En marge de l’Africa Press Day 2026, l’entreprise pharmaceutique Roche a réuni, du 4 au 5 mars, journalistes, décideurs politiques, experts en santé et financiers du développement pour réfléchir à une question cruciale : quelle valeur attribuer à la santé en Afrique ?
Sous le thème “La santé, c’est de la richesse”, cet événement met en lumière l’importance stratégique de l’investissement dans les systèmes de santé, de l’accès équitable aux soins et de la souveraineté sanitaire, tout en soulignant le rôle central de l’information médiatique dans la sensibilisation et le plaidoyer pour des politiques de santé durables.
À travers des panels, des ateliers et des visites sur le terrain, l’Africa Press Day 2026 ambitionne de connecter expertise scientifique et pouvoir décisionnel, afin de renforcer l’impact économique et social des initiatives sanitaires sur le continent.
Investir dans la santé africaine : une priorité humaine et économique
À l’ouverture de l’Africa Press Day 2026, Jacqueline Wambua, General Manager East Africa chez Roche Kenya, a insisté sur la nécessité de repenser la santé en Afrique, non plus comme un coût, mais comme un investissement stratégique et humain. Selon elle, la valeur de la santé dépasse largement les budgets et englobe le bien-être des familles, la productivité des travailleurs et la résilience des nations.
En effet, Wambua a rappelé que la santé des femmes est au cœur du développement africain. Elles constituent le socle des familles, de l’économie et des communautés : soignantes, agricultrices, entrepreneures et enseignantes. “Quand une femme est en bonne santé, les familles triomphent, les communautés se renforcent et l’économie progresse”, a-t-elle souligné. À l’inverse, la mortalité prématurée liée au cancer de l’œsophage, par exemple, entraîne des pertes humaines et économiques considérables, touchant directement des centaines d’enfants et compromettant le développement local.
Roche, a expliqué Wambua, s’engage à changer cette réalité par l’“Ambition du cancer de l’œsophage en Afrique”, qui vise à augmenter de 60 % la survie grâce à un renforcement systémique : détection précoce, diagnostic rapide, traitement et soins de longue durée. La réussite repose sur des partenariats avec les gouvernements africains, l’OMS, des initiatives locales et des coalitions sectorielles, démontrant que l’Afrique n’a pas besoin de solutions importées, mais de systèmes informés, adaptés et collaboratifs.
Sur un autre plan, elle a insisté sur quatre vérités essentielles : la santé est coûteuse mais rentable ; elle constitue une politique économique ; la résilience des systèmes sanitaires est cruciale pour faire face aux crises futures ; et l’accès aux diagnostics et traitements reste inégal, nécessitant des modèles innovants et numériques pour connecter toutes les communautés à des soins de qualité.
Finalement et non moins important, Wambua a souligné le rôle fondamental des médias dans ce changement de paradigme. “Les journalistes façonnent la perception de la santé, influencent les politiques et sensibilisent les populations”, a-t-elle encore précisé tout en appelant à créer un nouveau récit africain de la santé, axé sur la valeur humaine et économique des systèmes de santé, capable de protéger les générations, de renforcer la dignité et de soutenir la croissance sur le continent.
Construire des systèmes de santé responsables et durables
Pour sa part, le Dr Ouma Oluga, Principal Secretary du State Department for Medical Services au Ministère de la Santé du Kenya, a rappelé que la santé en Afrique ne peut plus être considérée uniquement comme un coût administratif ou budgétaire, mais comme un levier essentiel de développement économique et social.
Selon lui, l’efficacité des systèmes de santé doit être mesurée non seulement par la disponibilité des services, mais par leur capacité à répondre aux besoins réels des patients, en particulier des femmes, tout en intégrant les contraintes économiques et institutionnelles.
Dans ce même cadre, le Dr Oluga a insisté sur trois obstacles majeurs qui freinent l’accès aux soins. La première est la perception souvent négative des services, qui réduit la confiance des populations et limite leur recours aux soins. La deuxième réside dans le déficit d’information, qui empêche les patients de connaître les solutions disponibles et les démarches nécessaires pour y accéder. Enfin, la malveillance ou l’inefficacité administrative constitue un facteur critique, bloquant l’adoption des innovations et retardant la mise en œuvre de traitements efficaces.
“Ces trois obstacles combinés créent un écart entre la connaissance scientifique et l’accès réel aux soins, ce qui entraîne des conséquences dramatiques, comme le montre le cancer de la tête, qui affecte chaque année des milliers de femmes au Kenya et au-delà”, a-t-il indiqué.
Pour le Dr Oluga, les systèmes de santé africains doivent être pensés autour de solutions concrètes, centrées sur le patient. “Chaque décision politique ou administrative doit être évaluée en fonction de son impact direct sur les vies, de la prévention des décès prématurés et de la protection des familles. La mobilisation des ressources financières constitue un levier stratégique”, a-t-il affirmé.
Il a en outre souligné l’importance de plateformes de politique de santé permettant de centraliser et de suivre toutes les dépenses et interventions, assurant transparence, coordination et responsabilité. Ces plateformes doivent permettre d’aligner le financement sur les priorités réelles et sur les résultats attendus, tout en intégrant les innovations médicales et les nouvelles technologies.
Accélérer l’accès aux innovations scientifiques
Sur un autre plan, le Dr Oluga a insisté sur l’importance d’accélérer l’accès aux innovations scientifiques, notamment en oncologie, pour que les patients africains bénéficient des thérapies au même rythme que celles disponibles ailleurs dans le monde.
“Dans de nombreux cas, les traitements efficaces mettent plus de dix ans avant d’être accessibles aux patients africains, ce qui compromet la productivité, la stabilité familiale et le développement national. La mise en œuvre de solutions catalytiques, capables de générer un effet multiplicateur sur l’ensemble du système, est essentielle. L’exemple du déploiement d’une unité d’ophthalmologie, qui a permis de générer des ressources supplémentaires et de réduire la mortalité maternelle, illustre concrètement ce type de stratégie”, a-t-il rappelé.
Le Dr Oluga a enfin souligné que la santé doit être au cœur de la transformation économique. La jeune population africaine, avec une moyenne d’âge inférieure à 21 ans au Kenya, représente un potentiel considérable pour la productivité si elle est soutenue par des outils et des systèmes de soins adaptés. Ainsi, la combinaison d’investissements stratégiques, de narration cohérente et de solutions scientifiques accessibles est la clé pour construire un système de santé résilient, responsable et capable de catalyser un changement durable. Selon lui, la transformation ne peut être réussie qu’en alignant les politiques, les financements et l’innovation, tout en plaçant le patient au centre de chaque décision.


