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Financement autonome : Les ressorts d’une résilience économique à consolider

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  • 15 octobre 2026
  • 8 min de lecture
Financement autonome : Les ressorts d’une résilience économique à consolider

Mobiliser l’épargne nationale ne suffit pas : encore faut-il la transformer en investissements, en emplois et en richesse durable. Pour Ridha Mrabet, la réussite du financement autonome repose sur une meilleure orientation des ressources vers les entreprises productives, la diversification des mécanismes de financement et des réformes capables de libérer le potentiel économique du pays. La mobilisation des ressources nationales occupe une place croissante dans le financement de l’économie tunisienne. Pour Ridha Mrabet, ancien PDG d’une société d’investissement à capital risque (Sicar) régionale, l’enjeu consiste à mieux orienter l’épargne vers l’investissement productif, à diversifier les sources de financement des entreprises et à renforcer les conditions d’une croissance durable.

La Presse — La Tunisie cherche à mobiliser davantage ses ressources nationales pour répondre à ses besoins de financement et soutenir son activité économique. Cette orientation soulève une question essentielle : comment concilier les besoins de financement de l’État avec ceux des entreprises, tout en stimulant l’investissement et la création d’emplois ?

Pour Ridha Mrabet, la réponse passe par une meilleure utilisation de l’épargne nationale, le développement du financement en capital et l’amélioration de l’accès des petites et moyennes entreprises (PME) aux ressources financières. Elle suppose également un environnement favorable à l’initiative privée et une meilleure valorisation des potentialités économiques des régions.

Une activité en progression, des défis persistants

Selon les données de l’Institut national de la statistique (INS), reprises dans le document initial, l’économie tunisienne a enregistré une croissance de 2,3 % au deuxième trimestre de 2026, après 2,6 % au premier trimestre. L’agriculture et les services ont notamment contribué à cette évolution.

L’indice des prix à la consommation a progressé de 5,4 % en août 2026, un niveau inférieur aux taux annuels de 7,5 % en 2024 et de 9,3 % en 2023. Sur le marché du travail, le chômage s’est établi à 14,9 % au deuxième trimestre de 2026, contre 15 % au trimestre précédent. Les disparités restent importantes : le taux atteint 21,6 % chez les femmes, contre 11,8 % chez les hommes.

La situation des diplômés de l’enseignement supérieur demeure préoccupante. Leur taux de chômage est passé de 24,2 % au premier trimestre à 26,6 % au deuxième trimestre de 2026, avec des écarts marqués entre les hommes, à 14,2 %, et les femmes, à 35,6 %.

Les échanges extérieurs illustrent également les défis économiques. Durant les huit premiers mois de 2026, les exportations ont atteint 44.671,6 millions de dinars (MD), contre 41.372,4 MD un an auparavant. Les importations ont progressé à 62.525,4 MD, contre 56.011,3 MD. Ainsi, malgré une hausse de 8 % des exportations, la progression de 11,6 % des importations a porté le déficit commercial à 17.853,8 MD, contre 14.639 MD durant la même période de 2025. Le taux de couverture est revenu à 71,4 %, contre 73,9 %.

Ces indicateurs soulignent la nécessité de renforcer les capacités productives du pays. Le tourisme, l’agriculture, les services et certaines industries manufacturières contribuent à l’activité économique, tandis que les recettes touristiques et les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger soutiennent les entrées de devises. Pour Ridha Mrabet, l’enjeu est de consolider cette résilience en favorisant davantage l’investissement et la création de valeur ajoutée.

Le financement autonome, au service de l’investissement

Depuis l’absence d’accord de financement avec le Fonds monétaire international en 2023, la mobilisation des ressources nationales occupe une place accrue dans le financement de l’Etat. Cette orientation permet de s’appuyer davantage sur les capacités internes, mais sa portée dépend aussi de la manière dont les ressources disponibles sont réparties entre les besoins publics et ceux du secteur privé.

Le financement des besoins de l’Etat par les banques locales pose ainsi la question de l’accès des entreprises au crédit. Les PME et les start-up, souvent confrontées à des difficultés de garanties ou de fonds propres, ont besoin de ressources suffisantes pour investir, développer leurs activités et créer des emplois.

