de l’endroit. Des interventions intempestives pour maladroitement l’adapter à une fonction nouvelle en arrivent à en abstraire le cachet originel, à dissiper la magie qui s’attache à ce cadre de vie venu des profondeurs du temps.

Une illustration de cette démarche erronée et préjudiciable est fournie par le site de Zriba l’Ancien (rebaptisé par les analphabètes Zriba Olia !) Le nombril du village est le mausolée de Sidi Abdelkader qui remplissait aussi la fonction d’oratoire et donne sur une placette jadis surplombée par un café aujourd’hui disparu.

Une déléguée qui sévissait à Zriba au cours de la première décennie de ce siècle a jugé nécessaire de « restaurer » le sanctuaire. Elle a fait refaire l’intérieur avec des matériaux modernes (notamment ces carreaux de mauvais goût pour revêtement de salles de bain) et entreprit de remplacer les vénérables tuiles vertes vernissées.

Un événement non programmé survenu un certain 14 janvier 2011 est venu mettre fin à ses méfaits…avant qu’elle n’ait fait revêtir toute la coupole qui est restée dégarnie sur un bon tiers supérieur de sa sphéricité, donnant ainsi au monument une vilaine allure.

Mais ce n’est pas tout !

(A suivre)

Auteur

Tahar Ayachi

You cannot copy content of this page