Ouverture de la 11e édition des JMC : Continuité et innovation
C’est au Théâtre de l’Opéra de la Cité de la culture de Tunis que s’est tenue, le 3 octobre, la soirée inaugurale de la 11e édition des Journées Musicales de Carthage. En plus des prestations musicales, les grandes lignes de cette manifestation culturelle d’envergure ont été de nouveau dévoilées en présence de Madame la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, de nombreux représentants diplomatiques, d’artistes et de journalistes.
La Presse — Comme chaque année, les JMC se veulent un tremplin pour les projets artistiques prometteurs, de la Tunisie et d’ailleurs. Pour cette édition, 26 spectacles ont été sélectionnés, répartis sur les différents théâtres de la Cité de la culture ainsi que l’avenue Habib Bourguiba.
La cérémonie d’ouverture a été transmise en direct sur la chaîne de télé nationale Watania 1. Elle a débuté par une introduction en langue des signes, donnant d’emblée une dimension plus inclusive à l’événement. Le maître de la cérémonie Karim Ben Amor est ensuite monté sur scène sous les applaudissements. Figure célèbre et appréciée du paysage médiatique tunisien, il est surtout connu pour les émissions musicales à forte audience qu’il anime depuis des décennies sur les ondes de Rtci. Avec son énergie et son humour habituels, Karim Ben Amor a assuré la transition entre les différentes séquences et temps forts de la cérémonie : prestations musicales, discours, hommages et présentation du programme de l’édition.
Dans son mot d’ouverture, M. Mondher Falleh, directeur artistique et président du comité d’organisation des JMC, a souligné l’ouverture du festival aux musiques méditerranéennes, en plus de son orientation arabe et africaine. Ainsi, 15 pays sont au cœur de cette édition, entre artistes professionnels et journalistes. Les grands axes sont en continuité avec les éditions précédentes, tout en intégrant des initiatives inédites.
Parmi les nouveautés qui marquent cette année, il y a un partenariat avec l’association Ibsar qui soutient les compétences des personnes handicapées.
M. Mondher Falleh a également annoncé que trois projets d’artistes émergents présentés lors de cet évènement seront en tournée dans les régions après la clôture. Une première édition des Jmc jazz camp se tiendra bientôt, avec le Marseille jazz collective. Des professionnels et des spécialistes de différents horizons seront réunis pour 5 jours de résidence, avec des échanges qui contribueront à enrichir le jazz tunisien.

Le comité de sélection, cette année, réunit le pianiste et compositeur Sami Ben Saïd, ancien directeur des JMC, Saima Samoud qui a occupé de nombreux postes de responsabilité dans le domaine culturel, le guitariste de renom Hedi Fahem et le producteur Mohamed Ben Saïd. Un aperçu des spectacles attendus a été dévoilé sur le grand écran. Il est à noter que le concert du groupe jordanien Jadal qui aura lieu dans la grande salle du Théâtre de l’Opéra se tiendra à guichets fermés. Les billets se sont écoulés à grande vitesse dès leur mise en vente.
Musiques et hommages
Le patrimoine musical tunisien a été à l’honneur à travers le tableau de Nasreddine Chebli qui a ouvert la soirée. Le tbal, le mezoued et d’autres instruments emblématiques ont fait vibrer la salle, alors que les musiciens descendaient les marches pour rejoindre la scène. Les musiciens ont été rejoints par des danseurs en tenues traditionnelles, pour une prestation haute en rythme. Pour le deuxième passage, musical, le compositeur et virtuose du nay, Ahmed Litaiem, a présenté l’esprit de son nouveau projet qui porte un hommage à son père décédé. « C’est une musique contre l’oubli », a déclaré Ahmed Litaiem qui a raconté des souvenirs d’enfance quand son père l’accompagnait encore au conservatoire où il a fait ses premiers pas de musicien. En duo avec le guitariste Mohamed Attia, ils ont interprété une partie de « Allaylou ye Layla » de Wadii Al Safi. La voix d’Ahmed Litaiem s’est mêlée à celle du public, dans un beau moment de complicité.
Le public a applaudi avec beaucoup d’émotion Ghaith Jouini qui a joué à l’harmonica la musique de « Dima dima », une chanson devenue culte de feu Yasser Jradi. Il a été accompagné au piano par Sami Ben Saïd. Un hommage a également été rendu au maestro Mohamed Garfi récemment disparu. Lotfi Bahri a puisé dans les archives de la télé nationale pour un reportage qui retrace de grands moments de la carrière du chef d’orchestre et illustre son exigence artistique et sa quête d’excellence. Il y a eu notamment un retour sur son projet « Zakharef arabia », présenté deux fois lors d’une même édition du festival international de Carthage en 1993 ainsi que son dernier spectacle « Men kaa l khabia », présenté l’année dernière. Le reportage reprend aussi des déclarations et des extraits de la prestation de Dhekra Mohamed qui a collaboré avec le maestro Mohamed Garfi.
« Dendri Stambeli », une mémoire qui se réinvente
La dernière partie de la cérémonie d’ouverture a été consacrée à « Dendri Stambeli ». Porté par le batteur Mohamed Khachnaoui, ce projet allie rituel traditionnel et expression contemporaine pour une nouvelle lecture de ce patrimoine ancestral. Les instruments emblématiques du stambeli, le gombri et les chquachaqs, ont occupé le centre de la scène, en plus de deux guitares, un clavier et une batterie. On reconnaît parmi les interprètes la célèbre figure du genre Belhassan Mihoub. Les chants du stambeli se sont élevés, mêlés aux sonorités modernes, dans une fusion qui leur donne un souffle nouveau tout en préservant leur essence. Et, comme le stambeli se chante, se joue, mais surtout se danse, trois danseurs se sont succédé sur scène, dont un dans le costume de Boussaadia. Les différentes chorégraphies mettent en lumière l’énergie de cet art historiquement associé à une libération spirituelle.
Entre mémoire, rythme, transmission et renouveau, « Dendri Stambeli » est un spectacle captivant et prometteur. Il semble avoir tous les atouts pour porter ce patrimoine au-delà des frontières et en faire découvrir la richesse à un public plus large.
Les Journées Musicales de Carthage se poursuivent jusqu’au 10 octobre prochain. Plusieurs concerts sont prévus, chaque jour. Les billets, dont la plupart sont à prix réduits, peuvent être réservés en ligne ou aux guichets de la Cité de la culture.



