Economie mondiale : Le FMI a-t-il cédé au fait accompli des tensions géopolitiques
La Presse — Le Fonds monétaire international (FMI) n’a officiellement émis aucun appel à atténuer les tensions géopolitiques lors de ses assemblées annuelles de Bangkok (12-18 octobre 2026). Ces tensions sont pourtant à l’origine d’importantes complications économiques, ne serait-ce que par le renchérissement des cours de l’énergie, au-dessus de 100 dollars le baril, et par tout ce qui s’ensuit en matière de décélération de la croissance, d’explosion d’inflation, de pertes d’emplois et de frein à l’investissement.
Et il n’y a pas lieu de montrer l’importance de l’investissement pour la création d’emplois pour un marché global qui s’apprête à accueillir quelque 1,2 milliard de nouveaux demandeurs au cours des 10 à 15 prochaine années, alors que les projections officielles ne prévoient que 400 millions de nouveaux postes.
Le FMI reconnaît pour autant l’importance d’un apaisement sécuritaire dans la reprise économique mondiale et la relance de l’investissement, de la croissance, du commerce, etc.
« Une nouvelle escalade des conflits, une réévaluation des attentes suscitées par l’intelligence artificielle (IA), un regain des tensions commerciales et des facteurs de vulnérabilité budgétaire pourraient ralentir la croissance », a-t-il indiqué, précisant, qu’à l’inverse, « un essor plus marqué des investissements dans l’IA et des gains de productivité qu’elle génère, ou un apaisement durable des tensions géopolitiques et commerciales pourraient la renforcer ».
En lieu et place, le FMI s’est contenté de dire que les prévisions mondiales de croissance projetées lors des assemblées du printemps se sont confirmées, 3,1% en 2026 et 3,4% en 2027, se félicitant d’une résilience de l’activité économique mondiale, portée par « les technologies, les amortisseurs et les mesures d’adaptation ».
« Deux forces s’opposent pour façonner l’économie mondiale. D’une part, les conflits géopolitiques — dont les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine — perturbent les chaînes d’approvisionnement, renchérissent les produits de base et aggravent les incertitudes.
À l’inverse, les avancées rapides de l’intelligence artificielle (IA) dynamisent l’investissement et les échanges et pourraient rehausser la croissance de la productivité à plus long terme », a affirmé la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, dans une publication en guise de plan d’action pour composer avec le nouveau contexte mondial, comme si c’était un fait accompli. « Evoluer dans un contexte incertain », a-t-elle titré son document, appelant à faire plus d’effort face à des marges de manœuvre qui s’amenuisent…
Et le propos est nuancé, comme à l’accoutumée, pour distinguer les économies qui dépendent directement des importations pétrolières, de celles liées directement aux conflits ou encore de celles qui ne sont pas encore intégrées dans les chaines technologiques ou montrant des lacunes à faire usage des accélérations offertes par l’IA.
« Les économies importatrices d’énergie non intégrées dans la chaîne de valeur technologique sont confrontées aux perspectives les plus difficiles », a-t-on constaté dans le rapport sur les Perspectives de l’économie mondiale. Et ce sont, paradoxalement, ces économies-là qui sont appelées à faire plus d’effort — dans un contexte de crise — pour redresser la tendance et chercher une expansion solide…
« La succession de chocs et l’incertitude sont en partie la conséquence d’un monde en rapide mutation », a-t-on constaté au FMI.
Pour y remédier, « les politiques doivent être souples et menées avec courage pour pouvoir relever des défis grandissants », a-t-on recommandé. Aux questions « Comment s’adapter à une incertitude mondiale grandissante ? Comment riposter à une succession de chocs négatifs de l’offre ?
Comment mettre à profit les nouvelles technologies tout en atténuant les risques ? », il n’existe pas de solution standard, certes. Cependant, selon Mme Georgieva, « trois grands principes directeurs peuvent aider à construire des économies plus solides. Premièrement, des dispositifs de politiques crédibles et l’accent mis sur la stabilité macroéconomique et financière sont des piliers fondamentaux pour déjouer les perturbations. Deuxièmement, un secteur privé dynamique est un moteur indispensable de croissance, de création d’emploi et de prospérité.
Troisièmement, la coopération internationale face aux défis communs peut contribuer à produire de meilleurs résultats pour tous ». Le FMI exprime sa prédisposition à soutenir ses pays membres, au nombre de 191, rappelant que son encours actuel qui s’élève à 240 milliards de dollars est en-deçà du 1/3 de ses capacités de financement. Aussi, un Fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance a été mis en place pour soutenir les économies faibles moyennant des prêts concessionnels à taux zéro.
Or, pour rentrer dans ce moule, la grande question demeure d’actualité : à quelles conditions ?



