Economie

Anis Ben Saïd : « Le paiement mobile ne suffit pas à numériser l’économie »

  • 15 octobre 2026
  • 4 min de lecture
Anis Ben Saïd : « Le paiement mobile ne suffit pas à numériser l’économie »

Le paiement électronique progresse vite en Tunisie, mais il ne suffit pas à faire une économie numérique, estime le conseiller fiscal Anis Ben Saïd.

La Tunisie a franchi des étapes importantes dans le paiement électronique, mais celui-ci n’accompagne que partiellement l’économie numérique. Tel est le constat du conseiller fiscal et enseignant universitaire Anis Ben Saïd, formulé lors d’une interview accordée à la chaîne de télévision Al Machhad.

Pour l’expert, il faut distinguer la numérisation d’un moyen de paiement de celle de l’économie tout entière. L’économie numérique ne se limite pas aux cartes bancaires ou au règlement d’achats en ligne. Elle englobe un système intégré comprenant le commerce électronique, les services numériques, la facturation électronique, les applications financières, les virements instantanés, la protection des données et l’échange d’informations entre les institutions.

M. Ben Saïd s’appuie sur les chiffres de la Banque centrale de Tunisie pour 2025. Le nombre d’opérations de paiement par téléphone mobile a atteint 8,4 millions, pour une valeur avoisinant 1,769 milliard de dinars, soit une croissance d’environ 80,5 % du nombre d’opérations. Les paiements par internet ont représenté 1,375 milliard de dinars, en hausse de 31 % par rapport à 2024. Ces indicateurs témoignent, à ses yeux, de l’accélération de la transformation numérique dans le domaine du paiement, sans suffire pour autant à mesurer le degré de numérisation de l’ensemble de l’économie.

Les défis restent nombreux, selon le conseiller fiscal. En matière d’infrastructures, la Tunisie dispose de plusieurs moyens de paiement électronique, mais la généralisation de leur acceptation par les commerçants et les micro-entreprises reste un défi. Sur le plan législatif, des textes régissent le commerce électronique, le transfert électronique de fonds et les établissements de paiement, mais l’évolution technologique impose leur révision constante. L’interconnexion entre les systèmes de paiement, la comptabilité et la facturation électronique doit par ailleurs être renforcée, afin de réduire les procédures manuelles et de faciliter les transactions.

L’universitaire souligne aussi le poids de la confiance des citoyens. La sécurité des fonds et des données personnelles, le coût des services et leur facilité d’utilisation figurent parmi les facteurs essentiels de la diffusion du paiement électronique. Quant à son effet économique, il dépend de son intégration dans l’ensemble du cycle économique. Le paiement électronique peut favoriser la transparence et limiter le recours aux espèces, mais la simple mise à disposition d’un moyen de paiement numérique n’y suffit pas.

Parmi les chantiers prioritaires, M. Ben Saïd cite la baisse du coût du paiement électronique, pour le commerçant comme pour le consommateur, et l’élargissement de son acceptation, y compris auprès des professions libérales. Il plaide également pour le raccordement des systèmes de paiement à la facturation électronique, à la comptabilité et aux services administratifs numériques, ainsi que pour le renforcement de la cybersécurité, de la protection des données et des droits des consommateurs. Le développement des transferts numériques entre institutions, la facilitation du commerce électronique et des services transfrontaliers, dans le respect de la législation en vigueur, complètent cette liste. Il appelle enfin à une actualisation permanente des textes, avec la garantie d’une concurrence entre les banques, les établissements de paiement et les prestataires de services.

Cette législation doit être souple, capable de suivre l’évolution technologique, de garantir les droits du citoyen et du commerçant et d’offrir des services sûrs à un coût raisonnable. Anis Ben Saïd conclut que « le véritable défi pour la Tunisie aujourd’hui n’est pas seulement de généraliser le paiement électronique, mais d’en faire un moteur de croissance économique, de transparence, d’inclusion financière et de compétitivité des entreprises ».

Auteur

S. M.

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