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Loi de finances 2027 : le budget le plus difficile, selon Khouloud Toumi

  • 12 octobre 2026
  • 5 min de lecture
Loi de finances 2027 : le budget le plus difficile, selon Khouloud Toumi

Pour l’analyste financière Khouloud Toumi, la loi de finances 2027 sera la plus difficile : les pressions internes et les risques extérieurs se cumulent.

Dans un post publié sur sa page Facebook, l’analyste financière estime que le budget 2027 semble différent des précédents. Elle rappelle que chaque budget élaboré en Tunisie depuis des années comporte sa part de difficultés, mais soutient que le défi ne tient pas seulement à l’augmentation des besoins de financement de l’État. Selon elle, il réside dans la conjonction de pressions internes accumulées et de risques extérieurs que le pays ne maîtrise pas.

Khouloud Toumi identifie trois pressions interdépendantes auxquelles le budget 2027 devra faire face : le poids des engagements financiers et du service de la dette, l’étroitesse de la marge de financement et l’aggravation des risques extérieurs. Elle précise que toute hausse des prix de l’énergie, tout recul de la demande européenne ou tout renchérissement du coût de l’emprunt pourrait remettre en cause les hypothèses sur lesquelles le budget a été bâti.

Elle explique que, depuis la pandémie de Covid-19, les charges des finances publiques se sont alourdies. Face à l’étroitesse de la marge d’accès aux financements extérieurs, l’État s’est progressivement tourné, rappelle-t-elle, vers l’emprunt sur le marché financier local. En 2026, un mécanisme de financement direct par la Banque centrale a été instauré. Selon l’analyste, ces options ont permis de mobiliser des ressources pour couvrir les besoins financiers, mais elles soulèvent une question fondamentale : jusqu’à quel point peut-on continuer à mobiliser des financements sans peser sur la liquidité bancaire, compliquer la conduite de la politique monétaire ou restreindre le financement de l’investissement privé ?

Khouloud Toumi relève que la difficulté s’accroît avec l’instabilité persistante des prix de l’énergie et le ralentissement de l’économie européenne, principal partenaire économique de la Tunisie. D’après elle, la hausse des prix du pétrole et du gaz alourdit la facture d’importation, les dépenses de subvention et les besoins en devises, tandis que la faiblesse de la demande européenne peut entraîner un recul des exportations et des recettes touristiques. Elle conclut que le pays pourrait ainsi voir ses besoins de financement augmenter au moment même où ses ressources extérieures ralentissent.

Sur le plan interne, l’analyste souligne que le recours accru à l’emprunt auprès des banques locales n’est pas sans coût économique. Les fonds orientés vers le financement du Trésor risquent, selon elle, d’être moins disponibles pour les entreprises, en particulier les petites et moyennes. Elle estime que cela peut renchérir le crédit, retarder les investissements et freiner la création d’emplois ainsi que le développement des exportations.

Khouloud Toumi parle à ce propos d’un paradoxe : « L’endettement intérieur peut assurer le financement du présent. Mais s’il s’étend au détriment du financement des entreprises, il affaiblit la capacité de l’économie à produire les ressources dont l’État aura besoin demain. »

S’agissant du financement direct par la Banque centrale, elle indique que ses effets sur la liquidité, les prix et le marché des changes dépendent de son ampleur, de ses conditions et du contexte dans lequel il est utilisé.

L’analyste juge donc insuffisant d’élaborer le budget selon un scénario unique, qui supposerait la stabilité des conditions. Elle plaide pour le soumettre à des tests de résistance face à différentes hypothèses, en précisant les sources de financement, leur coût, leurs échéances et les risques de refinancement de la dette, et en évaluant l’effet de l’endettement public sur la capacité des entreprises à accéder au financement.

Selon Khouloud Toumi, le danger le plus grave que ces pressions pourraient engendrer est le report de l’investissement public productif. Elle explique que retarder les projets d’énergies renouvelables, d’efficacité énergétique, d’eau, de transport et d’infrastructures peut alléger les dépenses à court terme, mais accroît les coûts de production et affaiblit la compétitivité à long terme. Elle affirme que l’État ne se redresse pas financièrement du seul fait de dépenser moins, mais lorsque son économie devient capable de créer davantage de richesse et d’élargir ses ressources.

Pour l’analyste, l’enjeu véritable de la loi de finances 2027 n’est pas simplement de couvrir le déficit ou de mobiliser les ressources nécessaires, mais de gérer les engagements financiers sans aggraver les déséquilibres ni sacrifier les conditions de la croissance. Elle insiste sur le fait que chaque choix de financement a un coût et que chaque report d’investissement peut avoir des conséquences qui dépassent l’exercice budgétaire.

Khouloud Toumi résume ainsi la question décisive : il ne s’agit pas de savoir comment la Tunisie financera le budget 2027, mais comment elle le financera sans que le coût de la stabilité d’aujourd’hui ne devienne un fardeau plus lourd pour l’économie de demain.

Auteur

S. M.

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