Société

Chroniques de la Byrsa

  • 11 octobre 2026
  • 4 min de lecture
Chroniques de la Byrsa

Produits patrimoniaux et impératif d’authenticité (II)

Dans notre dernière livraison (La Presse du 3 octobre) nous avons évoqué le rôle que peut jouer le patrimoine, en particulier les sites « ethniques », dans la dynamisation du secteur du tourisme dans notre pays. A cet effet, nous avons pris l’exemple du village, aujourd’hui abandonné, de Zriba l’Ancien, improprement dénommé par les incultes de Zriba Olia.

Nous avons évoqué à son propos les préjudices qui sont portés au cachet originel de ces sites lorsqu’il s’agit de son exploitation à des fins touristiques. La « restauration » du mausolée de Sidi Abdelkader à Zriba qui a occasionné l’intrusion de matériaux modernes (en l’occurrence des carreaux en céramique) a été citée en exemple à cet égard.

Un autre « anachronisme » est venu entacher l’authenticité du produit : la mise en place de panneaux solaires. On se réjouit, certes, du retour d’un souffle de vie dans ces lieux désertés pendant des décennies sous forme d’un restaurant implanté dans les locaux d’une famille du cru, la première à reprendre racine dans son village d’origine mais qui, parions-le, ne sera pas la seule. Son exemple ne manquera pas d’être suivi par d’autres qui sauront mettre à profit les nombreuses ressources de ce patrimoine si longtemps resté en friche.

Car la vocation touristique de l’endroit ne cesse de s’affirmer  au fil des jours. Il y a là des visiteurs étrangers individuels ou en groupes venus ici sur les conseils de leurs guides ou dans le cadre de circuits organisés par des opérateurs spécialisés en produits culturels ou écologiques. Mais il y a aussi de plus en plus de nationaux qui y viennent à la découverte d’une Tunisie « autre ».

Sans le vouloir, et en l’absence d’encadrement, ce promoteur a ouvert la voie au saccage du trésor qui le fait vivre.

Cet afflux croissant ne manquera pas de susciter de nouvelles initiatives. On assistera à la réhabilitation de nouveaux locaux qui accueilleront de nouvelles activités liées à la restauration, mais aussi à l’artisanat, à l’agriculture et peut-être même à l’hébergement sous forme de maisons d’hôtes.

Et tout cela aura besoin de l’énergie électrique fournie par les panneaux solaires. Et si tout le monde s’y prend comme le restaurateur-pionnier l’a fait, on risquera alors de voir tout le village masqué par les capteurs solaires photovoltaïques. Car notre entrepreneur n’a pas cherché midi à quatorze heures pour installer ses panneaux solaires afin de s’approvisionner en électricité. Il les a tout bonnement adossés au mausolée de Sidi Abdelkader, à très courte distance de son établissement. Moche, très moche.

En l’absence d’encadrement, ce promoteur a, sans le vouloir, ouvert la voie au saccage du trésor qui le fait vivre.  Imaginez le tableau : le village revêtu du noir des panneaux solaires. On (l’Institut national du Patrimoine ? l’Agence de mise en valeur et de promotion du Patrimoine culturel ?) devrait expliquer à ces nouveaux promoteurs que la clientèle ne viendrait plus pour un tel spectacle, elle qui est en quête d’originalité, d’authenticité et d’évasion.

Elle veut plonger dans l’ambiance des temps passés que les opérateurs sur place devraient s’employer à restituer par le soin qu’ils doivent mettre à respecter le cachet originel de toute chose sur place et à le restituer le plus fidèlement possible lorsqu’il vient à manquer.

Pas de problème sans solution, même en  ce qui concerne les panneaux solaires.

Auteur

Tahar Ayachi

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