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Usage intensif de pesticides… du poison sur nos sols, dans notre eau et nos plats ?

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  • 28 avril 2026
  • 4 min de lecture
Usage intensif de pesticides… du poison sur nos sols, dans notre eau et nos plats ?

Les nouvelles sur l’insalubrité de certaines plantations de par le monde ne cessent de circuler ces derniers temps. Contrairement à tout ce qu’on a appris depuis belle lurette concernant les bienfaits inégalables des légumes, des fruits et des graines, plusieurs voix sont en train de dénoncer des techniques agricoles incorrectes et des semences de mauvaises qualités.

Il semble que ces idées qui sont en train de se propager telle une traînée de poudre ne soient pas que de rumeurs sans fondements !

De plus en plus de spécialistes sont en train de lever la voix, de tirer la sonnette d’alarme et de pointer du doigt un système défaillant, voire dangereux dans les techniques agricoles. Celles-ci auraient un mauvais impact aussi bien sur la production que sur la qualité de la terre… C’est dans ce cadre que s’inscrit la déclaration du spécialiste en développement et gestion des ressources, Houssein Rhili.

De fait, en marge de la présentation d’une étude sur l’impact de l’usage intensif des pesticides sur les eaux de surface, les eaux souterraines et les produits agroalimentaires que Houssein Rhili, a présenté une lecture critique de l’évolution de cette utilisation et sa répercussions sur la réalité agricole en Tunisie.

Des semences importées…

En effet, s’exprimant au micro de Jawhara Fm, M. Rhili a précisé que le recours aux pesticides est le résultat de transformations profondes du secteur agricole, passé d’un modèle traditionnel d’autosuffisance à un mode de production intensif répondant aux exigences du marché. Il a expliqué que cette transition a coïncidé, dès la fin des années 60 et le début des années 70, avec l’abandon progressif des semences locales au profit de semences importées. « Pour qu’elles s’adaptent à l’environnement local, ces semences importées nécessitent un soutien chimique constant, notamment des engrais et des pesticides », a-t-il indiqué en marge du séminaire.

Il a ajouté que « l’introduction de ce système s’est initialement basé sur des méthodes ‘’incitatives’’, où les semences et les intrants agricoles étaient fournis gratuitement ou à des prix symboliques. Cela a conduit, au fil des années, à une dépendance de l’agriculteur vis-à-vis de ce nouveau système et par ricochet, à la perte de son autonomie aussi bien pour les semences que pour les méthodes de production ».

Concernant les impacts environnementaux, M. Rhili affirme que « l’usage excessif de pesticides et d’engrais, particulièrement en l’absence d’encadrement adéquat et de mécanisation appropriée, entraîne une pollution des sols par l’accumulation de substances chimiques dépassant les besoins des plantes ».

Pollution des eaux et de la terre

« Ces substances, explique-t-il, s’infiltrent ensuite dans les eaux de surface puis dans les nappes phréatiques par lixiviation, menaçant ainsi la qualité de l’eau à long terme. Il cite l’exemple de l’Oued Medjerda, où les analyses ont révélé des concentrations élevées de résidus de pesticides, ce qui présage de risques réels pour le système hydrique ».

Il a également mis en garde contre l’absence de programmes précis et réguliers de surveillance de la pollution des eaux souterraines, surtout dans les zones agricoles, estimant une présence possible de niveaux inquiétants de ces substances dans le sous-sol.

Il faut une nouvelle stratégie

Face à ces défis, M. Rhili a appelé à l’adoption d’une stratégie progressive de réduction de l’usage des pesticides, à l’instar de la tendance observée dans plusieurs pays européens visant à limiter ou interdire certains types de produits.

Il a insisté sur l’importance de s’orienter vers les engrais naturels et la valorisation des déchets organiques, compte tenu de leur efficacité environnementale et économique sans nuire aux sols et aux eaux.

Retour aux sources

Il a également affirmé que le retour aux semences locales constitue l’une des solutions fondamentales, grâce à leur capacité d’adaptation au climat et au sol, réduisant ainsi le besoin en intrants chimiques. Il a noté l’existence d’expériences réussies dans ce domaine, notamment pour les grandes cultures, où les semences originelles ont prouvé leur efficacité à réduire la dépendance aux pesticides et aux engrais.

Enfin, M. Rhili a souligné que la réalisation de cette transition ne peut se limiter à des initiatives individuelles. Elle nécessite des politiques publiques claires à moyen et long terme, ainsi qu’un renforcement de la vulgarisation agricole pour sensibiliser les agriculteurs aux méthodes d’utilisation rationnelle des produits chimiques.

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Auteur

Abir Chemli

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