L’objectif, selon l’analyse de Mrabet, est de faire du financement autonome un levier de développement productif. Cela suppose d’améliorer les conditions d’accès au crédit, de simplifier les démarches administratives et de diversifier les mécanismes de financement. La digitalisation des services publics et l’amélioration du climat des affaires peuvent également contribuer à renforcer l’investissement national et l’attractivité du pays.

Le financement en capital constitue un complément au crédit bancaire. En renforçant les fonds propres des entreprises, il leur permet de financer leur développement sans supporter les mêmes obligations de remboursement qu’un emprunt classique. Son développement nécessite, toutefois, des ressources adaptées, un cadre réglementaire favorable et des mécanismes d’accompagnement des projets.

Les sociétés d’investissement à capital risque à vocation régionale peuvent, à cet égard, faciliter l’accès des entreprises des régions de l’intérieur aux capitaux. Leur contribution dépendra notamment des ressources mobilisées et de leur capacité à identifier et accompagner des projets viables.

Mobiliser l’épargne nationale

Dans un contexte de besoins de financement importants, l’épargne nationale représente une ressource stratégique. Les chiffres avancés dans le document initial font état d’une épargne nationale brute de 10,65 milliards de dinars, contre 9,36 milliards un an auparavant, soit une hausse de 13,7 %. Son poids dans le revenu national disponible brut serait compris entre 5,3 % et 6 %, contre 9,8 % en 2021. Ces données doivent être vérifiées et rapportées à leurs périodes de référence avant publication.

Au-delà de son volume, l’enjeu consiste à mieux orienter cette épargne vers l’investissement productif. Les banques et le leasing conservent un rôle important dans le financement des entreprises et de leurs équipements. Le marché boursier, les fonds d’investissement et le financement participatif peuvent compléter ces circuits en proposant des solutions adaptées à différents profils d’entreprises.

Les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger constituent également un potentiel à valoriser. Une partie de ces ressources pourrait être orientée vers des instruments d’investissement transparents et sécurisés, destinés à financer des projets productifs.

L’inclusion financière représente un autre levier. Des solutions numériques adaptées aux petites entreprises pourraient élargir leur accès aux services financiers. L’intelligence artificielle pourrait aussi contribuer à l’évaluation du risque de crédit, sous réserve de garanties suffisantes en matière de fiabilité et de transparence.

Des réformes pour une croissance durable

La mobilisation des financements ne peut produire pleinement ses effets sans un environnement favorable à l’investissement. La simplification des procédures administratives et la réduction des contraintes qui freinent la création et le développement des entreprises figurent parmi les leviers à privilégier.

L’intégration progressive des acteurs de l’économie informelle dans le circuit formel peut également élargir l’assiette fiscale, renforcer la protection des travailleurs et améliorer les conditions de concurrence. Les dispositifs mis en place doivent toutefois tenir compte des capacités des petites structures.

Dans le secteur énergétique, le développement du solaire et de l’éolien peut contribuer à réduire la dépendance aux importations d’hydrocarbures et à améliorer la compétitivité. En agriculture, une gestion plus efficiente de l’eau, l’adaptation des cultures aux contraintes climatiques et la modernisation de l’irrigation sont essentielles pour préserver la production et renforcer la sécurité alimentaire.

La montée en gamme des exportations constitue un autre enjeu. La transformation locale des produits, l’innovation, l’amélioration du conditionnement et la valorisation de filières comme l’huile d’olive permettraient d’accroître la valeur ajoutée créée en Tunisie. Le développement des infrastructures et des mécanismes de financement dans les régions de l’intérieur contribuerait, pour sa part, à mieux répartir les opportunités économiques.

En définitive, l’efficacité du financement autonome ne se mesure pas uniquement à la capacité de couvrir les besoins immédiats de l’Etat. Elle dépend aussi de sa contribution à l’investissement public et privé, à la création d’emplois et au développement des exportations. Pour Ridha Mrabet, la mobilisation de l’épargne, la diversification des sources de capitaux et l’amélioration du climat des affaires constituent des leviers essentiels pour renforcer une économie plus productive et résiliente. Les financements extérieurs peuvent également conserver leur place lorsqu’ils sont mobilisés de manière soutenable et orientés vers des projets créateurs de valeur.

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Auteur

Sabrine AHMED

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