Les médias tunisiens face à une crise inédite: Des politiques publiques s’imposent !
La crise du coronavirus n’a fait qu’enfoncer le clou, si pour les médias audiovisuels la situation est assez clémente, pour la presse écrite, le choc est inévitable et les conséquences sont désastreuses : suspension de parution, arrêt des ventes et manque de revenus publicitaires
La Tunisie a fêté dimanche dernier la journée mondiale de la liberté de la presse, une occasion pour aborder de nouveau la situation des médias tunisiens et notamment les conditions de la presse écrite qui ne connaît pas ses meilleurs jours et passe par une crise, notamment en cette conjoncture sanitaire inédite. En effet, en marge de la célébration de la journée mondiale de la liberté de la presse, le débat autour de la situation de la presse et des médias tunisiens, mais aussi de leur futur, a été rouvert pour rappeler que le secteur est considérablement touché d’ores et déjà par une crise économique et même systémique en l’absence d’une vision stratégique claire de la part de l’Etat et des autorités.
La crise du coronavirus n’a fait qu’enfoncer le clou, si pour les médias audiovisuels la situation est assez clémente, pour la presse écrite, le choc est inévitable et les conséquences sont désastreuses : suspension de parution, arrêt des ventes et manque de revenus publicitaires. Selon le dernier rapport du Syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt), 303 journalistes ont été licenciés dont 190 durant la crise du coronavirus. Si pour le président du Snjt, Neji Bghouri, «l’épidémie a fait des ravages au niveau de l’emploi au sein de la profession où 190 journalistes ont été licenciés à cause du coronavirus sur un total de 303 qui ont perdu leur emploi depuis mai dernier », la question devra alerter les autorités sur la précarité du secteur.
Un chiffre alarmant qui dévoile, en effet, la précarité des entreprises de presse tunisiennes et leur incapacité à surmonter les crises et les bouleversements de ce genre. Cela s’explique notamment par l’absence d’un modèle économique viable pour les médias tunisiens en concordance avec les mutations des écosystèmes médiatiques marquées notamment par l’ascension des plateformes d’implication sociale, la consommation et l’accès aux contenus de plus en plus digitalisés.
En effet, les revenus publicitaires ne peuvent plus à eux seuls assurer la viabilité des médias nationaux et notamment des journaux qui se trouvent coincés dans une crise économique inédite mettant en péril leur activité. Livré à lui-même, le secteur médiatique ne pourra en aucun cas éviter un naufrage dont les prémices commencent à surgir avec la faillite de certaines entreprises qui gèrent des quotidiens et des hebdomadaires. D’où la nécessité d’un nouveau modèle de gestion des entreprises médiatiques tunisiennes, mais cela passera forcément par la mise en place de véritables politiques publiques qui foisonnent à partir d’un débat public et réflexif impliquant tous les intervenants en vue de sauver ce secteur assurant la liberté d’expression, connue pourtant comme étant le seul acquis de la révolution et l’un des piliers du régime démocratique.
Aucune action depuis 2011
Depuis la révolution de 2011, aucune action à même de sauver ce secteur et de tracer les premiers jalons d’une véritable réforme n’a été prise, ce qui remet en cause les slogans de toute la classe politique qui appellent à la protection et à l’appui de ce secteur. En effet, on se demande si les décideurs qui se sont succédé depuis le 14 janvier à la tête des différents pouvoirs exécutifs avaient réellement l’intention de réformer les médias tunisiens et de revoir leur mode de gestion, ou la volonté était simplement de les maintenir dans cette situation de crise perpétuelle pour qu’ils ne puissent pas mener à bien leur mission de sauvegarde de la construction démocratique ?
En tout cas, le Chef du gouvernement, Elyes Fakhfakh, a affirmé, dimanche dernier, que les institutions médiatiques bénéficient des mesures d’accompagnement sociales et économiques décidées par le gouvernement en faveur des entreprises touchées par la pandémie de Covid-19.
Dans un communiqué publié à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Elyes Fakhfakh a affirmé la détermination du gouvernement à offrir toutes les garanties législatives, structurelles et légales consacrant la liberté de la presse, ainsi que le processus concrétisant l’indépendance de ses structures, de ses institutions et de son contenu loin de toute forme d’ingérence et d’instrumentalisation.
Le gouvernement, a-t-il affirmé, envisage d’inclure la réforme de la presse parmi les priorités, et ce, dans le cadre d’un programme global et structurel et après une concertation approfondie avec toutes les parties représentant le secteur. Et pour souligner le fait et le constat que ce secteur se trouve dans une situation de précarité économique mais aussi structurelle et législative, il faut rappeler qu’en l’absence d’un cadre législatif complet, il continue à fonctionner toujours selon les décrets-lois 115 et 116 promulgués en 2011 à l’aube de la révolution. Et c’est dans ce contexte que la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica) a appelé à la mise en place d’un cadre juridique garantissant la liberté et l’indépendance de la presse et des médias et consacrant les principes d’un Etat civil pluraliste tout en soulignant le besoin nécessaire d’accélérer la promulgation de la nouvelle loi audiovisuelle La Haica, qui estime que le secteur des médias exige plus d’efforts et de coordination de la part des différentes parties intervenantes, a souligné qu’il n’y a aucun moyen d’engager des réformes dans le secteur sans mettre fin au chaos et à la violation de la loi, notant l’importance d’ouvrir les dossiers de suspicion de corruption, notamment ceux liés aux chaînes qui exercent sans autorisation et sont appuyées par des personnalités et des partis politiques.



