Société

Consommer tunisien : Préalables, souffle et rigueur pour réussir

  • 18 octobre 2026
  • 6 min de lecture
Consommer tunisien : Préalables, souffle et rigueur pour réussir

Toutes les initiatives et tentatives pour inciter à la consommation des produits tunisiens sont les bienvenues. Mais la meilleure sera celle qui aura le plus de souffle. Cette endurance est la qualité la moins partagée au niveau des intervenants qui, une fois l’annonce terminée, les médias partis, se laissent aller. Pourtant, c’est là où tout commence.

La Presse — Les parties retenues pour appuyer cette initiative louable et qui aurait dû  figurer parmi les réactions spontanées du citoyen sont tenues d’assurer cette constance. Une constance qui ne dure pour le moment que le temps d’une campagne. Et c’est la raison pour laquelle nous n’aimons pas ces montées  de fièvre provoquées qui s’éteignent au fil des jours.

Le consommateur tunisien a été «façonné» par le milieu ambiant dans lequel il a vécu. Au lendemain de l’indépendance, les entreprises tunisiennes naissantes ont entamé la fabrication d’un certain nombre de produits. Il y a celles qui ont réussi et qui, actuellement, s’imposent à l’international. D’autres n’ont pas eu la même chance  pour des raisons diverses, qui sont relatives à leur prix, leur qualité ou leur disponibilité. C’est ce qui a ouvert le champ aux produits étrangers. Sans parler des accords conclus qui ignorent les intérêts nationaux et étranglent l’économie depuis des années.

Mais en plus, on relève l’orientation prise par nombre d’importateurs surgis du néant des années noires,  qui ont résolument condamné le produit local en important son équivalent (pas au point de vue qualité !) pour l’habituer au point de lui faire perdre ses repères. Il est vrai que la présentation est meilleure, les couleurs sont plus assorties ou se renouvellent avec les livraisons et les prix qui sont assez convainquants.

Et c’est la raison pour laquelle une grande surface de la place, par exemple,  met en vente tous les mercredis des lots de marchandises importées. On y trouve des produits en plastique ou en verre, en aluminium ou en acier travaillé. L’équivalent, de fabrication locale,  est juste en face, mais la clientèle est venue pour le produit importé. Comment, dans ce cas, lutter contre ce parti pris qui handicape le produit tunisien et comment convaincre que, ces dernières années, ce qui est fourni par nos entreprises est réellement de très bonne qualité et qu’au niveau qualité- prix, il n’y a pas à hésiter ?

Cela commence à l’école, lorsque l’enseignant demande une fourniture scolaire venue de l’étranger, qui coûte le double du prix et refuse catégoriquement tout ce qui est local. Cela s’éduque au niveau des grandes surfaces qui, pour vendre plus, ramassent les lots restants dans le pays d’origine pour les exposer et les offrir à la vente à  une clientèle conditionnée par tout ce qui vient de l’étranger.

Cela est mis en exécution directe lorsqu’une recette présentée par un chef est bourrée de produits provenant de l’étranger. Une recette pour préparer du saumon et du caviar implique forcément des ingrédients peu habituels pour la ménagère tunisienne, qui s’empresse d’aller en acheter dans des magasins spécialisés, qui en disposent certes, mais à des prix incroyables.

C’est la raison pour laquelle on devrait être convaincu que cela  ne se fait pas en un jour. Et que cette endurance évoquée plus haut est un argument qui s’impose pour pouvoir mener à bien cette «rééducation» du mode de vie, des habitudes et des réflexes du consommateur.

Le bureau régional de Sfax de l’Organisation tunisienne de l’éducation et de la famille (Otef) a confirmé le lancement de la campagne «619» pour ancrer la culture de la consommation de produits tunisiens à travers une action collective à laquelle participent plusieurs parties prenantes. En soutien à  l‘économie nationale.

Cela repose sur l’implantation de clubs «619» dans les jardins d’enfants, les maisons de la culture et des jeunes, dans les établissements éducatifs et les facultés.

Tout cela est positif, mais étant donné que le ver est déjà dans le fruit, l’actuelle génération a également besoin de cette prise en main. Et cette économie nationale que l’on souhaite aider se doit de se défendre, en interdisant l’importation de tout ce qui concurrence directement nos produits locaux, a fortiori s’ils sont de qualité égale, sinon supérieure.

Actuellement dans le monde et surtout dans un certain nombre de pays, l’exportateur est encouragé par des ristournes qu’il perçoit de l’Etat, sur chaque opération qu’il réussit avec l’étranger. C’est ce qui fait que le produit local voit son prix difficile à aligner sur celui de l’étranger. Combien d’entreprises tunisiennes ont été fermées en conséquence de ce dumping effréné, que les opérateurs  locaux ont accepté de faire subir à nombre de nos entreprises par appât du gain ? Une voracité qui a détruit le tissu économique dans bien des secteurs.

Ce dumping commercial consiste, pour une entreprise ou un pays, à vendre un produit sur un marché étranger à un prix inférieur à celui pratiqué sur son propre marché national, voire inférieur au coût de production. Avec comme  objectif l’élimination  de la concurrence locale, la conquête de nouvelles parts de marché, pour finir par  augmenter les prix une fois les concurrents affaiblis ou ruinés. Une pratique tout simplement  déloyale. Elle avait cours sur notre propre sol, encouragée par ceux qui étaient spécifiquement fixés par les gains faciles. Y demeurent quelques relents qu’il faudrait éliminer.

Cette action du bureau régional de Sfax de l’Organisation tunisienne de l’éducation et de la famille est de ce fait la bienvenue. Elle pourrait réussir dans le cas où on mettrait un terme à ces importations sauvages, qui ne rapportent rien au pays. Importer une machine à outil, un produit que l’on ne peut fabriquer localement ou que l’on juge peu en rapport avec les intérêts du pays est une chose. Mais dépenser nos devises fortes dans l’importation de produits de confort inutiles, dont ceux qui concurrencent les nôtres, d’assiettes, de seaux ou de balais, de poires rêches et dont le goût laisse à désirer, des fruits exotiques offerts à des prix exorbitants et autres fanfreluches, est une autre.

Commençons par mettre au pas ces requins qui mangent à tous les râteliers et nous y verrons plus clair.

Auteur

Kamel GHATTAS

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